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Iran: les frappes à Dubaï pourraient profiter à la Suisse

L’image ultra-sécurisée de Dubaï vacille et voici où les riches regardent

Les Emirats arabes unis ont fait de Dubaï un centre financier mondial hautement sécurisé et fiscalement avantageux. Mais les récentes frappes iraniennes ont ébranlé ce modèle de réussite.
04.03.2026, 05:3304.03.2026, 06:53
Simon Maurer / ch media

L'UDC n’apprécierait probablement pas trop le concept: près de 88% des habitants de Dubaï sont des expats. Ils constituent non seulement l’écrasante majorité de la population, mais génèrent aussi la plupart de la valeur. En 2024, environ 75% du produit intérieur brut ont été générés par des activités non pétrolières. Les revenus proviennent du tourisme, du commerce, de l’immobilier, de la logistique ou des services financiers.

Les forces d’intervention sécurisent les lieux après une frappe aérienne iranienne contre l’hôtel Fairmont The Palm à Dubaï.
Les forces d’intervention sécurisent les lieux après une frappe aérienne iranienne contre l’hôtel Fairmont The Palm à Dubaï. image: Altaf Qadri/AP

Ce modèle économique florissant a été rendu possible par un mélange particulièrement attractif pour les multinationales et les grandes fortunes: aucune imposition sur le revenu des personnes physiques, pendant longtemps presque pas d’impôt sur les sociétés et une réglementation souple facilitant les flux de capitaux. Dernier élément, tout aussi central: la promesse de sécurité physique. Depuis des années, Dubaï met en avant son très haut niveau de sécurité, meilleur que celui de grands centres financiers européens comme Londres ou Francfort.

Pour Dubaï, cela peut devenir «catastrophique»

Le week-end dernier a marqué un tournant à cet égard. Après l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, Téhéran a, contre toute attente, tiré des missiles sur l’ensemble des Etats du Golfe – y compris sur la métropole financière de Dubaï. Plusieurs hôtels de luxe ont été directement touchés. Des débris de drone intercepté ont même mis le feu à l’emblématique tour Burj Al Arab.

Cette évolution a semé l’inquiétude au sein d’une large partie de l’élite financière de la place. «La moitié de Dubaï est en train de réserver des vols pour l’étranger», titrait le Financial Times lundi. Le gestionnaire d’un important fonds spéculatif mondial disposant d’implantations dans l'émirat a déclaré:

«Cela aura des conséquences pour certains de mes collaborateurs. L’accord ne prévoyait pas de s’exposer à des risques géopolitiques en s’installant là-bas.»

L’analyste boursier Marko Kolanovic ne dit pas autre chose, lui qui dirigeait auparavant l’équipe mondiale de recherche de la banque J.P. Morgan. Les développements à Dubaï pourraient devenir «catastrophiques» si les Etats-Unis ne vainquent pas rapidement l’Iran ou ne mettent pas un terme aux attaques.

«La menace qui pèse sur les expatriés, le tourisme, la finance, l’aviation et le transport maritime peut même provoquer des ondes de choc dans le monde entier»
Marko Kolanovic sur X

C’est sans doute aussi la raison pour laquelle la bourse des Emirats arabes unis est restée fermée lundi et mardi.

Au coeur de cette crise, la spéculation a déjà commencé sur les places financières susceptibles d'en profiter. Elles tireraient leur épingle du jeu si des expatriés fortunés décidaient de déménager à cause du contexte sécuritaire tendu à Dubaï. La Suisse est alors souvent évoquée.

Durée du conflit iranien déterminante

Interrogé par nos soins, Martin Hess, économiste en chef de l’Association suisse des banquiers, souligne: «En période d’incertitude géopolitique accrue, des endroits stables comme ceux de la Suisse tendent, selon l’expérience, à revenir au premier plan pour les entreprises et les investisseurs».

Selon lui, la fiabilité dans le temps de l’Etat de droit, la protection de la propriété, la sécurité de l'approvisionnement et une réglementation compatible à l’international sont déterminantes. Autant de qualités qui caractérisent la place financière suisse indépendamment des évolutions géopolitiques actuelles. «Nous ne pouvons pas nous prononcer sur des mouvements de capitaux à court terme ou sur d’éventuels afflux concrets», précise Martin Hess, en rappelant que les décisions d’implantation s’inscrivent sur le long terme.

L’Association des gestionnaires de fortune suisses se montre tout aussi prudente. Son directeur, Patrick Dorner, rappelle que l’écrasante majorité des gestionnaires de fortune du pays sont «de petites PME comptant trois à cinq collaborateurs». Seuls quelques acteurs de plus grande taille sont présents en Asie ou au Moyen-Orient. «Si la situation actuelle devait perdurer, certaines entreprises pourraient reconsidérer leur présence locale», indique-t-il. Il ne s’attend toutefois pas à une remise en cause de leur modèle d’affaires.

Reste à savoir comment l’évolution de la situation sécuritaire dans les Etats du Golfe influencera les particuliers les plus aisés. Ils réagissent en général plus rapidement aux risques géopolitiques que les entreprises et disposent d’une plus grande mobilité. L’ampleur d’éventuels mouvements de capitaux dépendra en fin de compte de la perception de l’escalade actuelle: épisode passager ou rupture structurelle.

(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)

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