Société
Commentaire

On ne sait pas grand-chose (et on devrait y remédier en 2026)

Ne faisons pas comme Donald Trump, essayons de mieux comprendre ce qui nous entoure.
Ne faisons pas comme Donald Trump, essayons de mieux comprendre ce qui nous entoure. image: getty
Commentaire

On ne sait pas grand-chose (et on devrait y remédier en 2026)

En panne de résolutions? Et si, au lieu de noyer le voisin de nos belles et grandes opinions, nous démarrions 2026 avec l’humble ambition d’en apprendre globalement davantage? Sur nous, les autres, le monde, la politique, Chat GPT ou la crème anglaise.
04.01.2026, 18:5604.01.2026, 18:56

«Comment les Suisses meurent-ils?», pouvais-je lire dans un média romand il y a quelques jours, bien trop à mon aise, entre une guirlande lumineuse et l’énième carcasse d’une indécente série de dindes au vin jaune.

Figurez-vous qu’entre 15 et 45 ans, le suicide est en très bonne place. Jusqu’à 80 ans? Le cancer. Au-delà, il revient au cœur d’abandonner le court fracas qu’est la vie. En 2024, 35 000 hommes et 37 000 femmes sont décédés dans notre doux pays. Oh, ça n’a rien d’une menace. Juste une information de dernière minute que l’on aurait sans doute préféré déballer ailleurs que sous le sapin, à quelques coupettes de la nouvelle année.

Il y a un temps pour tout, dit-on. Mais puisque nous voilà mis au courant, profitons-en pour y réfléchir un instant.

En ces temps troublés, que Time Magazine décrit comme le «nouveau désordre mondial» (allons-y gaiement), on pourrait croire qu’au pied de nos immeubles surchauffés, cernés de colis Galaxus à déballer et de primes maladie à payer, ne pas mourir (je veux dire, nous, personnellement) n’est plus tant une résolution digne d’être menée tambour battant. Qu’il y en a d’autres, plus urgentes, plus graves, dépassant notre misérable existence.

Or, sauver la planète ou les meubles, défendre la cause palestinienne ou Sydney Sweeney, soutenir Donald Trump, Mélenchon ou mordicus que [...], mettre les points sur des i ou de la crème dans la Carbonara, distribuer son fiel ou son amour, poster son cul ou sa morale sur Instagram, s’en foutre ou ventiler, tout cela, requiert une compétence (et parfois un droit) des plus ordinaires:

Rester en vie.

A Gaza, en Ukraine ou au Soudan, cet objectif s’impose comme une terrible priorité. Chez nous, là où tout ne va pas si mal, plane une harassante impression d’avoir à se sentir gênés d’être en vie. Comme s’il fallait se montrer affligés par tout ce qui nous dépasse. Un devoir de gravité, diffus, humain, mais généralisé, que l’on trimballe du premier latte macha au dernier somnifère. Ne serait-ce que pour éviter l’effrayant tunnel des culpabilités et une bonne collection d’insomnies.

L’auteur et humoriste romand Benjamin Décosterd a d’ailleurs bien senti l’époque, lui qui a baptisé son (très bon) spectacle «Le monde va mal, mais je vais bien».

«Quand j’étais enfant, le monde allait bien. J’en étais sûr. Et aujourd’hui, bah… je ne sais plus trop. (...) Dans ce contexte, la seule issue semble être “ne pas disparaître trop vite en tant qu’espèce”»
Extrait du texte de présentation du spectacle de Benjamin Décosterd

Paradoxalement, pendant que le Grand Tout se retrouve lacéré d’incertitudes, nous nous sommes rarement montrés aussi définitifs. La faute aux algorithmes, aux dirigeants, au marketing, aux médias (biffer ce qui ne vous convient pas), qui peinent à séduire (et donc à survivre) sans cliver leur audience en deux, sans réveiller en nous colère, frustration, indignation, jalousie et intolérance.

Oui, le fameux rage bait, élu mot de l’année 2025.

Nous voilà donc convaincus que nos convictions personnelles peuvent avoir une réelle incidence sur la résolution de quoi que ce soit, hormis nos propres angoisses. Des réflexes qui permettent de confiner ce qui nous tourmente dans un faux sentiment d’assurance, que l’on brandit ensuite sous le nez du voisin. Comme un bouclier ou un couteau, c’est selon.

Image
adaptation par watson d’un mème célèbre

Et crac, pour peu que l’autre se mette à dégainer ses propres (et donc différentes) croyances ou sensibilités, c’est le grand foutoir.

Au beau milieu de l’octogone, il y a pourtant bien une chose qui nous unit, tous, sans la moindre distinction: une folle méconnaissance de presque tout. Une douce ignorance que l’on compense trop souvent en conviant l’émotion. Et cela vaut pour tout. Des raisons qui ont hissé Trump au pouvoir (les Américains sont débiles), à Chat GPT (c’est de la merde), en passant par le fonctionnement de notre propre machine à laver (putain, mais démarre!).

Et si l’on démarrait justement 2026 avec l’humble ambition d’en savoir globalement davantage? Sur nous, les autres, le monde, tout, rien. D’apprendre des trucs, en lisant, en écoutant, en discutant, en disséquant, en reculant d’un pas, avec une grande bouffée de réflexion. En posant des questions comme un gamin qui aligne les «pourquoi?», devant des parents désarçonnés.

Résistons parfois à la tentation, désormais aussi forte que pour le sucre ou le smartphone, de juger avant de comprendre, même face aux lourdes absurdités que le quotidien nous jette au visage. Aujourd’hui, l’indignation se consomme au même rythme que l’information, c’est-à-dire en continu, sans la moindre prise d’air.

Alors jouons-la comme Spinoza:

«Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester, mais comprendre»

Sans verser dans la philo de comptoir, ouvrons peut-être quelques fenêtres pour en apprendre un peu plus sur ces satanés rouages géopolitiques ou sociaux, sur l’Histoire qui nous précède (soyons fous) ou les nouvelles technologies. Sur ce sport qui nous fait de l’œil depuis longtemps, sur la cuisine mexicaine, la clarinette, ou cette langue étrangère que l’on rêve de maîtriser. Sur cet ennemi qui semble s’opposer à nos valeurs.

Non pas pour ignorer toute espèce de réalité désagréable, mais au contraire pour mieux l’apprivoiser et, par extension, la digérer. Et même la défier, si le cœur nous en dit. Jusqu’à ce qu’il nous lâche. Car l’Office fédéral de la statistique est formel: ici, nous ne mourrons pas sous les bombes. Et œuvrer pour une paix mondiale n’empêche pas de nourrir notre paix intérieure, histoire d’une faire profiter l’autre.

Plus on apprend, moins on sait, dit-on

Et, apparemment, bouffer du savoir, ça conserve.

Bonne bourre et joyeuse année 2026!

,

Brigitte Bardot et sa passion pour les animaux
1 / 12
Brigitte Bardot et sa passion pour les animaux
source: dr
partager sur Facebookpartager sur X
Clap de fin pour MTV qui cesse de diffuser de la musique
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Le sexe pendant les vacances de Noël cache un sombre secret
Alors que les agapes de fin d'année battent leur plein, les statistiques sont formelles: l’activité sexuelle atteint des sommets pendant les fêtes. Mais ne vous y trompez pas, ce regain de galipettes sous le sapin cache une réalité bien moins féerique qu'il n'y paraît.
Il semblerait que les vacances de Noël soient propices à la chose coquine. Autrement dit, aux galipettes sous les draps. Selon le New York Times, il y a chaque année un pic d'activité sexuelle pendant les agapes gourmandes de fin d'année, entre Noël et Nouvel An. En tout cas chez nos amis habitant outre-Atlantique.
L’article