L’arme secrète de l’athlétisme suisse vient d’Amérique
Les responsables de Swiss Athletics ont dû marquer un temps d’arrêt lorsqu’un jeune homme de 21 ans les a contactés en anglais pour leur demander quelles démarches il devait entreprendre afin de représenter la Suisse aux Européens. Il venait, précisait-il, de boucler le tour de piste en 45’’20.
Haydn Brotschi (21 ans) n’ayant jamais représenté les États-Unis lors d’un championnat et possédant un passeport suisse grâce à son père, l’autorisation de concourir lui a été accordée en un temps record. Mais pour pouvoir s’aligner aux Championnats d’Europe, prévus durant la première quinzaine d’août à Birmingham, Brotschi a dû trouver un club suisse, prendre une licence et participer ce week-end aux Championnats de Suisse.
C'est la raison pour laquelle l'Helvète le plus rapide de la saison sur 400m, dont personne ne connaissait le nom dans notre pays, s'est récemment entraîné avec Flavio Zberg à Zurich. Et c'est aussi pour cela qu'il sera au Leztzigrund ce week-end pour les Championnats de Suisse, où il aura de la concurrence. Outre Brotschi, trois athlètes expérimentés peuvent en effet prétendre à une place sur 400m aux Européens: Ricky Petrucciani, crédité de 45’’65 cette année, Lionel Spitz, en 45’’76, et Vincent Gendre, en 45’’93. Pour la première fois de son histoire, la fédération a donc décidé que la finale masculine des Championnats de Suisse ferait office de sélections.
Haydn Brotschi, qui a grandi à Chula Vista, à une dizaine de kilomètres de la frontière mexicaine, s’est mis à l’athlétisme au lycée pour impressionner une fille. Il a rapidement pris goût à la vitesse et au statut de sprinteur le plus rapide lors des compétitions scolaires. Aujourd’hui, ses ambitions ont changé de dimension. Après avoir battu le record de son université, Columbia, en 45’’20, il vise celui de Suisse du 400 mètres, détenu depuis 1996 par Mathias Rusterholz en 44’’99. Et il ne compte pas s’arrêter là: dans deux ans, l’étudiant en science des données et en biomédecine espère représenter sa nouvelle patrie sportive aux Jeux olympiques de Los Angeles.
Cette ville deviendra aussi, dès septembre, son nouveau lieu de vie pour son master. Après quatre années passées à Columbia, près de New York, Haydn Brotschi, originaire de San Diego, a choisi de se rapprocher de sa famille.
Ses qualifications universitaires lui auraient permis d’obtenir une bourse à la prestigieuse université Stanford. Mais pour donner la priorité à ses ambitions sportives, il a finalement opté pour l’UCLA, l’Université de Californie à Los Angeles: l’établissement possède l’un des meilleurs programmes d’athlétisme du pays. Plusieurs de ses anciens étudiants ont ensuite décroché l’or olympique, à l’image de la sprinteuse Allyson Felix, sacrée à sept reprises. Le détenteur du record du monde du saut en longueur, Mike Powell, est lui aussi issu de cette pépinière de talents.
La future entraîneuse de Haydn Brotschi est également championne olympique. Joanna Hayes, médaillée d’or sur les haies aux Jeux d’Athènes en 2004, dirige aujourd’hui le département d’athlétisme de l’université. Elle a déjà commencé à conseiller son futur protégé en vue de sa première participation à un grand championnat international.
Haydn Brotschi dispose encore d’une importante marge de progression, et pas uniquement en raison de son jeune âge. Au cours de ses quatre années dans le programme de Columbia, il a connu cinq entraîneurs différents. Difficile, dans ces conditions, de parler de continuité. Le fait qu’il soit malgré tout passé cette année sous la barre des 46 secondes, avant de rééditer cette performance à cinq reprises, donne une idée de son potentiel.
Brotschi, dont le choix de courir pour la Suisse s’explique aussi par l’extrême densité de la concurrence américaine sur cette distance reine (actuellement 167e mondial, Brotschi compte pas moins de 39 athlètes américains devant lui au classement), se réjouit désormais de bénéficier de l’environnement professionnel qui l’attend au sein de l’équipe d’athlétisme de l’UCLA. Jusqu’ici, la planification nutritionnelle, les stratégies de récupération ou encore les méthodes d’entraînement modernes lui étaient plutôt étrangères.
La nouvelle recrue de l’athlétisme helvétique arrivera toutefois aux Championnats de Suisse avec une grande inconnue: son état de forme actuel. Jusqu’à présent, Brotschi a principalement participé à des compétitions universitaires, organisées dans le cadre d’un championnat opposant régulièrement des établissements répartis en plusieurs divisions. Son record personnel de 45’’20 remonte au 17 mai. Depuis, il n’a plus disputé la moindre course.
Son entraîneur provisoire Flavio Zberg est lui aussi curieux de découvrir la condition actuelle du Californien. Sa présence est dans tous les cas la bienvenue. Le Suisse central dirige également le projet national du relais 4 × 400 m masculin. Avec Brotschi comme quatrième homme, de nouvelles perspectives s’ouvrent soudain, y compris à Birmingham.
