Les ZSC Lions survolent la ligue, mais il y a un piège
En 1997, le changement de nom du Zürcher SC, devenu les ZSC Lions à la suite de la fusion avec GC, avait mis de l’ordre dans le chaos du hockey zurichois. Avec le déménagement du Hallenstadion à la Swiss Life Arena il y a quatre ans, la culture du hockey de la ville est définitivement entrée dans la modernité.
Mais un peu de romantisme et de dramaturgie ont survécu à ce passage dans une nouvelle ère. Le chapitre écrit en 2025 par Marco Bayer, entraîneur champion de Suisse et vainqueur de la Ligue des champions, s’est par exemple achevé pour lui sur cette célèbre phrase tirée d’un drame de Schiller:
Désormais, les ZSC Lions sont devenus une grande machine de hockey au fonctionnement presque parfait. Jamais, dans l’histoire récente, le CP Berne n’avait été aussi paralysé par sa révérence envers un adversaire que lors de cette défaite 4-1, ce mardi dans la capitale. Le match ressemblait à ces rencontres d’autrefois, lorsque notre équipe nationale n’avait aucune chance face aux Finlandais, aux Tchécoslovaques ou aux Soviétiques dans les années 1970 et 1980.
En apparence, les Suisses parvenaient certes à faire assez bonne figure, mais ils ne croyaient jamais vraiment en leurs chances et, logiquement, n’en avaient aucune. Un bel arrêt de notre gardien était célébré comme un but marqué par les nôtres et, à la fin, tout le monde recevait des applaudissements bienveillants malgré la défaite.
C’était exactement la même chose mardi soir face aux ZSC Lions. Une séquence illustre à quel point cette révérence était paralysante: l’entraîneur Serge Aubin remplace tôt son gardien par un sixième joueur de champ, à 3 minutes et 54 secondes de la fin, alors que le score est de 1-3. Mais il ne faut que dix secondes à Yannick Weber pour inscrire le 1-4 dans la cage vide face à des Bernois sans courage.
Autrefois, les fans des Ours étaient contrariés lorsque leur équipe était menée à la pause. A Berne, les véritables supporters du club n’ont jamais accepté les défaites sans broncher. Et voilà que le score est de 0-2 à la deuxième pause et que même d’anciens Bärengräbeler – ces anciens supporters purs et durs des gradins debout, devenus entre-temps de riches détenteurs d’abonnements en places assises, voire des invités VIP, et dont est également issu Jürg Fuhrer, l'actuel CEO du CP Berne – témoignent d’un respect empreint de révérence envers les Zurichois.
Autour de leur bière à la pause, ils parlent d’un bon match, trouvent que c’est du beau hockey et couvrent les ZSC Lions d’éloges. Devant la grande machine de hockey zurichoise, les plus fidèles des fidèles sont aussi paralysés par leur révérence que les joueurs sur la glace. A vrai dire, on n’avait encore jamais vu cela à Berne.
Après 16 journées, les ZSC Lions comptent 13 points d’avance sur leur dauphin, Ambri. La révérence des Bernois se comprend au moins sur le plan statistique. Ce qui est inquiétant dans les prestations zurichoises, c’est cette facilité à gagner sans émotion. Les quatre lignes maintiennent constamment un rythme élevé. Pour l’observateur neutre, la différence entre la première et la quatrième ligne est à peine perceptible. Le «ballet blanc» – la tenue des ZSC à l’extérieur est blanche – danse, danse et danse encore, et les buts tombent comme s’il s’agissait d’une loi de la nature.
Une seule fois, une clameur de joie parcourt le temple bernois. Le gardien Christof von Burg vient de capter de la mitaine un puck expédié directement au but à l’issue d’une combinaison éclair. Tous clubs confondus, c’était l’arrêt de la saison. Car le tireur était Sven Andrighetto, le meilleur tireur en reprise directe de la ligue parmi les joueurs au passeport suisse.
Face aux ZSC Lions, on en vient donc à se réjouir d’un bel arrêt de son gardien. Les Zurichois dominent par leur talent, leur vitesse et leur tactique, et ne laissent plus aucune place au romantisme ni à la dramaturgie.
Ou peut-être en laisseront-ils encore à l’avenir? Oui, si leur adversaire n’est pas paralysé par sa révérence, comme vient de l’être le CP Berne. S’il a le courage d’imposer un jeu physique dur, agrémenté de quelques provocations, et d’attiser les émotions. La question est bien de savoir comment les ZSC Lions réagiront lorsque le puck ne voudra, pour une fois, pas tout à fait leur obéir, lorsqu’ils seront véritablement mis à l’épreuve. Faire tourner une machine de hockey à un tel niveau pendant des mois peut être plus difficile que de sortir une équipe de la crise.
Yannick Weber est l’un des ingénieurs en chef dans la salle de commande de cette machine. Ce défenseur au riche parcours, fort de plus de 500 matchs en NHL, incarne ces ZSC Lions: expérimenté, serein, humble, les pieds sur terre et animé de cette passion qui distingue les grands joueurs. Il résume ce que signifie porter le maillot zurichois:
Il n’y a aucune garantie de succès, précise-t-il.
L'avertissement de la saison 2013/14
Jusqu’ici, les Zurichois n’avaient en réalité atteint une domination comparable qu’une seule fois: lors de la saison 2013/14, couronnée par un titre. Ils avaient remporté la saison régulière avec 20 points d’avance sur Gottéron. Ce parcours parfait en saison régulière fait figure d’exception dans l’histoire des ZSC Lions. Et il comporte un avertissement: en play-off, les Zurichois avaient eu besoin de sept matchs aussi bien en quart de finale contre Lausanne qu’en demi-finale contre Genève-Servette, et avaient frôlé l’élimination.
Yannick Weber a eu 38 ans en septembre. Sur la glace, on lui en donnerait tout au plus 30. Il allie toujours son expérience et son intelligence tactique à sa mobilité. Et puisque cette mobilité n’a justement pas diminué, le directeur sportif Sven Leuenberger prolongera prochainement le contrat de Yannick Weber.
Si, après avoir prolongé Yannick Weber, le directeur sportif devait opter pour un léger rajeunissement, le capitaine Patrick Geering, 36 ans, pourrait en faire les frais. Avec Simon Seiler, 30 ans, un nouveau défenseur à vocation défensive arrivera la saison prochaine. Un départ de Geering représenterait néanmoins davantage qu’une décision d’effectif: il alimenterait les discussions, apporterait un peu de dramaturgie et de polémique, et mettrait fin à un pan de l’histoire du club. Le dernier mot reviendrait probablement au conseil d’administration.
Il reste tout de même une consolation pour la concurrence: plus la domination des ZSC Lions dure, plus leur deuxième défaite de la saison et, au moins, une interruption de cette domination se rapprochent, d’un point de vue purement statistique. Mais pour terrasser les Zurichois, il faudra tout de même un peu plus de courage que les Bernois ce mardi.
Adaptation en français: Yoann Graber
