Le pari pétrolier de Trump au Venezuela se heurte à la réalité
Les Etats-Unis et le Venezuela vont «gagner énormément d’argent», a déclaré le président américain Donald Trump lors de la conférence de presse, après l’annonce de l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis et de son transfert à New York. Les compagnies pétrolières américaines investiraient « des milliards dans une infrastructure pétrolière en ruine » — et rendraient le pays très riche.
Mais des experts du monde entier tempèrent les attentes d’un tel boom. Pour que les promesses du président américain se concrétisent, une série de conditions devraient être réunies — des conditions qui ne dépendent pas uniquement de la volonté politique de Washington.
Les groupes pétroliers devraient investir des milliards au Venezuela
Encore faudrait-il, d’abord, que les compagnies pétrolières américaines aient réellement intérêt à investir des milliards de dollars au Venezuela. Certes, le pays dispose d’immenses réserves de pétrole: plus de 300 milliards de barils selon certaines estimations, soit les plus importantes au monde. Mais ce pétrole est très lourd, donc coûteux à raffiner. Surtout, l’infrastructure pétrolière vénézuélienne est dans un état si dégradé que des investissements massifs seraient nécessaires pour augmenter sensiblement la production, comme l’envisage Donald Trump.
Des analystes du cabinet Energy Aspects ont ainsi expliqué au New York Times qu’il faudrait environ dix milliards de dollars pour accroître la production de 500 000 barils par jour. La production actuelle tourne autour d’un million de barils quotidiens: une telle hausse représenterait donc une augmentation de plus de 50%.
Des experts interrogés par Reuters dressent un constat similaire. Au-delà des sommes colossales à engager, les groupes pétroliers devraient aussi s’armer de patience. Thomas O’Donnell, analyste et universitaire spécialisé dans l’énergie et la géopolitique, commente:
A l’inverse, un processus chaotique pourrait déboucher sur des années d’instabilité.
Parmi les groupes américains, Chevron serait le mieux placé pour tirer profit d’une ouverture du marché, puisqu’il est le seul grand pétrolier américain encore actif dans le pays. Mais ConocoPhillips pourrait également manifester un vif intérêt: le groupe détient encore des créances de plus de dix milliards de dollars, héritées d’une nationalisation survenue il y a près de vingt ans, rappelle Francisco Monaldi, du Baker Institute de la Rice University.
Les Etats-Unis n’ont pas profité du pétrole irakien
L’expérience récente invite toutefois à la prudence. «Les Etats-Unis n’ont tiré aucun bénéfice du pétrole lors des changements de régime en Irak et en Libye. Je crains que l’histoire ne se répète au Venezuela», avertit l’expert en énergie Ed Hirs, de l’Université de Houston.
Dans son podcast The Rest is Politics, l’ancien responsable politique britannique Rory Stewart évoque lui aussi le précédent irakien. «On s’est vite rendu compte que tout était rouillé», explique-t-il, soulignant le temps nécessaire pour relancer la production:
Un horizon lointain, d’autant plus incertain que le contexte économique mondial n’est guère favorable. En 2025, le prix du pétrole a chuté de 20%, passant sous la barre des 60 dollars le baril, soit son plus bas niveau depuis la pandémie de Covid-19. Une remontée des prix pourrait rendre les investissements attractifs; un maintien à ce niveau, ou une nouvelle baisse, réduirait rapidement les incitations.
Trump met la pression sur les géants du pétrole
Reste le facteur Trump, imprévisible par nature. Selon Politico, l’administration américaine exerce déjà des pressions sur les géants du pétrole pour qu’ils s’implantent au Venezuela. Les proches de Trump auraient clairement fait comprendre que ceux qui souhaitent conserver leurs créances perdues lors des nationalisations doivent désormais passer à l’action. Plusieurs sources anonymes du secteur pétrolier l’ont confié au site. «Ils disent: vous devez y aller maintenant si vous voulez participer et récupérer votre argent.»
Pour l’instant, l’intérêt des entreprises resterait toutefois limité, poursuit Politico. Il serait impossible d’évaluer l’état réel de leurs installations et, par conséquent, d’en estimer les coûts. Et surtout, les inquiétudes sécuritaires seraient encore trop importantes. Les Etats-Unis devraient d’abord garantir la sécurité des employés et des infrastructures avant que les entreprises ne s’engagent à grande échelle au Venezuela.
Ancien conseiller des administrations Obama, Trump et Biden, l’analyste énergétique Landon Derentz estime que le Venezuela pourrait devenir «un joyau de la couronne» pour les Etats-Unis si la situation politique se stabilisait. Mais les indices allant dans ce sens sont trop faibles. «Je ne vois actuellement rien qui me donne le sentiment qu’il s’agit d’une opportunité prometteuse», conclut-il. (adapt. jah)

