Cet adversaire de la Nati au Mondial a une mission particulière
A l'approche de la Coupe du monde, l'optimisme gagne les passionnés de football au Canada, persuadés que la compétition offrira enfin au ballon rond la reconnaissance qu'il mérite au pays du hockey roi.
«Le football, c'est le sport le plus joué au Canada» avec un million de licenciés, rappelle auprès de l'AFP Rocco Placentino, ancien joueur professionnel et cofondateur du club montréalais FC Supra.
Mais même avec trois clubs engagés en MLS, le championnat nord-américain, le ballon rond peine à s'imposer réellement dans la culture sportive nationale, dominée par le hockey sur glace.
Comme beaucoup, Rocco Placentino espère que les 13 matchs joués à Vancouver et Toronto lors du Mondial (11 juin-19 juillet) – dont le Suisse-Canada à Vancouver le 24 juin – offriront une rampe de lancement médiatique et populaire.
C'est «une énorme opportunité pour un changement culturel dans le football au Canada», renchérit James Johnson, le PDG de l'agence commerciale Canadian Soccer Media and Entertainment.
C'est d'abord l'équipe nationale, 30e au classement Fifa et qualifiée d'office en tant que pays co-organisateur, qui doit «réveiller la ferveur», estime Jean-François Téotonio, journaliste sportif pour le quotidien québécois La Presse.
«Lors de la Coupe du monde, tous nos clubs nationaux célébreront l'équipe du Canada et hisseront le drapeau», ajoute Costa Smyrniotis, vice-président exécutif de la Canadian Premier League, la première division canadienne.
Déjà qualifiés pour le Mondial 2022 au Qatar – une première depuis 1986 –, les Canucks suscitent un enthousiasme nouveau avec plusieurs joueurs évoluant en Europe, comme Jonathan David, l'attaquant de la Juventus Turin, passé également par Lille.
«Le potentiel de l'équipe du Canada grandit, de l'argent a été investi, un nouveau bassin de talents est arrivé», note Jean-François Téotonio, qui reste optimiste malgré la blessure du latéral du Bayern Munich Alphonso Davies, sélectionné mais dont la participation est compromise. Et ce même si les Canucks souffrent de la comparaison avec la sélection féminine, neuvième mondiale.
Des festivités dans tout le pays
A Toronto, Vancouver ou encore Halifax, dans l'est du pays, des «Maisons du Canada» seront installées afin de soutenir la sélection qui jouera son premier match contre la Bosnie-Herzégovine à Toronto, le 12 juin.
Le trophée du Mondial, quant à lui, traverse le pays depuis avril, de la côte ouest à la côte est, devançant les festivités organisées par la Fifa dans près d'une trentaine de villes canadiennes à partir de début juin.
Terre d'immigration – plus de 400 000 nouveaux résidents permanents ont été admis au Canada en 2024 –, le Canada va aussi vibrer grâce aux différentes communautés présentes dans le pays.
Rocco Placentino souligne:
D'autant que les Canucks comptent plusieurs joueurs d'origine étrangère, suscitant tant la ferveur des Canadiens que des membres de leurs communautés.
«Et pourquoi pas, pendant cette Coupe du monde, soutenir plusieurs équipes? Celle de son pays d'origine et celle du Canada», espère l'ex-joueur, qui aurait pu faire de même si l'Italie n'avait pas été éliminée par la Bosnie en barrage.
Un nouveau centre d'entraînement
«La transformation» du football canadien, comme l'appelle de ses vœux James Johnson, doit aussi passer par une diffusion beaucoup plus massive de ce sport afin qu'il devienne «grand public, comme le hockey».
En 2024, lors d'un match contre l'Uruguay à la Copa America, l'équipe nationale était parvenue à réunir le nombre record d'1,9 million de téléspectateurs, que les diffuseurs espèrent dépasser cet été.
Le gouvernement aussi veut jouer un rôle alors que le «soccer» est le sport le plus populaire chez les jeunes: début mai, 9,8 millions de dollars canadiens (5,6 millions de francs suisses) ont été débloqués pour mettre en place un Centre national d'entraînement, notamment destiné à former les joueurs et joueuses de demain.
Kevin Blue, le PDG et secrétaire général de Soccer Canada, se réjouit de ces investissements à l'heure où «la Coupe du monde doit avoir un effet transformationnel» sur le sport. «Je crois que nous avons tous les bons ingrédients au Canada», conclut, confiant, James Johnson.
(afp/yog)
