Que va faire Trump avec le Venezuela? 5 scénarios
L'opération militaire menée par les Etats-Unis à l'aube du 1er janvier qui a permis de capturer Nicolas Maduro et son épouse puis de les emmener à New York, où ils ont été incarcérés, marque un tournant pour le continent américain. Après plusieurs mois de menaces d'intervention militaire et de renforcement constant des forces armées de Washington dans la région, les forces armées états-uniennes ont destitué un président étranger à l'issue d'une opération qui a duré un peu plus de deux heures.
Que ce soit sous le prétexte de la lutte contre le trafic de drogue ou au nom d'un changement de régime, le message est clair: les Etats-Unis sont prêts à agir de manière unilatérale, avec force et, au besoin, de façon illégale. Les répercussions seront vastes pour le Venezuela, bien sûr, mais aussi pour l'ensemble de l'Amérique latine.
Les réactions à l'intervention états-unienne ont été immédiates. La Colombie, qui a dépêché des troupes à sa frontière, se préparant à l'arrivée potentielle de réfugiés, a dénoncé les frappes comme un affront à la souveraineté des pays de la région. Cuba s'est jointe à l'Iran, à la Russie et à d'autres adversaires de Washington pour condamner le raid devant les Nations unies. Quelques gouvernements, notamment celui de l'Argentine, ont en revanche apporté leur soutien sans réserve à cette opération.
Donald Trump a annoncé que les Etats-Unis allaient «diriger» le Venezuela jusqu'à ce qu'il y ait une «transition sûre, appropriée et judicieuse» du pouvoir, et assuré que son administration «n'avait pas peur d'envoyer des troupes sur le terrain».
Jusqu'à présent, peu de détails concrets sur la suite des événements ont été fournis. Beaucoup dépendra des prochaines actions de Washington et de la réaction de la classe politique vénézuélienne, qui est très divisée. En tant qu'expert des relations entre les Etats-Unis et l'Amérique latine, j'estime que cinq scénarios principaux semblent plausibles.
Trump déclare avoir eu gain de cause et en reste là
Dans ce premier scénario, Trump proclame que la mission a été accomplie, présente la capture de Maduro comme un triomphe et réduit rapidement le rôle des Etats-Unis dans l'avenir immédiat du pays. Les institutions vénézuéliennes restent largement intactes. L'actuelle vice-présidente Delcy Rodriguez, le ministre de l'intérieur Remigio Ceballos Ichaso et le ministre de la défense Vladimir Padrino Lopez dirigent un gouvernement reconstitué qui poursuit la ligne de gauche développée par feu Hugo Chavez, même si ce système est désormais privé de sa dernière figure de proue en la personne de Maduro.
Un tel développement conviendrait aux généraux états-uniens désireux de limiter les risques pour leurs troupes, ainsi qu'aux puissances étrangères soucieuses d'éviter un vide du pouvoir. A contrario, l'opposition vénézuélienne et les pays voisins qui ont subi des années d'afflux de réfugiés feraient la grimace.
Surtout, cela réduirait à néant l'influence sur le pays que Washington vient d'acquérir au prix de nombreux efforts. Après avoir pris la décision extraordinaire d'enlever un chef d'Etat, revenir en arrière et se contenter d'un léger remaniement du chavisme apparaîtrait comme une reculade contraire aux normes des interventions étrangères des Etats-Unis.
Un soulèvement populaire renverse le chavisme
Deuxième possibilité: le choc provoqué par la destitution de Maduro brise l'aura d'inévitabilité du gouvernement et déclenche un soulèvement populaire qui balaye le chavisme. Au vu de la vacance de la présidence et de l'affaiblissement des forces de sécurité, démoralisées ou divisées, une large coalition de partis d'opposition, de groupes de la société civile et de chavistes mécontents fait pression pour la mise en place d'un conseil de transition, peut-être sous l'égide de l'Organisation des Etats américains ou des Nations unies.
Reste qu'une telle révolution, en particulier lorsqu'elle est soutenue par une ingérence extérieure, se déroule rarement sans heurts. Des années de répression politique, de crime organisé, de misère économique et d'émigration ont vidé la classe moyenne et les syndicats vénézuéliens de leur substance. Les colectivos armés – des groupes paramilitaires ayant un intérêt au maintien de l'ancien régime – opposeraient une résistance farouche. Il en résulterait peut-être non pas une avancée démocratique rapide, mais une transition instable: un gouvernement provisoire fragile, des violences sporadiques et d'intenses luttes intestines sur les questions relatives aux amnisties et au contrôle du secteur pétrolier.
Les Etats-Unis installent à Caracas un pouvoir allié
Dans ce scénario, Washington tire parti de la nouvelle donne pour faire pression en faveur d'un changement complet de régime. Cela pourrait se traduire par un durcissement des sanctions à l'encontre des personnalités encore au pouvoir, par l'intensification des frappes contre les installations de sécurité et les milices, par un soutien secret aux factions insurgées et par l'utilisation du procès de Maduro comme d'une tribune mondiale pour délégitimer une fois pour toutes le chavisme.
Une personnalité reconnue en tant que leader de l'opposition serait portée au pouvoir à la suite d'une forme d'élection contrôlée, d'un conseil de transition ou d'une passation de pouvoir négociée – potentiellement, quelqu'un comme Maria Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix 2025. Les Etats-Unis et leurs alliés proposeraient une restructuration de la dette et un financement de la reconstruction du pays en échange de réformes économiques libérales et d'un alignement géopolitique sur Washington.
Cette option est très risquée. Une transition ouvertement orchestrée par les Etats-Unis entacherait la légitimité du nouveau leadership vénézuélien, tant au niveau national qu'international. Elle aggraverait la polarisation du pays, renforcerait la dénonciation de l'impérialisme (ce qui est depuis longtemps un argument central du chavisme) et inciterait la Chine, Cuba, l'Iran et la Russie à s'ingérer également dans les affaires du pays. Un mouvement chaviste meurtri mais non brisé pourrait se transformer en résistance armée, faisant du Venezuela un nouveau théâtre d'insurrection de faible intensité.
Supervision par Washington et transition contrôlée
Une transition contrôlée: c'est l'option que Trump a ouvertement envisagée. Washington exercerait provisoirement sa tutelle sur le Venezuela. Les premières priorités seraient d'imposer une chaîne de commandement et de restaurer les capacités administratives du pays, de stabiliser la monnaie et le système de paiement, et de mettre en place des réformes progressives afin d'éviter l'effondrement de l'Etat pendant la transition.
Le calendrier politique serait alors une dimension essentielle. Washington exercerait une forte influence sur les dispositions provisoires en matière de gouvernance, les règles électorales et le calendrier des élections présidentielles et législatives, y compris la reconstitution des autorités électorales et la définition des conditions minimales pour la campagne électorale et l'accès aux médias. Les Etats-Unis n'auraient pas nécessairement besoin d'occuper le pays, mais ils pourraient avoir besoin de déployer des forces sur le terrain pour dissuader les fauteurs de troubles.
La logique économique de cette option reposerait sur le rétablissement rapide de la production pétrolière et des services de base grâce au soutien technique des Etats-Unis, à l'implication de leurs entreprises privées et à un allègement sélectif des sanctions.
Des entreprises telles que Chevron, la seule grande compagnie pétrolière états-unienne encore implantée au Venezuela, ou des prestataires de services pétroliers comme Halliburton seraient probablement les premiers bénéficiaires.
Là aussi, les risques sont considérables. Comme dans le cas, présenté plus haut, de l'arrivée au pouvoir d'une équipe ouvertement alignée sur Washington, une tutelle états-unienne pourrait attiser les sentiments nationalistes et valider le discours anti-impérialiste propre au chavisme. La menace implicite de l'utilisation de la force pourrait dissuader les groupes criminels, mais elle pourrait également approfondir le ressentiment et durcir la résistance des groupes armés, des partisans de Maduro ou de toute autre personne opposée à l'occupation.
Conflit hybride et instabilité contrôlée
Finalement, le plus probable est que tous les scénarios ci-dessus seront en quelque sorte mélangés: on assisterait alors à une lutte prolongée dans laquelle aucun acteur ne l'emporterait complètement. La destitution de Maduro pourrait affaiblir le chavisme, sans totalement détruire ses réseaux dans l'armée, l'administration et les quartiers défavorisés. L'opposition pourrait être revigorée, mais demeurerait divisée. Sous Trump, les Etats-Unis seront puissants sur le plan militaire, mais limités dans leur marge de manœuvre par la lassitude de leur population à l'égard des guerres étrangères, la perspective des élections de mi-mandat à venir et les doutes quant à la légalité de leurs méthodes.
Dans ce cas de figure, le Venezuela pourrait sombrer dans plusieurs années d'instabilité contrôlée. Le pouvoir pourrait de facto être partagé entre une élite chaviste affaiblie, des figures de l'opposition cooptées dans le cadre d'un accord transitoire et des acteurs sécuritaires contrôlant des fiefs locaux. Les frappes sporadiques et les opérations secrètes des Etats-Unis pourraient se poursuivre, en étant calibrées pour punir les fauteurs de troubles et protéger les partenaires privilégiés de Washington, sans aller jusqu'à une occupation de grande échelle.
Une doctrine Monroe 2.0?
Quel que soit l'avenir, ce qui semble clair pour l'instant, c'est que l'opération anti-Maduro peut être considérée, tant par ses partisans que par ses détracteurs, comme l'application d'une sorte de Doctrine Monroe 2.0. Cette version, qui fait suite à la doctrine originale du XIXe siècle dans laquelle Washington mettait en garde les puissances européennes contre toute ingérence dans sa sphère d'influence, est une affirmation plus musclée selon laquelle les rivaux lointains des Etats-Unis et leurs clients locaux ne seront pas autorisés à avoir leur mot à dire sur le continent américain.
Ce message agressif ne se limite pas à Caracas. Cuba et le Nicaragua, déjà soumis à de lourdes sanctions américaines et de plus en plus dépendants du soutien russe et chinois, verront le raid vénézuélien comme un avertissement indiquant que même les gouvernements bien établis ne sont pas à l'abri si leur politique n'est pas suffisamment alignée sur celle de Trump.
La Colombie, théoriquement alliée des Etats-Unis mais actuellement dirigée par un gouvernement de gauche qui a vivement critiqué la politique vénézuélienne de Washington, se retrouve prise en étau.
Les Etats petits et moyens, et pas seulement ceux d'Amérique latine, ne peuvent qu'être inquiets. Le Panama, dont le canal est essentiel au commerce mondial et à la mobilité navale des Etats-Unis, pourrait faire l'objet d'une pression renouvelée, Washington souhaitant pouvoir compter dans ce pays sur un pouvoir local qui sera proche de lui et bloquera les avancées chinoises dans les ports et les télécommunications. Le Canada et le Danemark auront également regardé cet épisode de très près, l'administration Trump ayant récemment rappelé avec force qu'elle convoite le Groenland.
Cet article a été publié initialement sur The Conversation. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

