Le budget militaire de Poutine explose à cause de «dépenses secrètes»
Au premier trimestre 2026, les dépenses militaires de la Russie ont atteint un niveau record de 5900 milliards de roubles (environ 70,4 milliards d'euros). C'est ce qui ressort des calculs de Janis Kluge, chercheur à la Fondation allemande pour la science et la politique (SWP), réalisés à partir des données du ministère russe des Finances. Selon ces calculs, les dépenses militaires s'élevaient à 4500 milliards de roubles (environ 53,7 milliards d'euros) au premier trimestre 2025. Elles ont donc augmenté de près de 30% en l'espace d'un an.
Les dépenses totales de l'Etat russe ont atteint 12 800 milliards de roubles (152,7 milliards d'euros) au cours des trois premiers mois de l'année. Ainsi, près de 46% des dépenses fédérales ont été consacrées au secteur militaire.
Répercussions sur la population
Ces derniers mois, l’administration fiscale russe était de plus en plus préoccupée par le budget fédéral et les coûts de la guerre. La présidente de la Banque centrale russe, Elvira Nabioullina, qui a récemment disparu de la scène publique, se serait elle aussi opposée aux dépenses militaires élevées décidées par Vladimir Poutine.
Selon Janis Kluge, les recettes fiscales n'ont atteint que 8300 milliards de roubles (99 milliards d'euros) au premier trimestre. Elles ont été affectées par les nouvelles sanctions, par un rouble plus fort qu'à la même période de l'année précédente et par le ralentissement de l'activité économique. Selon les chiffres du Kremlin, le déficit budgétaire a atteint 2,6% du produit intérieur brut (PIB) à la fin de l'année 2025, et ce, malgré une politique monétaire restrictive destinée à faire reculer l'inflation.
Selon Janis Kluge, cette hausse s'explique principalement par l'augmentation des «dépenses secrètes». Celles-ci auraient progressé de 43% par rapport à la même période de l'année précédente. D'après ses estimations, environ 85% de ces montants seraient consacrés à des dépenses militaires.
A l'origine, le ministère russe de la Défense avait pourtant ramené les dépenses militaires prévues pour l'ensemble de l'année 2026 à 14 900 milliards de roubles, selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).
En début d'année, le Moscow Times rapportait que cette hausse des dépenses serait répercutée sur la population par le biais d'une augmentation de la fiscalité. Selon le journal, les recettes fiscales de 2025, qui s'élevaient à environ 36,6 milliards de roubles (436,6 milliards d'euros), étaient déjà inférieures aux 40,3 milliards de roubles (480,8 milliards d'euros) initialement attendus. Ainsi, le taux de TVA est notamment passé de 20 à 22% au 1er janvier 2026.
La crainte d'une récession
Les signes avant-coureurs de la situation actuelle étaient déjà visibles l'an dernier. Selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), le ministre russe de l'Economie avait estimé, lors d'un forum économique organisé en juin 2025, que le pays se dirigeait vers une récession.
Certains commentateurs ont alors estimé que cela pourrait conduire à des coupes budgétaires dans le domaine de la défense. D'autres analystes partaient déjà du principe, à l'époque, que la volonté de Poutine de moderniser et de renforcer l'armée l'emporterait sur la volonté d'éviter une récession économique.
Janis Kluge relève toutefois que ses calculs pourraient aussi s'expliquer par un autre facteur. Ces dépenses nettement plus élevées pourraient également s'expliquer par le fait que le ministère russe des Finances aurait éventuellement reporté des dépenses militaires du quatrième trimestre 2025 au premier trimestre 2026. L'objectif aurait été d'éviter de dépasser les limites budgétaires fixées pour 2025. Cette hypothèse ne pourra être évaluée qu’après le deuxième trimestre. (trad.: mrs)

