La montée de l’Alpe d’Huez cartonne dans le monde virtuel
Le ventilateur est au maximum mais la sueur commence à perler sur ses tempes. Dans son deux pièces sous les toits, sur son vélo connecté, Maxence Rivoire s'attaque à la montée de l'Alpe d'Huez, col mythique pour les cyclistes du Tour de France.
Douze kilomètres, avec une pente moyenne de 9%, 1100 mètres de dénivelé positif et 21 épingles célèbres grâce au Tour de France et aux grands noms du vélo qui ont gagné ici, comme Bernard Hinault ou Marco Pantani.
Vendredi, la Grande boucle passera par la célèbre montée, avant de revenir le lendemain à l'Alpe d'Huez par un col voisin lors de l'étape reine.
Pour les cyclistes du monde entier, c'est une croix à cocher sur leur tableau de chasse des grands cols. Et depuis une dizaine d'années et l'essor de l'entraînement à distance, cette montée est possible depuis chez soi, par tout temps, sur des vélos connectés à des applications en ligne.
Maxence Rivoire l'a déjà faite une dizaine de fois... depuis sa cuisine. «Là, on est 8000» cyclistes connectés en train de monter virtuellement l'Alpe d'Huez «avec plein de nationalités différentes, des Américains…», commente-t-il en plein effort.
Pas besoin de se déplacer ni de prendre des risques dans la descente, et toutes les données d'entraînement sont enregistrées de manière très complètes: c’est ce qui pousse ce triathlète de 25 ans à privilégier la montée en ligne.
L'appareil sur lequel est installé la roue arrière de son vélo de route reproduit la difficulté exacte de la pente des virages, au mètre près, et la souffrance n’est pas feinte.
Face à lui: un écran d’ordinateur et un jeu vidéo qui reproduit le décor du massif de l’Oisans. «On est en conditions réelles... dans ma cuisine. On fait les 21 virages avec quasiment le même pourcentage que le vrai col.»
«Plus dur en vrai»
Fin juin, le jeune sportif français a enfin pu tester ses jambes sur l'authentique Alpe d'Huez, lors d’une course amateur. Comme lui, ils sont de plus en plus nombreux à venir confronter leur résultat en ligne à la réalité, explique Eric Vuillemin, loueur de vélos au Bourg-d’Oisans depuis 20 ans, au pied de la montée.
Avant, raconte-t-il, «venaient ici les passionnés, les gens qui connaissaient, mais maintenant c’est très facile, ils viennent en avion, il y a des vélos sur place, il y a des taxis, des navettes».
Ceux qui se sont entraînés virtuellement «connaissent le départ, ils connaissent les pourcentages, ils savent gérer leur montée», ajoute le loueur.
En plein été, la chaleur, le vent, les voitures, l’état du goudron sont des éléments supplémentaires à prendre en compte et qui rajoutent un peu de difficulté. «Ils nous disent souvent que c'est un peu plus dur en vrai», rapporte Eric Vuillemin. «Je ne pense pas que je battrai mon temps en ligne», confirme Gabrielle Braccioni, un cycliste italien venu exprès pour l’Alpe d’Huez. «Je pense que je mettrai plus d'1 heure 10», contre 55 minutes sur l’application.
Livio et Cozmin, deux amis d’enfance, sont venus de Bucarest pour affronter le mur de lacets. Ils écoutent le loueur de Bourg-d’Oisans leur décrire les virages un par un, et leur conseiller de surtout ne pas partir trop vite pour éviter de se brûler les jambes dès les premiers virages. «C'est iconique! Je voulais faire ce col grimpé par toutes ces légendes du cyclisme», s'enthousiasme Cozmin.
Cette année le Tour de France a mis deux fois d'affilée l’Alpe d’Huez à son programme, en point d'orgue de cette 113e édition. Les favoris tenteront de battre le record de Marco Pantani en 1997: un peu plus de 37 minutes.
(afp/roc)
