Muscles et féminisme: le plan de ces Verts pour contrer l’extrême droite
Dans ses vidéos publiées sur les réseaux sociaux, l'effort se lit sur le visage de Theo Löcker. Le jeune élu écologiste viennois partage volontiers ses séances d'entraînement avec ses abonnés. A 22 ans, ce député régional et conseiller municipal des Verts publie régulièrement des vidéos où on le voit enchaîner les exercices en salle de sport. En parallèle, il parle de féminisme comme d'une évidence.
Cette combinaison ne plaît pas seulement à sa communauté en ligne. Plusieurs responsables des Verts allemands y ont vu une source d'inspiration et l'ont invité à participer à la rédaction de leur nouveau manifeste consacré à une «masculinité moderne». Le document, signé par quinze élus, vient d'être publié. Il appelle à porter un nouveau regard sur les hommes. Les Verts veulent rompre avec leur image de «gentils garçons» et avec le cliché selon lequel un homme écologiste enfourche volontiers un vélo-cargo, mais ne toucherait jamais une barre d'haltères.
On peut lire dans le manifeste:
Le magazine satirique queer, de la chaîne publique bavaroise BR, s'est amusé à imaginer les prochaines affiches électorales des Verts vantant «muscles et muesli». Il a même proposé un slogan: «Pain is temporary, climate is forever» («La douleur est passagère, le climat est éternel»).
Theo Löcker sourit de cette caricature, mais son message est sérieux:
Le manifeste, signé entre autres par la co-présidente du parti Franziska Brantner, joue lui aussi sur ces oppositions supposées. «La masculinité moderne est inclusive», peut-on y lire.
Son co-président Felix Banaszak résume la même idée auprès du magazine Playboy: «Tu peux rouler en vélo-cargo ou en BMW X3».
Redéfinir la masculinité
Ce manifeste est né parce que les Verts cherchent encore leur nouvelle identité, un an et demi après les élections législatives. En février 2025, leur score est tombé de 14,7% à 11,6% par rapport au scrutin de 2021. Le recul est particulièrement marqué chez les jeunes, tandis que l'AfD a fortement progressé dans cette catégorie. Lors des dernières élections fédérales, seuls 10% des 18 à 24 ans ont voté pour les Verts, contre 21% pour l'AfD.
«Beaucoup de jeunes hommes se tournent vers la droite. Pour les Verts, c'est un électorat particulièrement difficile à atteindre», constate Theo Löcker. A l'AfD, la question de la masculinité ne suscite pas les mêmes réflexions. Maximilian Krah, député fédéral du parti classé à l'extrême droite, a un jour lancé:
Les Verts dressent un constat inverse: «Nous avons oublié de proposer une autre définition de la masculinité. Nous avons créé un vide, et ce vide est désormais rempli par les vieux modèles».
Le député écologiste Anton Hofreiter, qui pratique la boxe, résume ce malaise dans Der Spiegel: «Dans les milieux progressistes, la masculinité est automatiquement associée à la notion de toxicité. Les hommes sont rejetés pour ce qu'ils sont, et non pour ce qu'ils disent ou font. Il n'existe pas, à gauche, d'image positive d'une masculinité moderne». C'est précisément ce que le manifeste veut changer.
Theo Löcker abonde en ce sens:
Le Viennois pratique la callisthénie – un entraînement utilisant le poids du corps – trois fois par semaine et partage son activité sur les réseaux. Il affirme recevoir de nombreux retours positifs. «Des personnes qui travaillent avec de jeunes hommes ayant une vision très stéréotypée de la masculinité me disent que mes vidéos de sport leur permettent d'engager des discussions sur le féminisme.»
On lui a même demandé si les hommes musclés étaient vraiment les bienvenus chez les Verts. Il répond sans hésitation:
Critiques au sein du parti
Selon Der Spiegel, le manifeste a toutefois suscité de vifs débats lors d'une réunion du groupe parlementaire écologiste au Bundestag. Plusieurs députés ont exprimé leurs réserves. L'idée dominante: il faut certes aller à la rencontre des jeunes hommes dans les clubs sportifs et les salles de musculation, mais pas avec ce type de texte.
Le magazine indique que plusieurs élues, parmi lesquelles Lena Gumnior, Ulle Schauws et Kirsten Kappert-Gonther, ont pris la parole. Selon plusieurs participants, «la majorité des interventions montraient que cette vision de la masculinité n'était pas celle du parti». Certains ont également estimé que «ce n'était pas le bon moment pour ouvrir un débat sur notre image des hommes». Le manifeste serait «bien intentionné, mais trop simpliste».
Plusieurs critiques ont aussi souligné que ce texte risquait d'éloigner une partie de l'électorat féminin. D'autres craignent qu'il ne desserve le parti à l'approche des élections régionales prévues en septembre en Saxe-Anhalt, en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin. Selon eux, l'Allemagne fait face à des priorités autrement plus urgentes: l'avenir de l'assurance-maladie publique, le changement climatique ou encore la situation économique.
Certains se sont peut-être souvenus de la polémique autour du «Veggie Day» avant les élections fédérales de 2013. Les Verts avaient proposé d'instaurer une journée sans viande par semaine dans les cantines publiques. Cette idée leur avait valu de nombreuses critiques, beaucoup y voyant une volonté de dicter les comportements. Au scrutin, le parti avait subi un net revers, ne recueillant plus que 8,4% des voix. (adapt. tam)
