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Patrick Fischer attaque la SRF: «Une convention a été violée»

Patrick Fischer sort du silence, mais il y a un problème
Patrick Fischer s'est exprimé publiquement sur l'affaire du faux certificat covid.Image: KEYSTONE

Patrick Fischer attaque la SRF: «Une convention a été violée»

Pour la première fois depuis la perte de son poste de sélectionneur national, Patrick Fischer s'est exprimé publiquement et a adressé de lourds reproches à la télévision suisse.
09.06.2026, 15:0409.06.2026, 15:17

Un peu plus d’une semaine après la fin du Championnat du monde de hockey sur glace, Patrick Fischer est revenu sur son éviction survenue en pleine préparation de la compétition. Il a répondu aux questions du journaliste Peter Röthlisberger concernant les raisons qui l’ont conduit à se procurer un certificat Covid falsifié, ainsi que sur l’entretien avec le journaliste de la SRF Pascal Schmitz, à l’origine de la révélation de l’affaire.

Voici ce que dit Patrick Fischer…

... sur sa méfiance à l’égard de la vaccination:

«Je m’intéresse à certains sujets, surtout lorsqu’il s’agit de ma santé, de mon corps. J’écoute beaucoup mon intuition. C’est mon ancrage. Je m’y fie. C’est pourquoi il était clair pour moi que je ne me ferais pas vacciner.»

... sur l’idée de se procurer un certificat falsifié:

«La période du Covid était une période brumeuse, avec énormément d’incertitudes. On se dirigeait vers les Jeux olympiques 2022 en Chine. La Suisse commençait déjà à assouplir les règles. Mais en Chine, il y avait encore une obligation de vaccination pour entrer dans le pays. J’ai compris que j’avais un problème. Je voulais aller en Chine avec mes gars. C’est pourquoi j’ai décidé de me procurer un certificat.»

… sur la question de savoir si c’était la bonne décision:

«Cela dépend. Du point de vue du sélectionneur national, la décision n’était pas correcte. A l’époque, en tant que coach, je n’aurais pas dû entrer en Chine avec un certificat falsifié. Mais ma responsabilité personnelle, celle envers mon propre corps, venait de mon intuition. C’était quoi qu'il en soit la situation la plus difficile de ces dix dernières années. Pendant trois mois, je ne savais pas comment résoudre ce problème. J’ai assumé ma responsabilité personnelle, mais pas celle du sélectionneur national.»

… sur la manière dont la fédération a géré ses réticences:

«La fédération savait que la situation était difficile pour moi. Un jour, ils m’ont convoqué au bureau et m’ont présenté un contrat dans lequel étaient définis les événements auxquels je devais participer: le Mondial M20 à Pékin et le Mondial 2022 à Helsinki. Pour cela, une vaccination était nécessaire. Si je n’y participais pas, des sanctions de plus de 500 000 francs étaient prévues. Cela m’a dérangé et a bien sûr ajouté de la pression. Mais, au final, j’ai signé ce contrat début novembre 2021.»

… sur les raisons de ne pas avoir simplement choisi la quarantaine:

«Le sujet était clos avec la signature du contrat. La fédération avait la confirmation que je m’étais fait vacciner. Je ne pouvais donc plus me mettre en quarantaine ensuite. Cela n’était plus possible.»

… sur un éventuel risque sanitaire pour ses joueurs:

«Il était important pour moi de comprendre ce qui pouvait se passer si j’achetais le certificat sans être vacciné. Le protocole Covid prévoyait que nous serions testés chaque jour à la halle OYM, un centre de performance du canton de Zoug où nous avons séjourné cinq jours. Je le savais. Je savais aussi qu’à notre arrivée à Pékin, nous serions testés. Dans le village olympique, nous étions également testés quotidiennement. Dès qu’un test était positif, nous étions placés en quarantaine. Cela s’est produit: nous avons perdu deux joueurs, Dario Simion et Denis Malgin. Je savais que je ne représentais pas un risque plus élevé que n’importe qui d’autre. En cas de Covid, j’étais mis en quarantaine. Cela me donnait la certitude de ne pas mettre l’équipe en danger.»

… sur les raisons de ses confidences au journaliste de la SRF:

«J’étais pleinement dans l’instant. Pour moi, c’était une situation où je parlais de sujets personnels, de l’ordre du privé. Je suis quelqu’un qui fait très vite confiance. Ma relation avec la SRF était très forte. J’ai beaucoup voyagé avec eux ces dix dernières années. Nous avons pu réaliser de très belles histoires ensemble. J’ai toujours essayé de soutenir le produit hockey et de rapprocher ce sport des fans. Pour cela, il faut ouvrir les portes aux médias, les laisser entrer dans le vestiaire. C’était important pour moi. Dans cette logique, nous avons aussi réalisé un documentaire, avec toute l’équipe et moi-même filmés en route vers le Mondial à domicile. Pour moi, cela signifiait qu’ils étaient presque des amis.»
«Ensuite, une nouvelle demande est arrivée pour l’émission «10 vor 10». Ils voulaient en savoir encore plus sur moi. Ils sont venus chez nous. Nous avons bu un café et discuté. Nous sommes allés dans le jardin, puis dans un de mes endroits préférés dans la forêt, avec vue sur le quartier où j’ai grandi. J’ai parlé de ma jeunesse et de mes parents, de sujets personnels, très privés. Ensuite est venu ce déjeuner, parce que je leur ai proposé de manger avec nous. Le tournage a continué l’après-midi. Nous étions assis là sans caméra. Nous avons parlé pendant deux heures de nombreux sujets. Puis le Covid est devenu un sujet, et j’ai évoqué le certificat, car je ne percevais aucun danger. Plusieurs personnes étaient au courant. Pour moi, le Covid était terminé.»

… sur sa conviction qu’il s’agissait d’une conversation privée:

«J’ai beaucoup d’expérience avec d’autres journalistes à qui l’on peut raconter ce genre de choses. Je ne suis pas le seul à dire des choses «off the record». Notre responsable médias l’a dit très clairement: il a expliqué qu’il était logique que cela ne soit pas destiné au public. Cela a été confirmé par Schmitz lui-même. Il nous a même écrit le lendemain dans un e-mail que l’accord «off the record» était clair pour lui. Puis la SRF a affirmé que cela n’avait jamais été «off the record». Ce n’est tout simplement pas vrai. Une convention a été violée. C’était très dérangeant, car cela a aussi mis notre responsable médias dans une situation délicate. Je ne comprends toujours pas pourquoi cela n’a jamais été communiqué par la fédération, ni pourquoi cet accord n’a jamais été clarifié.»

… sur l’existence d’une rupture de confiance avec la fédération:

«Je savais qu’Urs Kessler, président de Swiss Ice Hockey, voulait me soutenir. Mais le conseil d’administration et d’autres estimaient que cela ne pouvait pas continuer ainsi. Des dynamiques se sont enclenchées. Le sujet a été amplifié, avec des sponsors qui auraient fait pression. Par la suite, nous avons appris que ce n’était pas le cas. Mais la dynamique était lancée. Honnêtement, ils ne voulaient pas en arriver là. Ils voulaient me soutenir. Mais eux non plus ne s’attendaient pas à ce que l’affaire prenne une telle ampleur. Ils ont alors tiré le frein d’urgence.»

… sur ce qui l’a le plus blessé:

«Ce qui m’a touché, c’est ce qui s’est passé ensuite. L’équipe nationale avait un match à domicile deux ou trois jours après mon licenciement à Bienne. Une fille avait fait une pancarte pour moi. Elle lui a été arrachée des mains. Les messages des fans, drapeaux et autres, ont également été retirés pendant le Mondial. Je me suis demandé qui avait donné cet ordre. Les messages n’étaient pas dirigés contre quelqu’un. C’était juste une façon de me remercier. C’est ce qui m’a le plus touché.»
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