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«Wimbledon 2022 préfère garder le silence sur mon Covid»

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«J'ai le Covid mais Wimbledon préfère garder le silence sur mon infection»

Trois infections au Covid-19 ont déjà marqué le tournoi masculin de tennis. Notre journaliste sur place a lui aussi été contaminé. Mais personne ne semble s'en soucier. Il raconte.
01.07.2022, 11:4003.07.2022, 09:14
simon häring, wimbledon / ch media

Le Covid-19 m'a eu. Et assez violemment: frissons, douleurs dans les membres et la tête, vertiges, 40 degrés de fièvre. Pendant trois jours, mon corps était en crise. J'ai pourtant 35 ans, je suis sportif, j'ai été vacciné trois fois. Je n'ose pas imaginer les dégâts que le virus aurait pu causer si j'avais eu un système immunitaire moins résistant. Me voici désormais coincé dans une petite chambre à Londres, à espérer que mon état s'améliore.

C'est lundi soir que tout a débuté. J'ai commencé à avoir froid, j'ai eu des vertiges, des frissons. Un comprimé d'ibuprofène m'a soulagé pendant quelques heures, mais un test rapide a vite confirmé ma désagréable impression: j'avais le Covid. Wimbledon était terminé pour moi. Comme pour Matteo Berrettini, Marin Cilic et Roberto Bautista Agut. J'ai immédiatement informé les confrères journalistes qui ont leur poste de travail dans la même rangée que moi. J'ai aussi envoyé un e-mail au All England Club (réd: organisateur de Wimbledon), comme le prévoit le protocole.

Leur réponse? Un e-mail exprimant des regrets et un lien vers le site web du National Health Service expliquant ce à quoi je devais faire attention. Rien de plus. Jusqu'à présent, l'organisateur n'a même pas pris contact avec mes voisins de siège immédiats. Apparemment, le tournoi n'est pas pressé de briser la chaîne d'infection. The Show must go on. La conséquence logique voudrait que plusieurs des personnes avec lesquelles j'ai été en contact développent des symptômes et que la première personne soit testée positive après trois jours.

«J'ai vu Bencic juste avant le tournoi»

Ce qui me préoccupe aussi, c'est de savoir si j'ai pu contaminer des joueurs ou des joueuses. Le week-end précédant le tournoi, soit 24h ou 48h avant mes premiers symptômes, j'étais assis à une table avec Stan Wawrinka dans une petite pièce, puis avec Ylena In-Albon, et pendant presque une demi-heure avec Belinda Bencic. Ces sportifs ont-ils été avertis? Je sais que non. Wimbledon préfère garder le silence sur mon infection. C'est mensonger et stupide.

Oui, il y a deux ans, Wimbledon avait été le seul des quatre tournois du Grand Chelem à renoncer à son organisation. Pour quelle raison? Certainement pas seulement par amour du prochain et par sollicitude. Mais aussi par calcul. Les dommages causés par une vague d'infection - en termes de réputation et de finances - auraient été supérieurs aux bénéfices. De plus, on disposait d'une assurance pandémie. Il n'était pas courageux de refuser, il n'y avait pas d'alternative.

Désormais, Wimbledon - en accord avec les directives de l'autorité sanitaire nationale - suit une autre voie: si l'on ne teste pas, on ne peut pas non plus devenir un foyer d'épidémie. Mais il est aberrant de constater que deux joueurs, Marin Cilic, finaliste en 2017, et Matteo Berrettini, finaliste l'année dernière, aient fait preuve de plus de sens des responsabilités que le tournoi. Se sentant malades, ils se sont fait tester et se sont ensuite retirés, bien qu'ils n'aient pas présenté de symptômes importants.

«Je me retire par respect pour les autres et pour tous ceux qui participent au tournoi»
Matteo Berrettini
Image

Ce qui est particulièrement grotesque, c'est que Cilic et Berrettini auraient pu tousser, haleter et cracher autant qu'ils le voulaient. Même le résultat positif ne change rien. Ils auraient tout de même pu participer et se déplacer librement. Le tenant du titre Novak Djokovic a raison de se plaindre: «Il y a quelques mois, nous avions encore des règles strictes. Maintenant, chaque personne contrôlée positive peut décider elle-même de jouer ou non. Cela n'a aucun sens pour moi.»

Pourquoi cela est-il possible? Parce que Wimbledon peut compter sur la complicité des joueurs et joueuses dont l'objectif est leur propre profit. Le fait que - malgré d'autres affirmations - personne n'ait renoncé à participer, bien qu'aucun point de classement mondial ne soit attribué, montre bien que c'est cela et rien d'autre.

61 000 francs de prize money pour une défaite au premier tour, c'est justement trop tentant.

Pour cela, on met aussi sa santé en danger - la sienne et celle des autres. Alizé Cornet a évoqué dans L'Equipe un «accord tacite» qui a formidablement fonctionné à Paris:

«Dans les vestiaires, tout le monde avait le virus et nous n'avons rien dit. Nous n'allions pas nous faire tester pour ne pas avoir d'ennuis.»
Alizé Cornet
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Image: Instagram

C'est - si je puis dire - égoïste, irréfléchi et stupide. Car une contamination, comme le montre l'exemple de Grigor Dimitrov, peut avoir des conséquences désastreuses pour les sportifs. Le corps est leur instrument de travail. S'il n'est plus fonctionnel, les athlètes perdent leurs moyens de subsistance.

Cet aveuglement vous surprend-il? Moi pas. Aucun sport mondial n'a donné une image aussi pitoyable de sa moralité pendant la pandémie que le tennis. Tout a commencé avec l'Adria Tour de Novak Djokovic dans les Balkans et s'est poursuivi avec un tournoi de démonstration à Atlanta, alors épicentre de la pandémie. John Isner avait répondu aux critiques par un Tweet acerbe:

Ce qui se pourrait se traduire par: Ma vie, mes privilèges et mes besoins sont plus importants que la protection des personnes vulnérables. Une ignorance difficile à supporter. Dans cette bulle du tennis, certains semblent avoir perdu tout contact avec la réalité et se croient au-dessus de la mêlée. Comme Alexander Zverev. Après l'Adria Tour, il a annoncé, plein de remords, qu'il s'isolait volontairement. Ce qu'il n'a pas fait, comme l'ont montré des photos prises dans un club privé exclusif de la Côte d'Azur, où il s'est amusé six jours plus tard avec des centaines d'invités et de dames légèrement vêtues.

Image

Ces exemples montrent de quoi souffre le tennis: d'autoritarisme et d'égoïsme sans limites. Mais pourquoi s'étonner?

Novak Djokovic a clairement fait savoir qu'il n'avait aucun problème à renoncer à l'US Open parce qu'il ne pouvait pas entrer aux Etats-Unis s'il n'était pas vacciné. Cette attitude cohérente mérite le respect. Mais le lendemain, le Serbe a déclaré qu'il n'était pas logique que des Américains non vaccinés puissent participer et a insinué des raisons politiques. Il a ainsi montré par l'exemple que lui non plus n'avait rien compris...

Il ne s'agit pas ici de savoir si un joueur de tennis peut ou non participer à un tournoi. Il s'agit de l'impossibilité pour les étrangers non vaccinés d'entrer sur le territoire américain. Novak Djokovic a appris à ses dépens en Australie à quoi cela mène lorsqu'on tente de construire des exceptions pour une caste de privilégiés. Il serait bien avisé - et toute la bulle du tennis avec lui - de faire preuve d'humilité face à la situation du monde.

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