Cet outil veut révolutionner les Jeux olympiques
Est-ce que l'intelligence artificielle (IA) va révolutionner les Jeux olympiques, dès 2028 à Los Angeles? C'est en tout cas la volonté ferme du président de la fédération internationale de gymnastique (World Gymnastics), Morinari Watanabe.
Et comment? Grâce à un outil testé la semaine dernière, aux Mondiaux de gymnastique artistique à Rotterdam, qui attribue les notes de manière automatisée.
Voici comment il fonctionne: plusieurs caméras sont positionnées autour de chaque engin (agrès). Elles filment depuis plusieurs angles les mouvements des gymnastes, qui sont reproduits en modèles 3D sur un ordinateur. L'IA analyse l'enchaînement des figures réalisées par le gymnaste, en tenant compte de leur difficulté et de leur qualité technique, et attribue une note en fonction des barèmes.
Démonstration de cette technologie, en vidéo 📺
A Rotterdam, les juges avaient accès aux évaluations de l'IA, mais restaient maîtres de la décision finale. Mais «Watanabe a déclaré que son ambition ultime était que l'IA détermine les scores de gymnastique sans avoir recours à des juges humains», fait savoir The Athletic.
En tout cas, le président de World Gymnastics fait pression depuis plusieurs années pour que cette technologie – le Judging Support System (JSS) – soit intégrée aux Jeux olympiques. «J’ai essayé pour les Jeux de 2020 puis pour les Jeux de Paris en 2024», a-t-il confié cette semaine. En vain, pour le moment.
Mais le Japonais (67 ans) a aussi confirmé que des discussions sont en cours avec les responsables olympiques pour la prochaine édition, à Los Angeles en 2028. Et Morinari Watanabe a une certaine influence: il est membre du Comité international olympique (CIO) et de la Commission de coordination LA28.
«Ce n’est pas seulement le monde de la gymnastique mais tous les sports à appréciation avec des juges qui trouveront le jugement par IA très utile», affirme le président de World Gymnastics, dans des propos relayés par Ouest-France. Il n'y voit que des avantages, surtout la cohérence et la transparence du jugement, car l'objectivité de la technologie remplace la subjectivité humaine. De quoi, toujours selon lui, éviter des erreurs et des controverses, dont il a cité des exemples.
Fujitsu, l'entreprise japonaise qui fabrique ce Judging Support System, dégage encore d'autres points forts. Dans l'idée que des juges humains subsistent, la technologie les aide dans leurs appréciations: elle leur fournit des modèles 3D plus précis que la vision instantanée, notamment grâce aux différents angles de caméras. De quoi pouvoir analyser les détails dans les figures des gymnastes.
Les athlètes, grâce à ces mêmes modèles 3D, peuvent perfectionner leurs gestes plus tard à l'entraînement. A l'image de ce que font les joueurs de tennis avec la biomécanique, par exemple.
Les détracteurs des notes via l'intelligence artificielle critiqueront certainement la disparition de la sensibilité et de l'appréciation humaines. Ce débat existe dans tous les sports qui se basent sur la technologie pour des décisions arbitrales (on pense évidemment à la VAR dans le football), et il sera sans doute encore plus vif dans les disciplines artistiques, comme la gymnastique.
Au-delà de ces considérations quasi-philosophiques, il y a encore un obstacle concret à l'implantation de l'IA dans les notes aux prochains JO, comme l'a notamment souligné RMC Sport: Fujitsu, qui fabrique cette technologie, n'est pas le partenaire commercial des Jeux olympiques. C'est Omega qui a le monopole sur les systèmes de chronométrage, de notation et de gestion des résultats, et ce jusqu'en 2032.
Sur ce coup, même l'intelligence artificielle pourrait ne pas trouver de solution, les contrats de sponsoring étant particulièrement stricts dans ce genre d'événement sportif planétaire...
