Ce «choc» pourrait expliquer la baisse des naissances dans le monde
Le recul du taux de naissances intrigue depuis longtemps les chercheurs du monde entier. Dans les pays à revenus élevés et intermédiaires supérieurs, les taux de natalité ne cessent de baisser depuis un demi-siècle. Mais autour de 2007, une tendance encore plus énigmatique est venue s’ajouter à ce déclin des naissances. Le taux de natalité chez les adolescentes s’est effondré de manière générale.
Les pays concernés sont parfois très différents, avec parfois d'immenses différences en matière de prospérité, de système de santé, de prévoyance vieillesse, de lois sur l’avortement, de systèmes sociaux, de traditions religieuses, d’histoire de leurs crises économiques ou de tendances démographiques. Pourtant, le même phénomène s'est produit partout, à peu près au même moment, avec intensité et rapidement.
Autour de cette mystérieuse année 2007, beaucoup d’autres choses se sont produites. Dans 19 pays riches, on a observé une forte hausse du taux de suicide chez les jeunes. Aux Etats-Unis, les données ont en outre démontré une augmentation des dépressions et des crimes violents.
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C'est la faute des portables
Des chercheurs de deux universités américaines pensent avoir désormais résolu cette énigme. Ils présentent leurs conclusions dans une étude sur «l’effondrement du taux de natalité chez les adolescentes à l’ère numérique», dans laquelle ils y évoquent un «choc du smartphone».
Si l’on retient ce choc comme explication, les pièces du puzzle s’emboîtent de manière étonnamment nette.
La chronologie est cohérente et identique partout. Lorsque le taux de pénétration des smartphones dans la population atteint un certain niveau (les auteurs de l’étude ont retenu le chiffre de 80 abonnements mobiles pour 100 habitants), le taux de natalité chez les adolescentes commence à s’effondrer, à peu près au même moment.
Selon l’étude, cette histoire se répète encore et encore. Dans les 3135 comtés des Etats-Unis, dans 294 districts d’Angleterre et du pays de Galles, et dans 128 pays au total.
Comment expliquer cela? Les chercheurs avancent une théorie: avant l'arrivée des smartphones, lorsqu’ils voulaient rencontrer des personnes de leur âge, les jeunes se rendaient dans toutes sortes de lieux où l'on pouvait croiser tout le monde. Lorsque le smartphone s’est répandu, ils ont été de moins en moins nombreux à se réunir dans des endroits physiques.
Les jeunes sont progressivement passés dans le monde numérique, qui est devenu le nouveau lieu où il fallait être pour rencontrer des personnes de son âge. Tout le monde était là.
Deux fois moins de temps ensemble
Cette évolution est clairement perceptible aux Etats-Unis grâce à l’American Time Use Survey. Cette statistique analyse des journaux de bord dans lesquels des jeunes ont consigné, à la minute près, la manière dont ils répartissaient leur temps avec des personnes de leur âge au moment de l’apparition du smartphone.
En 2003, les rencontres en personne représentaient encore 68 minutes par jour. En 2019, ce chiffre était seulement de 38 minutes, à peine plus de la moitié. Les rencontres numériques, en revanche, via ordinateur ou smartphone, représentaient à l'époque 22 minutes en 2003, et on progressivement grimpé à 96 minutes, soit quatre fois plus.
Et qui dit augmentation des interactions numériques, dit diminutions des contacts physiques. Et au final, du nombre de grossesses chez les adolescentes.
Il n'y a pas que les ados
Selon l’étude, le choc du smartphone peut donc expliquer pourquoi les naissances chez les adolescentes se sont effondrées à partir de 2007. Mais explique-t-il aussi pourquoi, depuis, les naissances sont moins nombreuses chez toutes les femmes? Cela permet-il de résoudre toute l’énigme de la crise de la natalité à travers le monde?
Sans doute en grande partie. C’est la conclusion d’une étude américaine intitulée «L’iPhone est-il un moyen de contraception?». Selon ceux qui l'ont menée, le choc du smartphone a conduit les femmes de 15 à 24 ans à avoir moins d’enfants. Cela expliquerait 30 à 50% du recul total des naissances.
Une analyse du Financial Times montre un effondrement du taux global de natalité après le choc du smartphone dans onze pays. La professeure américaine Melissa Kearney estime qu’il est «tout à fait plausible» que le monde numérique ait entraîné un «recul des relations amoureuses».
D'autres problèmes en vue
Le choc du smartphone a eu d'autres conséquences. Selon l’étude, l’isolement dans l’espace numérique ne conduit pas seulement à moins de grossesses, mais aussi à davantage de dépressions, voire à davantage de suicides.
Alors que les sociétés du monde entier doivent encore surmonter le choc du smartphone, un autre phénomène mondial commence. Le quotidien britannique Telegraph raconte:
L’organisation masculine Male Allies UK a interrogé plus de 1000 garçons âgés de 12 à 16 ans dans 37 écoles à travers toute le Royaume-Uni. Selon cette enquête, 85% ont déjà parlé avec un chatbot. 43% ont déclaré pouvoir lui poser des questions sans avoir honte.
26% apprécient l’attention que leur offre le chatbot – davantage que des contacts comparables dans la vie réelle. 36% ont dit préférer parfois parler avec des chatbots d’intelligence artificielle plutôt qu’avec leur famille et leurs amis. 20% ont indiqué connaître un garçon de leur âge qui aurait une «petite amie IA» ou un «petit ami IA». La moitié l’explique par le fait que c’est «plus simple que les rencontres amoureuses» ou qu’il n’y a «ni attentes ni pression».
Traduit de l'allemand par Joel Espi
