Qui est ce «crocodile souriant» et nouvel ennemi des Beckham?
Au coeur du «Megxit 2.0» qui déchire le Royaume-Uni et les Etats-Unis depuis une semaine, j'ai nommé: Brooklyn Beckham, le fils rebelle de 26 ans; ses parents, les iconiques Victoria et David Beckham; sa jeune épouse, la charmante Nicola Peltz Beckham; et enfin, beau-papa: Nelson Peltz. Peut-être le personnage le plus fascinant et le plus mystérieux de toute cette affaire.
Plus d'une semaine après le communiqué cinglant du fiston reniant père et mère pour retrouver sa liberté, les regards commencent tout juste à se porter vers cet homme d'affaires de 83 ans aussi brillant qu'implacable. C'est simple, selon le Daily Mail: Victoria et David ont trouvé en lui leur nouvel «ennemi juré».
Une figure crainte
Et quel ennemi. Car si l'on peut déduire quelque chose des innombrables articles consacrés au milliardaire depuis le début de son ascension à Wall Street, c'est qu'il est redoutable. Surnommé le «Crocodile souriant», réputé pour son sens de l'humour, l’homme obtient toujours ce qu'il veut. Par le charme... ou la force.
Sa colossale fortune (estimée par Forbes à environ 1,6 milliard de dollars), ce natif d'une famille juive de la classe moyenne de Brooklyn l'a bâtie tout seul. Après avoir abandonné ses études à Wharton, une prestigieuse école de commerce de l'université de Pennsylvanie, par ennui (les «cours lui gâchaient sa journée», a justifié l'homme d'affaires au New York Times), pour devenir moniteur de ski dans l'Oregon.
Son père le convainc toutefois de tenter un stage de deux semaines dans la petite entreprise familiale de distribution de produits surgelés, en tant que chauffeur-livreur. Nelson y restera quinze ans, métamorphosant au passage l'entreprise paternelle en plus grand distributeur de produits surgelés du Nord-Est des Etats-Unis.
«Nelson n'est pas un intellectuel d'Harvard. Il est débrouillard. Il comprend ce que veulent les masses», décrit un autre ami, Greg Norman, golfeur et entrepreneur australien, au Daily Mail.
Fêtard invétéré dans le New York des années 70 et 80, Nelson organise des soirées extravagantes dans sa résidence d'été de Long Island. Parmi les murmures, on prétend que le jeune homme a organisé des parties de tennis avec des invitées seins nus – une rumeur que l'intéressé n'a pas tout à fait démentie, lors d'une récente interview au Financial Times.
Mais il n'y a pas que les soirées débridées. En 1983, l'entrepreneur à succès acquiert avec l'aide d'un associé une participation dans Triangle Industries, pour en faire la plus grande entreprise d'emballage au monde. Sa vente, six plus tard, rapportera 840 millions de dollars à cet «investisseur réfléchi et excellent gestionnaire», selon les mots d'un confrère.
Devenu immensément riche à seulement 46 ans, Nelson Peltz aurait pu envisager une retraite anticipée, entre séances de golf, soirées mondaines et séjours sous le soleil des Tropiques. Mais cet hyperactif se lasse rapidement.
Tel un preux chevalier, il se jette alors à corps perdu dans «l'investissement activiste»: l'achat de participations importantes dans des entreprises sous-performantes, que Nelson Peltz se donne pour mission de remettre sur les rails. Parmi elles? Des géants comme Heinz, Mondelez, Procter & Gamble (qui possède des marques aussi emblématiques que Pampers et Gillette), ou encore Unilever (propriétaire du savon Dove).
Sa technique est simple comme bonjour. Augmenter les ventes, diminuer les dépenses. Un mantra par ailleurs inscrit en toutes lettres sur les mugs de son entreprise fondée en 2005, Trian Partners. «Nelson a un charme de pirate et une main de velours. Mais ne vous y trompez pas: il est implacable dans la poursuite de son objectif, qui est la création de valeur», décrit Roger Carr, président du géant de la confiserie Cadbury, lorsque Nelson Pelz a mené une campagne pleine de succès.
Si la pratique de «l'investissement activiste» est courante à Wall Street, elle a valu à Nelson Peltz son lot de critiques, de jalousies et de détracteurs. Sans parler de son style chirurgical, parfois jugé «autoritaire», pour ne pas dire «tyrannique», par plusieurs PDG anonymes et impuissants. «Un vieux tyran. Tout comme Trump», résume un administrateur dans le Times.
Et Nelson Peltz assume le qualificatif:
«Il est comme l'invité indésirable qui s'invite à un dîner, souligne pour sa part Charles Elson, ancien directeur du Centre John L. Weinberg pour la gouvernance d'entreprise à l'Université du Delaware. «Aussi charmant soit-il, il ne sera pas le bienvenu».
C'est peu de dire qu'on ne veut pas toujours de ses services. Dernier revers en date: Disney, qui, face à cet intrus qui pose des millions sur la table pour tenter d'intégrer de force le conseil d'administration du géant du divertissement, publie une vidéo le qualifiant de «perturbateur et destructeur». Us n'est pas coutume, Nelson Peltz a dû se rendre à l'évidence. Sa candidature a échoué.
Patriarche passionné et sans pitié
En parallèle à son travail, le désormais octogénaire mène une vie familiale épanouie: Nelson Pelz est le père de quelque dix enfants, dont huit de son actuelle épouse, l'ancienne mannequin Claudia Heffner, la «matriarche» du clan.
Mais rassurez-vous! Il a de quoi loger tout ce petit monde. Le milliardaire possède un domaine de 52 hectares à Bedford, dans l'Etat de New York. Connu sous le nom de «High Winds», ce dernier dispose de son propre héliport, d'une patinoire intérieure, d'un lac avec cascade et même d'un troupeau de paons albinos.
Les Peltz passeraient toutefois la majorité de leur temps à Palm Beach, dans une maison de 76 millions de dollars, voisin du manoir de Donald Trump, à Mar-a-Lago. Un président et ancien ami dont il a financé la première campagne, en 2016, avant de couper publiquement les ponts après l'assaut du 6 Janvier sur le Capitole.
Si le style de vie Nelson Peltz peut-être qualifié d'extravagant, l'homme d'affaires peut aussi se montrer très économe. En 2023, au milieu de sa guerre contre Disney, il a tout de même trouvé le temps de poursuivre en justice les modestes organisateurs du mariage de sa fille, Nicola, pour un acompte de 159 000 dollars.
D'ailleurs, hors de question de laisser sa progéniture se tourner les pouces en attendant que les millions lui tombent un jour sur la tête: le style de gestion rigoureux du milliardaire s'est reflété dans l'éducation de ses dix descendants, qui se sont vus inculquer l'importance du travail acharné.
Contrairement à son beau-fils, Brooklyn, qui peine encore à trouver sa voie dans l'ombre de ses célèbres parents, tous les enfants Peltz ont un métier. Qu'il s'agisse du cinéma, du patinage artistique, du hockey sur glace ou, inévitablement, d'un poste dans l'entreprise familiale, Trian Partners.
«C'est une affaire de famille», abonde un ancien collaborateur, dans le Times. On allait à des réunions chez lui en Floride et il amenait toute sa famille pour nous rencontrer. C'était comme s'il nous présentait son fils et sa fille. C'était bizarre».
Un ennemi de poids pour les Beckham
Une chose est sûre: Nelson adore ses enfants. Et ils le lui rendent bien. Nicola, 30 ans, ne lésine pas sur les posts Instagram chantant les louanges de son daddy. Ce qui ne l'a pas empêché d'épouser son exact opposé: Brooklyn, garçon timide et indécis, passé du mannequinat épisodique à la photographie animalière, pour devenir cuisinier amateur à domicile.
C'est donc peu dire que sa déclaration de 1200 mots, publiée lundi dernier, ne ressemble pas au style de ce gendre plutôt effacé. Selon des proches du jeune homme dans le Daily Mail, le ton détonne nettement avec le travail habituel du charmant Brooklyn, connu pour avoir écrit «witch» au lieu de «which» en légende d'un post Instagram.
Se pourrait-il que le beau-père prodige y ait apporté sa patte personnelle? Après tout, comme sa fille Nicola l'a elle-même déclaré d'une voix émue et dans une interview au magazine Variety, accordée peu après son mariage:
Victoria et David Beckham, qui n'ont jamais été grands fans du personnage de Nelson Peltz, selon plusieurs rapports publiés ces dernières années, sont probablement conscients qu'ils se sont trouvé un adversaire de taille.
D'autant plus dangereux que le milliardaire de 83 ans a les moyens quasi illimités de financer des litiges juridiques pendant des décennies. Et que cet homme aussi méticuleux que patient semble y prendre goût.
