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Finale de la Ligue des champions: ici, c'est la France!

Des supporters anglais bloqués derrière les grillages avant le match de la finale de la Ligue des champions brandissent des billets valables.
Des supporters anglais bloqués derrière les grillages avant le match de la finale de la Ligue des champions brandissent des billets valables.watson
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Ici c'est la France

Le gouvernement français impute le chaos de la finale de la Ligue des champions aux supporters anglais resquilleurs et barbares. Mais il ne parviendra pas à cacher une désorganisation pathologique (la sienne).
30.05.2022, 06:1230.05.2022, 08:46
christian despont, paris
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On peut accuser les supporters anglais de causer des problèmes; on peut même en avoir marre de leurs chansons à boire et de leurs concours de bras de fer sur des nappes en satin. On peut tout leur reprocher: de picoler, de salir, de parler fort et de chanter faux, de pisser dans tous les coins comme des roquets, même leurs coupes de cheveux et leurs burgers dégoulinants, si vraiment.

Mais la réalité des excès qui, samedi, ont plongé le Stade de France dans des scènes de barbarie, n’a pas seulement pour origine une pseudo rustrerie congénitale du pochtron anglais. C’est une réalité très différente qui est apparue au gré des témoignages diffusés dimanche: au moment du coup d’envoi, les fans de Liverpool étaient bloqués derrière des portes closes. Il faut bien insister sur ce point: des portes étaient toujours fermées quand le match a commencé. Les seules portes que des milliers de supporters étaient autorisés à franchir. Et la plupart de ces gens attendaient depuis deux heures. Sagement.

Certes, il y avait dans la file des resquilleurs, des faussaires et des petites frappes locales venues en voisins. Mais comme nous le rappellent quelques grands baroudeurs de la presse sportive, la resquille existe dans le football européen depuis 100 ans et elle ne pose plus de problèmes majeurs en 2022. Sauf en France, visiblement.

C’est ainsi que des milliers de gens honnêtes, parfaitement en règle, tout à fait à l’heure et absolument civilisés, n’ont pas pu rejoindre la place pour laquelle ils avaient déboursé 500 euros; parfois beaucoup plus. C’est ainsi que des parents et leurs enfants ont fini gazés, bousculés, pris au piège d’un attroupement massif provoqué par la fermeture de plusieurs portes. C’est ainsi que des gens dont le billet représentait une économie de plusieurs mois n’ont eu droit qu’à un bout de match, au mieux, après avoir fourni la preuve qu’ils n’étaient pas des escrocs.

Car c’est ici un autre point troublant des récits que l’on peut lire ou entendre dans Paris: de nombreuses personnes qui étaient en possession d'un billet valable se sont vues signifier que c'était un faux. On ne parle pas ici de jeunes ivrognes atrabilaires, mais d’une championne olympique française de boxe, d’un célèbre animateur de télévision, du frère d’un défenseur de Liverpool, ou encore d’un député anglais.

Aussi, quand l’Uefa impute la responsabilité du chaos aux milliers de faux billets en circulation dans les rangs anglais, l’argument apparaît à minima douteux sachant que les portiques et les stadiers étaient incapables de distinguer un vrai d'un faux billet. Ou pas toujours, manifestement.

Des portiques officiellement en panne parce que trop de faux billets y auraient été glissés.
Des portiques officiellement en panne parce que trop de faux billets y auraient été glissés.watson

Pis: dans leurs premières communications conjointes, l’Uefa et le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin ont tenté de cacher grossièrement l’impéritie de l’organisation derrière l’arrivée tardive des supporters, alors que les réseaux sociaux ont montré tout le contraire. Alors qu’un ex-international anglais et commentateur sur tous les grands événements (Gary Lineker) a évoqué la «pire organisation jamais vue à ce niveau». Alors qu’un politicien honorable (Ian Byrne) a raconté «une sécurité horrible et une organisation mettant des vies en danger». Alors que l’envoyé spécial d’un média sérieux (The Athletic) a décrit «des contrôles de police juste après des passages très étroits et rendus encore plus serrés par la présence de fourgons». Mais, même en cherchant bien, Gérald Darmanin ne voit toujours pas le problème.

Si les responsabilités sont forcément partagées, cette soirée restera funeste pour la renommée du savoir-faire français. Elle aura étalé au monde entier une désorganisation pathologique que les habitués de la Ligue 1, comme d'autres acteurs de la société civile, connaissent depuis longtemps. Les violences, les interruptions de match, les retards, les grèves sont aujourd’hui implicitement associés à un malaise qu'il est certes impossible de comprendre de l'extérieur, mais qui paraît tout aussi lointain à un ministre de l'Intérieur en activité.

A 18 mois des Jeux olympiques de Paris, les réponses apportées aux débordements du Stade de France ne pourront pas rester aussi expéditives et désinvoltes. Imaginons un instant que ces scènes aient eu lieu à la Coupe d’Afrique des nations (CAN) et que Gérald Darmanin eût été un ministre camerounais, mettant ce chaos sur le compte des resquilleurs et répétant que l’organisation était impeccable. Nous aurions ri encore plus fort qu'un supporter anglais.

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