Ce jeu est centré sur une héroïne et ça ne passe pas
Longtemps resté dans une niche consommée principalement par des hommes, le jeu vidéo compte désormais une parité. En effet, une enquête française menée par le SELL, le Syndicat des éditeurs des logiciels de loisirs, révèle que les femmes représentent environ 49 % à 50 % de l'ensemble des joueurs de jeux vidéo à l'échelle mondiale.
Pour autant, l’e-sport reste encore dominé par les hommes, et la représentation des femmes dans les jeux est toujours perfectible. Le nouveau volet de la licence culte God of War en est la preuve, puisque le fait d’y incarner une femme dans cet épisode suscite de nombreux remous sur les réseaux sociaux.
Avec sept jeux dans la Grèce Antique à incarner le Fantôme du Kratos et plus de 70 millions de galettes écoulées à travers le monde, la saga God of War est un monstre du jeu vidéo et véritable étandard pour la marque PlayStation. En 2018, la saga a connu une renaissance nordique portée par des cartons stratosphériques que sont le reboot God of War de 2018 (23 millions) et sa suite God of War: Ragnarök (plus de 20 millions).
En attendant le remake du tout premier épisode, annoncé en février dernier, le studio Santa Monica a récemment révélé un épisode dédié à Laufey, la défunte épouse de Kratos et mère d’Atreus, dont on assiste au bûcher funéraire dès les premières minutes du jeu de 2018.
Mais pour certains fans de la licence, incarner une femme guerrière aux capacités impressionnantes passe mal, sous prétexte qu’ils ne peuvent pas s’identifier au personnage et que le choix de remplacer un personnage canonique si iconique est scandaleux. Pour pallier cet affront, le petit monde des gamers masculinistes se donne à cœur joie pour humilier ce nouveau personnage principal.
Pour voir Faye faire de la vaisselle 👇
Le personnage de Faye, incarné par l’actrice Deborah Ann Woll (Daredevil), se voit traîné dans la boue sur les réseaux sociaux, jugé «pas assez séduisant», avec des photos générées par intelligence artificielle d’une version idéalisée et maquillée de l'avatar virtuel de la comédienne.
D'autres publications, par dizaines, s'appuient sur des stéréotypes sexistes en la mettant en scène avec un lave-linge, un détournement né du jeu de mots entre «Laufey» et «laundry» (lessive). Certains internautes vont même jusqu'à générer des séquences de gameplay où l'héroïne accomplit des tâches ménagères.
Ce genre d'humour:
— Palma Anderson (@PalmaAnder14) June 3, 2026
«C'est la faute au wokisme»
Les joueurs se défendent de toute misogynie et dénoncent ce qu’ils considèrent comme «un complot wokiste», selon lequel les éditeurs de jeux prendraient un malin plaisir à remplacer des héros masculins déjà surreprésentés par des personnages féminins ou issus de la diversité.
Ce fut notamment le cas de The Last of Us II, qui a subi du review bombing par une communauté masculiniste pour avoir fait d’Ellie le personnage principal, une héroïne lesbienne, au détriment de Joel, incarné par les joueurs dans le premier volet.
Le très attendu The Witcher 4, dans lequel le personnage de Ciri remplace le célèbre Geralt, est également dans le viseur de ces joueurs, mécontents parce qu’un personnage féminin prend le lead.
A l’instar de God of War: Laufey, ces changements de personnage servent avant tout l’histoire générale, puisqu’ils permettent aux joueurs et joueuses d’explorer la trame narrative de leur personnage respectif, bien souvent parce que le protagoniste principal de la licence n’a plus grand-chose à raconter, ayant déjà bénéficié de plusieurs épisodes qui lui sont dédiés.
Faye, sans jamais apparaître, est l’un des moteurs scénaristiques de God of War et de sa suite Ragnarök, puisque le but du jeu était de répandre ses cendres avant de découvrir ses origines divines. Il est donc tout à fait légitime qu'on en sache plus sur elle.
Etonnamment, cette frange de joueurs réticents à incarner une femme l’est uniquement lorsque le personnage féminin n’est pas sexualisé et ne répond pas à un certain standard de beauté.
Quant à l'identification au personnage, il est visiblement plus facile pour ces hommes de s'identifier à un hérisson bleu qui court très vite ou à une boule jaune qui mange des fantômes qu'à une personne qui représente la moitié de l'humanité. Il y a neuf jeux dans lesquels les joueurs incarnent Kratos et un remake de la trilogie originale à venir, mais un seul épisode avec une femme, et pour certains, c'est l'épisode de trop. On marche sur la tête.
