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Faire le procès de Deschamps est complètement ridicule

Didier Deschamps, lors de la demi-finale France-Espagne, Dallas, 14 juillet 2026. Médaillon: Bernard Challandes.
Didier Deschamps, lors de la demi-finale France-Espagne, Dallas, 14 juillet 2026. Médaillon: Bernard Challandes.image: afp

«Faire le procès de Deschamps est complètement ridicule»

Au lendemain de la déconfiture française face à l'Espagne, l'entraîneur et sélectionneur suisse Bernard Challandes porte son regard aiguisé sur les choix de Didier Deschamps et sur l'égo des entraîneurs en général.
15.07.2026, 11:5615.07.2026, 12:39

Ancien entraîneur de Sion, Xamax, Thoune ou encore Young Boys, Bernard Challandes a été le sélectionneur des Espoirs suisses, puis, plus tard, de l'Arménie et du Kosovo.

Quel jugement portez-vous sur la prestation complètement ratée de l’équipe de France dans sa demi-finale face à l’Espagne mardi?
Bernard Challandes: Ce n’est pas la France qui a particulièrement mal joué, ce sont les Espagnols qui ont été magnifiques dans tous les compartiments. Dans le football moderne, ce qui compte, c’est d’imposer son jeu et d’annihiler celui de l’adversaire. L’Espagne y est parvenue par son pressing, son contre-pressing, sa compacité, son organisation défensive parfaite.

«L’organisation espagnole a pris le dessus sur les capacités offensives des Français»

Depuis le début du Mondial, Didier Deschamps a fait jouer son équipe en 4-2-3-1, qui passe pour être un schéma particulièrement offensif. Cela n’a pas fonctionné contre l’Espagne. Aurait-il dû en changer en cours de match, sachant qu’il a effectué des changements poste pour poste sans réaménagement des lignes?
Après un match, et celui-ci ne fait pas exception, on peut inventer toutes les histoires qu’on veut. Son schéma en 4-2-3-1, il l’avait depuis le début de la Coupe du monde, son équipe était préparée à cela. Il n’avait pas de raison d’en changer.

«Faire à présent le procès de Deschamps, le rendre responsable de la défaite face à l’Espagne, chercher à le décrédibiliser, est complètement ridicule»

Maintenant, dans l’absolu, changer de schéma de jeu en cours de match – solidifier la défense, mettre un milieu ou un attaquant de plus, etc. – est quelque chose qui est entré dans les mœurs. On apprend cela dans les formations d’entraîneurs.

Justement, si vous êtes à la place de Didier Deschamps, avec une configuration de match comme celle de mardi, réorganisez-vous vos lignes?
Non. Didier Deschamps a fait des changements poste par poste. Du poste par poste, à ce niveau-là, avec la qualité exceptionnelle du contingent français à disposition, ne pose en soi pas de problèmes.

On peut donc convenir du fait que Didier Deschamps n’a pas modifié son schéma de jeu en cours de match face à l’Espagne?
En effet, il ne l’a pas changé. Mais avait-il à changer un schéma de jeu acquis depuis le début de la Coupe du monde, pour la raison que la France jouait mal et que l’Espagne jouait bien? Je n’en suis pas convaincu. Il ne faut pas perdre de vue que la France avait jusque-là remporté tous ses matchs de la compétition et convaincu avec son système de jeu et ses joueurs.

«Mon point de vue est que Deschamps n'a pas commis de faute»

De la même manière que ce n’est pas forcément lui qui a gagné les matchs précédents, mais certains de ses joueurs par leurs qualités extraordinaires, ce n’est pas lui qui l’a perdu face à l’Espagne, mais peut-être certains de ces mêmes joueurs, qui ont cette fois-ci moins bien joué.

Oublions un instant Deschamps et l’équipe de France. Au vu de votre expérience comme entraîneur au haut niveau, avez-vous observé un égo chez les entraîneurs qui les retient de changer leur schéma de jeu, parce qu’ils ne veulent pas donner l’impression de se déjuger?

«Non, je ne le pense pas. Il n’y a pas d’égo dans ce domaine. Ce qu’il y a, c’est un entraîneur avec une philosophie de jeu qu’il cherche à mettre en place»

Changer de philosophie de jeu toutes les semaines parce qu’on aurait perdu un match n’est pas sérieux. Un entraîneur peut en revanche se dire qu’une organisation différente aurait permis de ne pas perdre un match. Mais ce n’est pas là se déjuger. C’est un trop grand mot, qui suppose qu’il y aurait une vérité.

On a longtemps reproché à Didier Deschamps de produire un jeu gagnant, mais asséché, avec son fameux 4-3-3 bloc défensif de l’Euro 2024, par exemple. Là, il était passé à quelque chose chose de bien plus séduisant. Est-ce que la défaite face à l’Espagne, peut-être la première équipe forte rencontrée par la France dans ce Mondial, ne fait pas regretter le jeu en défense très «chiant» d’avant?
Non. On se trompe de point de vue. Deschamps joue la gagne, il est connu pour ça. Comme tous les entraîneurs, du reste. Donc, le jour où il défend davantage, c’est pour gagner. Le jour où il attaque plus, c’est pour gagner. La tâche d’un entraîneur est de mettre en valeur les qualités des joueurs à sa disposition. Deschamps n’est pas bête. Il aurait été ridicule de sa part de ne pas exploiter le potentiel offensif peu commun dont il dispose. Il n’a donc pas changé son système entre 2024 et 2026, il n’a pas changé sa manière de voir le football. Il a simplement réalisé qu’il avait des joueurs exceptionnellement talentueux en phase offensive et il a adapté son équipe à cette donne.

«Il ne l’a pas fait pour faire plaisir aux journalistes et au public. Il l’a fait parce que c’est la meilleure chose à faire pour gagner les matchs et pour les joueurs eux-mêmes»

Cela n’a pas fonctionné face à l’Espagne. Cela démontre bien ce que nous savons: le football n’est pas une science exacte. Tout procès qu’on pourrait faire aujourd’hui à Deschamps est à côté de la vérité du football.

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