La rébellion de Brooklyn Beckham diffère d'Harry sur un point crucial
En 2020, le «Megxit» provoquait une déflagration dans le petit monde feutré et bien réglé de la monarchie britannique. Six ans plus tard, une autre famille tout aussi riche, tout aussi célèbre, et tout aussi britannique, vient de connaître un séisme similaire. Tant et si bien que l'onde de choc provoquée par Brooklyn Beckham, désormais baptisée «Beckxit», aurait été «inspirée» voire «conseillée» par le prince Harry, exilé aux Etats-Unis, selon les spéculations de plusieurs médias.
Voici ce qui rassemble les deux affaires.
Cuillère en argent, manoirs et diamants
S'ils sont nés à 15 ans d'écart, le prince Harry et Brooklyn Beckham partagent un point commun depuis leur premier souffle: voir le jour dans une famille dépourvue de tout problème financier. Leur enfance s'est jouée dans des maisons interchangeables, sur la pelouse soigneusement tondue de la résidence à Londres ou le feu de cheminée d'un château dans la campagne écossaise. Dans la villa du sud de la France ou la maison de vacances à Dubaï.
De ce confort matériel et financier découle une inévitable déconnexion avec la réalité des «gens normaux». Dans ses mémoires, Spare, le prince Harry explique notamment avoir longtemps cru que toutes les familles «vivaient» comme la sienne. Un univers où tout, des vêtements fraîchement repassés aux petits plats mijotés, jaillit de nulle part. Comme par magie. Un lieu clos que le duc de Sussex compare à un «bocal à poissons surréaliste» ou encore à un «Truman Show sans fin».
Grandir sous les yeux du public
Outre le fait d'évoluer sous le regard attentif d'une armée de nannies et de domestiques, les deux garçons partagent aussi - et surtout - le poids d'avoir grandi, à peine sorti de la maternité, sous celui plus impitoyable du public, des médias et des paparazzis. A une époque où les médias font preuve d'une violence inouïe, Harry et Brooklyn intègrent bien malgré eux une machine médiatique familiale bien rodée.
Avant que ses parents ne consolident leur marque et ne décident de protéger plus étroitement l'intimité de leurs trois autres enfants, chaque étape de la petite enfance de Brooklyn a été exploitée. Le bambin n'avait que quatre mois lorsqu'on l'a affublé d'une tenue violette accordée pour porter les alliances au mariage de ses parents. L'air légèrement circonspect face aux flashs des photographes, dont les images ont été vendues au magazine OK!.
Harry, dont les vacances en famille font l'objet de shootings constants et plus ou moins consentis, connait mieux que quiconque ce sentiment.
Pour ces enfants pas comme les autres, il ne s'agit donc de ne pas dévier d'un millimètre de la ligne. Les dérapages sont interdits.
Car il y a un nom, une institution à protéger. Les Windsor comme les Beckham (par ailleurs qualifiés comme la «seconde famille royale britannique») ont bâti une forteresse de réputation, capable de repousser toutes les attaques, d'étouffer toutes les rumeurs, de présenter ses membres exactement comme ils souhaitent être vus.
dans son poste Instagram, ce lundi
Un avenir incertain
Au sein de ce carcan aussi étroit que privilégié, difficile pour un gamin de trouver sa vocation. Dans le cas d'Harry, petit-fils de la reine Elizabeth et second fils de l'héritier du trône d'Angleterre, il n'a tout simplement pas le choix: ce sera celui de «suppléant». Un rôle forcé de «numéro deux», avec pour seule perspective de servir de remplaçant en cas de mort prématurée de son frère aîné, en alignant les engagements caritatifs, sans possibilité de trouver un vrai métier.
Si, dans le cas de Brooklyn, le choix est plus large, l'héritage n'en reste pas moins lourd à porter. Entre un père icône du football et une mère ancienne Spice Girl devenue icône de la mode, «le petit Beckham» grandit écrasé par l'aura de ses célèbres géniteurs.
Pas suffisamment doué pour suivre les traces de son père dans le sport, il tentera sa chance dans divers métiers, de la photographie animalière à la mode, en passant par le mannequinat et, finalement, la cuisine. Chaque essai essuie les moqueries des tabloïds et des internautes.
«La question est de savoir si le nom Beckham ne va pas finir par être une malédiction», se demandait déjà le consultant en relations publiques pour célébrités, Mark Borkowski, en 2022.
«Or, la plupart des gens ont besoin d'échouer; on apprend bien plus de ses erreurs que de ses succès. Pour Brooklyn, c'est un cadeau empoisonné.»
Et soudain survient... L'Américaine
Au milieu de la perspective (assez angoissante, avouons-le) de ne jamais trouver «son truc» et de ne jamais être à la hauteur, Harry et Brooklyn ont finalement trouvé une source de joie. Une partenaire. Toutes deux actrices, femmes accomplies, et, surtout, américaines.
Si la comparaison entre Nicola Peltz et Meghan Markle s'arrête plus ou moins là, leur influence sur leur moitié est déterminante. Elles leur offrent une bouffée d'air frais. Mieux: une perspective d'avenir. La possibilité d'une autre vie, sur un autre continent. Requinqués par la présence et la fraîcheur de leur nouvelle compagne, Harry comme Brooklyn s’affirment et s’affranchissent du système qui les a vus naître.
La fin de la lune de miel
Les premiers mois sont idylliques. Aux yeux du monde, Nicola comme Meghan incarnent des princesses de contes de fées au bras de leur preux chevalier. La presse les encense, les belles-familles les adorent.
Mais même les riches et les célébrités n'échappent pas aux névroses et aux émotions du commun des mortels. Au milieu du stress et de la pression engendrés par les préparatifs d'un mariage à plusieurs millions, des tensions se cristallisent et s'exacerbent.
Le drame de la robe de mariée de Nicola Peltz n'est pas sans rappeler celui du diadème de Meghan Markle quatre ans plus tôt, une crise qui fera les choux gras de la presse à scandale des semaines avant et après la cérémonie.
Des tensions qui, une fois la tente du mariage rangée et les dragées ramassées, n'ont fait que s'amplifier.
«Si vous prenez une famille «normale», avec ses jalousies, ses conflits, ses rivalités fraternelles et ses pressions, et que vous lui donnez un milliard de dollars, cette famille risque de devenir plus complexe», note Robert Batt, hériter et ancien toxicomane reconverti dans la thérapie pour jeunes riches à problèmes. «Certes, sa qualité de vie s’améliore, mais tous ces problèmes préexistants ont tendance à s’amplifier. C’est un aspect souvent mal compris.»
L’explosion publique
Dans le cas de Brooklyn comme dans celui de Harry, il aura suffi d'un peu plus de deux ans avant d'assister à l'explosion finale. Publique, violente. Presque irrationnelle. Incompréhensible pour la plupart des observateurs extérieurs voire, peut-être même, pour leurs propres familles.
Après un départ a priori définitif vers un autre continent, chacun a dégainé les armes, les mots et les accusations. Qu'il s'agisse d'un communiqué sur Instagram, d'un livre ou d'une interview télévisée, le ton est le même: virulent, paranoïaque, accusateur.
Et surtout, riche en détails parfois absurdes. Le récit de Brooklyn Beckham de sa nuit de mariage n'est pas sans rappeler les anecdotes rapportées par Harry dans son livre - entre un roi Charles III faisant le poirier en slip dans sa chambre à coucher et un William le poussant dans la gamelle du chien.
Les ressemblances ne s'arrêtent pas au passé. Selon des sources, le duc et la duchesse auraient organisé un dîner avec Brooklyn et Nicola en mai 2025, déjà surnommé malicieusement par la presse britannique comme le «sommet des victimes». Bien inspirés par leurs conversations, le fils des Beckham et sa femme ont retenu les services de l'avocate Jenny Afia, la même avocate de renom qui a représenté le prince Harry et Meghan.
Une seule différence fondamentale
Au milieu de ces troublantes similitudes, les experts royaux pointent une différence majeure entre les deux trajectoires. Si le clan Beckham est souvent décrit comme une «institution», la décision de Brooklyn de couper les ponts n'a aucune implication constitutionnelle. Aucune couronne ni structure étatique n'est en jeu.
«Ce à quoi il est confronté est peut-être douloureux et public mais, malgré sa déclaration fracassante qui révèle des tensions profondément personnelles, il ne s'agit pas pour autant du produit d'un système inéluctable», analyse le présentateur britannique Patrick Christys sur la chaîne GB News.
Une nuance importante. Car, de son côté, c'est bel et bien sur une institution que le prince Harry a tiré un trait. Pas sur ses proches. Ces dernières années, le duc de Sussex n’a cessé de clamer son envie de renouer. Brooklyn, lui, l'affirme sans équivoque: il n'y aura pas de réconciliation. Ni de retour possible.
