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Mondial 2026: le sang-froid de Murat Yakin est déterminant

Murat Yakin a mené la Suisse en quart de finale d'une Coupe du monde, une première depuis 1954.
Murat Yakin a mené la Suisse en quart de finale d'une Coupe du monde, une première depuis 1954. image: keystone

Murat Yakin est le meilleur, grâce à une qualité rare

Le Bâlois est le sélectionneur le plus performant de l'histoire de la Nati. Surtout grâce à un trait de son tempérament: son sang-froid.
10.07.2026, 14:0510.07.2026, 14:05
François Schmid-Bechtel

Murat Yakin a réussi ce qu’aucun sélectionneur de la Nati n’avait accompli avant lui: remporter deux matchs à élimination directe lors d’une phase finale.

Quand il a été nommé en août 2021, personne ne pouvait remettre en question ses grandes compétence. Mais le Bâlois traînait une réputation pas forcément avantageuse, comme le relevait le Tages-Anzeiger:

«Il reste ce Yakin qui, lorsqu’il était un footballeur pourtant très talentueux, a toujours dû vivre avec le reproche de ne pas avoir exploité tout son potentiel. Et qui, comme entraîneur, doit encore aujourd’hui composer avec l’image d’un technicien qui ne compte pas parmi les plus travailleurs de la profession.»
Der Schweizer Verteidiger Murat Yakin klatscht am Mittwoch, 11. Juni 2003 in Genf nach dem Qualifikationsfussballspiel fuer die Euro 2004 der Schweiz gegen Albanien, in die Haende. Die Schweiz gewinnt ...
Comme joueur puis comme coach, Murat Yakin avait la réputation de ne pas être le plus grand travailleur. Image: KEYSTONE

La NZZ commentait quant à elle:

«Ce choix paraît sans imagination et décevant, dépourvu d’esprit d’innovation. Le trio de candidats Yakin/Challandes/Weiler aurait tout aussi bien pu émerger du processus de sélection d’un grand club de Super League.»

Quand Murat Yakin est annoncé comme successeur de Vladimir Petkovic, la nouvelle ne déclenche pas un enthousiasme généralisé. Tout au long de sa carrière de joueur, puis d’entraîneur, le Bâlois est confronté au cliché d’un homme qui se contente du minimum et n’exploite pas pleinement ses capacités.

On laisse régulièrement entendre qu’il y aurait chez lui davantage de bon vivant que d’ambition. Symptomatique de cette image, le Blick ressort peu après sa nomination une ancienne photo le montrant, à l’époque où il jouait encore, allongé dans un hamac en train de grignoter des oursons en gélatine. Et aujourd’hui? Près de cinq ans plus tard, même les sceptiques doivent l’admettre: Murat Yakin est le sélectionneur le plus performant de l’histoire de l’équipe de Suisse.

epa13096787 Switzerland's head coach Murat Yakin celebrates with their supporters after winning of the FIFA World Cup 2026 Round of 16 match Switzerland against Colombia, in Vancouver, Canada, 07 ...
Murat Yakin est le sélectionneur de la Nati qui a obtenu les meilleurs résultats dans les grands tournois. image: Keystone

Plus encore: il est intelligent, audacieux, proche des gens, charismatique, travailleur. Et il est un génie sur les plans tactique et stratégique, ce que presque plus personne ne conteste.

Le faux tranquille et le prédateur

Il reste pourtant une question: d’où vient cette méfiance persistante envers Yakin? Pourquoi continue-t-on à l’enfermer dans la case du génie désinvolte? Cela tient certainement beaucoup à son calme apparent. Est-ce un défaut? Bien sûr que non. Mais beaucoup ont du mal à associer un footballeur allongé dans un hamac à l’ambition et au travail acharné.

Attention toutefois: cette sérénité n’accompagne pas Yakin vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il existe bel et bien des moments où il vaut mieux ne pas le provoquer. Des moments où il est totalement concentré, tendu, où, pour reprendre une image, il a le couteau entre les dents. Autrement dit, quand l’enjeu l’exige. «Dans le football, il est impitoyabl », disait autrefois Erich Vogel à propos de celui qu’il avait recruté à 17 ans à GC, depuis Concordia Bâle.

«Il a des idées très claires, un véritable instinct de vainqueur. Ceux qui ne suivent pas sont balayés»
Erich Vogel sur Murat Yakin, alors jeune joueur
epa12445675 Switzerland's head coach Murat Yakin gestures during the 2026 FIFA World Cup qualifying soccer match between Sweden and Switzerland in Stockholm, Sweden, 10 October 2025. EPA/ANTHONY  ...
Sous son apparente tranquillité, Murat Yakin est un grand compétiteur. image: Keystone

Cette capacité à savoir précisément quand être un prédateur et quand être un camarade fait de lui un «Unique One». Oui, Murat Yakin est unique. Alors que d’autres entraîneurs se rongent les ongles quatre ou cinq heures avant le coup d’envoi, cette période est pour lui l’une des plus ennuyeuses de la journée. Son plan est prêt, il est convaincu de sa validité («Ma tactique gagne toujours. En théorie, je gagne toujours») et il ne reste plus grand-chose à faire. Mais lorsque le match commence, il se transforme en une fraction de seconde en prédateur lancé sans relâche à la poursuite de sa proie.

Une gestion intelligente d'un cas explosif

C’est aussi grâce au calme de Murat Yakin que cette équipe de Suisse est devenue la meilleure de son histoire. Retour en mars 2022. Un peu plus de six mois après son arrivée, le constat est unanime: le successeur de Vladimir Petkovic a rapidement fait franchir un cap à la Nati. Sans son capitaine et maître à jouer Granit Xhaka, la Suisse se qualifie pour la Coupe du monde au Qatar, devançant même l’Italie.

Lorsque Xhaka retrouve la sélection en mars 2022, après avoir été freiné par le Covid puis une blessure, l’équipe traverse une véritable épreuve. Mécontent d’avoir été remplacé lors du match amical contre le Kosovo, le capitaine laisse éclater sa frustration. Quelques semaines plus tard, il lâche à la presse:

«Les entraîneurs qui me connaissent, ainsi que mon jeu, savent que ma position est plus basse sur le terrain»

Pour beaucoup, la relation entre le sélectionneur et son capitaine semble condamnée avant même d’avoir réellement commencé. Dans une telle situation, nombre d’entraîneurs auraient contre-attaqué, ne serait-ce que pour éviter de perdre leur autorité. Yakin, lui, n’envisage ni réponse cinglante ni sanction disciplinaire. Il craint moins de voir son autorité remise en cause que d’affaiblir son équipe.

Alors il fait ce qu’un entraîneur intelligent et sûr de lui doit faire dans un tel contexte: il met son ego au second plan. C’est grâce à son calme (les critiques de Xhaka ne sont pas si graves), à son empathie (Xhaka est, comme moi, un compétiteur) mais aussi à son pragmatisme (j’ai besoin de Xhaka) que les tensions entre les deux fortes personnalités s’apaisent rapidement. Mais ce n’est pas tout.

epa13054854 Switzerland's national soccer head coach Murat Yakin talks to his captain Granit Xhaka during a training session of the team at SDJA in San Diego, California, USA, 21 June 2026. Switz ...
La relation entre Xhaka et Yakin a parfois été tumultueuse, mais le coach l'a bien gérée. image: Keystone

Le sélectionneur déploie une énergie considérable pour entretenir une excellente ambiance au sein du groupe. Pour convaincre les joueurs d’adhérer à ses idées. Et pour répondre à leurs besoins. Aucun sélectionneur suisse avant lui n’avait consacré autant de temps et d’énergie à entretenir ses relations avec les joueurs. Murat Yakin se rend à plusieurs reprises à Londres, puis à Leverkusen et Sunderland, afin de rencontrer Xhaka, de venir à sa rencontre et de lui faire passer un message clair: tu comptes pour moi.

Et il ne délaisse pas non plus les joueurs en difficulté. Même Noah Okafor, qui s’était mis en marge du groupe par son comportement durant l’Euro 2024, reçoit la visite de Yakin en Angleterre et obtient une seconde chance.

Une période très difficile

Il reste sans doute à inventer l’événement qui pourrait réellement ternir l’aura de Murat Yakin. Même lorsque l’automne 2023 est marqué par une profonde crise sportive, que plusieurs médias réclament son limogeage, que la fédération travaille déjà discrètement à sa succession et que sa mère, Emine, est en train de mourir, il ne perd jamais son sang-froid, alors même qu’il doit avoir le sentiment que tout et tout le monde conspirent contre lui.

Murat Yakin sait garder son sang-froid.
Murat Yakin sait garder son sang-froid. IMAGE: KEYSTONE

La qualification acquise pour l’Euro 2024 lui permet d’éviter le pire. Mais les vents contraires ne faiblissent guère. A la veille du tournoi, un sondage réalisé par watson montre que 63 % des personnes interrogées estiment que Yakin est une erreur de casting à la tête de la Nati. Cela ne semble guère l’affecter.

Et si c’est le cas, cela ne fait qu’alimenter son esprit combatif, bien plus développé que beaucoup ne le pensent – loin du cliché du génie nonchalant. De la même manière, l’absence prolongée de soutien clair de la part de la fédération ne le déstabilise pas. Lorsque celle-ci lui fait finalement comprendre, avant l’Euro, qu’elle souhaite prolonger son contrat, il décline. Conséquence: la fédération fixe comme condition une qualification pour les quarts de finale de l’Euro avant d’ouvrir des discussions sur un nouveau contrat.

Il n'entraîne pas pour l'argent

Murat Yakin choisit alors de s’imposer une pression maximale. Pourtant, rien n’en transparaît. Il faut dire que cette pression n’est pas d’ordre financier. Depuis ses débuts comme entraîneur, en 2008, d’autres critères comptent davantage à ses yeux. «Où puis-je travailler comme je l’entends?» Aussi cliché que cela puisse paraître, le Bâlois n’exerce pas le métier de sélectionneur pour l’argent. Grâce à une gestion avisée de son patrimoine, il n’en a pas besoin.

A Schaffhouse, il partageait même avec son frère et adjoint Hakan un salaire de 10 000 francs. S’il a réussi un si grand Euro 2024 (défaite en quart de finale, aux tirs au but, contre l'Angleterre) et s’il continue à surmonter des situations difficiles avec une apparente facilité, c’est parce qu’il sait faire abstraction de ce qui est secondaire.

A Schaffhouse, Murat Yakin (à droite) partageait un salaire modeste avec son frère et adjoint, Hakan.
A Schaffhouse, Murat Yakin (à droite) partageait un salaire modeste avec son frère et adjoint, Hakan. image: Jean-Christophe Bott

Ainsi, il peut arriver qu’après le troisième match de groupe d’une Coupe du monde, il peine dans un premier temps à se souvenir précisément du onze de départ du premier match. Mais cela n’a aucune importance.

Celui qui, comme Murat Yakin, avance constamment en regardant vers l’avant fixe son regard à travers le pare-brise, pas dans le rétroviseur. Oui, Yakin est un génie de la tactique et un formidable stratège. Mais le véritable facteur de son succès, c’est l’homme qu’il est. C’est pour cela qu’il est «l’Unique One». Le YaKing.

Adaptation en français: Yoann Graber

(az/yog)

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source: sda / timothy matwey
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