Pourquoi les restos traditionnels perdent du terrain face au fast-food
Prix plus accessibles, portions généreuses, tendances culinaires populaires… En pleine croissance, la restauration rapide met sous pression la restauration traditionnelle sans pour autant la faire disparaître. Début mai, Alain Fontaine, président de l’Association française des maîtres restaurateurs (AFMR), alertait sur un risque de «disparition» de la restauration traditionnelle avec service à table, menacée selon lui par la restauration rapide.
«C’est plutôt que les nouveaux marchés qui s’ouvrent, s’ouvrent principalement en restauration rapide», nuance toutefois François Blouin, président du cabinet Food Service Vision. Selon lui, les ouvertures de restaurants traditionnels compensent à peine les fermetures, tandis que la restauration rapide affiche une croissance de 6 à 7% des points de vente en 2025.
Ce syndicat national fédère quelque 200 enseignes ayant généré 32 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Selon elle, au-delà de la rapidité du service, «la flexibilité, l’accessibilité, la diversité de l’offre, la transparence» ainsi que «le fait de pouvoir être présent à tous les instants de la journée» expliquent pourquoi «nos consommateurs viennent et reviennent».
Dans un contexte d’inflation persistante, les prix pratiqués par la restauration rapide et son rapport quantité-prix restent ses principaux atouts. En moyenne, un consommateur dépense entre 15 et 18 euros dans une enseigne de restauration rapide, contre une trentaine d’euros dans un restaurant avec service à table, selon Bernard Boutboul, directeur du cabinet Gira Conseil.
Le secteur de la restauration a connu une hausse «colossale» du prix des matières premières, de 16% entre fin 2022 et fin 2025. La restauration traditionnelle a largement répercuté cette hausse sur ses tarifs, avec une augmentation moyenne de l’addition de 31%.
De son côté, la restauration rapide, dont les charges de personnel sont plus faibles, a limité la hausse entre 5 et 10%, selon le cabinet. Pour y parvenir, le secteur a toutefois sacrifié une partie de ses marges: «le résultat net du secteur a été divisé par deux en cinq ans, passant de 5,8% en 2017 à 2,9% en 2023 (…) avec un tiers des entreprises en situation de rentabilité négative en 2023», selon une étude du cabinet Xerfi réalisée en 2025 pour le Snarr.
«Concurrents indirects»
Et «depuis une dizaine de mois, c’est un peu plus compliqué sur les ventes», témoigne auprès de l’AFP Malik Mensour, directeur des opérations de la chaîne de burgers G La Dalle, fondée en 2014 et qui compte une centaine de restaurants, principalement en franchise. La chaîne a récemment lancé une box de morceaux de poulet afin de surfer sur la tendance du poulet frit, dont la consommation explose depuis plusieurs années.
«Il faut rester dynamique, d’autant plus qu’aujourd’hui, les acteurs, soit les nouveaux entrants, mais aussi les acteurs plus classiques, ont une tendance assez agressive sur les prix », explique Malik Mensour. Outre Tasty Crousty et sa barquette de riz au poulet frit à moins de 10 euros, McDonald’s a lancé début mai une nouvelle formule à 5 euros baptisée le «McDeal».
Dans ce marché ultra-concurrentiel, la restauration traditionnelle tente malgré tout de se réinventer avec des concepts qui fonctionnent: bouillons, restaurants à volonté, planches à partager ou encore tapas, énumère François Blouin. Pour lui, les différents types de restauration restent avant tout «des concurrents indirects», car ils répondent à des besoins distincts des consommateurs.
Une récente étude de Food Service Vision montre par ailleurs qu’un autre acteur gagne progressivement du terrain: la boulangerie-pâtisserie, dont les offres de restauration se diversifient bien au-delà des sandwichs traditionnels. Parmi les chaînes de restauration — soit les enseignes comptant plus de trois points de vente sous un même nom — la part de marché de la restauration rapide est restée stable à 66% entre 2023 et 2025. Celle de la restauration à table a reculé de 23% à 21%, tandis que la boulangerie-pâtisserie est passée de 11% à 13%.
