Le champion suisse de padel se livre: «C'est plus accessible que le tennis»
A quelques minutes du centre de Genève, niché entre de grands arbres et des villas coquettes, le David Lloyd Country Club Geneva est devenu l’un des épicentres du padel romand. Avec ses installations dédiées, son académie et une communauté de joueurs en pleine expansion, le club accompagne l’essor spectaculaire d’un sport qui séduit autant les compétiteurs que les amateurs.
C’est dans cet environnement que Kilian Jordan a découvert ce sport et qu'il passe toujours une partie de son temps, entre la compétition de haut niveau, quelques heures de cours dispensées par semaine et son propre entraînement. Désormais passé professionnel à 100%, le Genevois de 28 ans nous a expliqué pourquoi le padel est en train de conquérir la Suisse, une raquette après l’autre.
Vous avez commencé par le tennis de haut niveau... Comment êtes-vous tombé amoureux du padel?
J’ai joué au tennis de mes 4 à 17 ans. Et puis un jour, en 2014, une piste de padel a été posée au David Lloyd Country Club, là où je m'entraîne depuis des années. Avec mes copains, on a tout de suite été intrigués. On a testé, on a adoré, on est très vite tombé dans le truc. Le sport commençait tout juste à apparaître, donc on jouait juste de temps en temps, uniquement pour le plaisir, pas du tout dans une optique de performance.
A l'époque, vous aviez vocation à devenir joueur professionnel de tennis...
Oui. J’ai toujours évolué au plus haut niveau suisse et dans les meilleurs de ma catégorie d'âge, en junior. L’idée était effectivement de devenir professionnel. Malheureusement, le chemin pour y arriver est très, très difficile. Et puis, à un moment donné, il a fallu faire un choix entre sport de haut niveau et les études. J'ai choisi la seconde option.
Dans votre cas, des études en neurosciences, c'est exact?
Exactement.
Comment s'est opéré le basculement vers le padel?
Ce n'est que pendant la période Covid que je me suis mis à m'entraîner un peu plus sérieusement et à participer à davantage de tournois... Jusqu'à intégrer l'équipe suisse en 2021, en première sélection. A partir de là, de fil en aiguille, j'ai investi toujours plus de temps et d'efforts. Ce n’est que depuis cette année que je me dédie à 100% à ma carrière pro.
Etre champion suisse de padel aujourd’hui, ça veut dire quoi, concrètement? Peut-on en vivre?
Disons que je peux en survivre. (Rires) Dans le sens où j'arrive à avoir, par le biais de mes sponsors, suffisamment d'argent pour couvrir une saison. Mais sinon, financièrement, je n'en tire pas grand-chose. La chance que j'ai, c'est d'être Suisse et l'un des meilleurs joueurs du pays, donc j'ai de la visibilité auprès des marques et des sponsors qui sont prêts à m'aider dans mon projet. Je suis également coach au David Lloyd Country Club et je donne encore quelques jours de cours mais, désormais, j’essaie de les restreindre, de manière à optimiser les entraînements, la récupération et les tournois.
Comment s'articule une semaine d'entraînement, justement?
Des entraînements de padel et de la préparation physique presque tous les jours, ainsi que de la préparation mentale. Il m'arrive aussi depuis peu d'aller m'entraîner à Lyon. Cela fait pas mal de trajets, mais c'est la possibilité de jouer avec de très bons joueurs et d'excellents coachs. Je vais également du côté d'Aigle (VD) pour m’entraîner. En général, je suis dans le coin du lundi au mercredi et, à partir du jeudi, je voyage un peu partout pour participer aux tournois du circuit international.
Comment s'organise le circuit international?
Concrètement, des tournois prennent place chaque semaine. A chaque joueur de faire sa programmation, en fonction de la semaine où il veut jouer, de la destination, de l'opportunité de faire beaucoup de points ou non... Ensuite, même si on participe à 100 tournois, seuls les 22 meilleurs vont compter pour le classement. Comme au tennis, chaque résultat est valide pendant un an. Après quoi, il faut défendre ses points, faire un résultat équivalent ou supérieur, sinon on perd ceux de l'année précédente. L'idée, c'est d'augmenter son classement pour pouvoir participer à des tournois plus prestigieux, avec toujours plus de points et d'argent à la clé. Je pourrais en parler des heures! (Rires)
Dans quels pays voyagez-vous le plus régulièrement pour des tournois? Ceux où le padel est plus implanté?
Personnellement, j'aime beaucoup les pays nordiques, Finlande, Suède, Danemark... Dans ces pays, les tournois se déroulent dans de super centres indoor. L’organisation est top, les conditions de jeu super, les gens gentils... Mais comme je l’ai dit:
Comment observez-vous l'engouement de plus en plus marqué pour le padel ces dernières années?
C’est vrai que j'ai pu voir toute l'évolution depuis 2014-2015 en Suisse, au nombre de clubs qui se développent, notamment sur la partie alémanique.... En Suisse romande, on a un peu plus de mal, mais ça vient gentiment. Qui dit plus de clubs, dit plus de joueurs, plus de compétitions et plus de visibilité. Je l'observe même dans mon entourage: des gens qui n'avaient pas forcément de background avec un sport de raquette s'y sont mis et jouent désormais régulièrement, voire participent même à des tournois le week-end.
Que répondez-vous aux personnes qui seraient tentées de dire que le padel, c’est du «tennis pour les nuls»?
C’est une très bonne question! (Rires) Les gens ont beaucoup tendance à comparer le tennis et le padel parce que, dans un premier temps, ce sont beaucoup d’anciens joueurs de tennis qui ont commencé. Mais ça reste deux sports complètement différents, un peu comme comparer le tennis et le tennis de table.
Si on met quatre personnes qui n'ont jamais joué sur un terrain, elles vont directement prendre du plaisir et il va y avoir des échanges. Ça va leur donner envie de revenir, ce qui n'est pas le cas du tennis. Autrement, je ne comprends pas trop ce débat entre le tennis, soit disant «sport de raquette roi» face au padel, considéré par certains comme le sport de plage du dimanche.
Ils n'ont pas la prétention d'être meilleurs ou moins que ceux qui jouent au tennis. Chacun fait son truc, en fait. Il y a de la place pour les deux.
Vous diriez que padel est plus populaire que le tennis?
En un sens, oui, car le padel est un sport très social et moins individuel. On est quatre sur le terrain, c’est très sympa. Et il y a tout cet aspect hors terrain: les gens boivent volontiers un verre à la fin de la partie, partagent un moment au club...
C’est ce côté jovial et de de partage qui a permis cette explosion?
Oui, je pense. Il y a énormément d'évènements autour du padel qui sont créés: des petites compétitions, des ladies night, des events pour les juniors... C’est très facile à mettre sur pied et ça cartonne.
Qu'est-ce qui manque à la Suisse pour devenir une grande nation du padel?
Beaucoup de choses! (Rires) On a besoin que tout se professionnalise, que ce soit au niveau de l'enseignement, des structures, des académies... Tout est à faire. Mais c'est ça qui est aussi super excitant.
Niveau infrastructure, ça suit la demande?
Le padel, c’est le sport en vogue dont tout le monde parle. La demande de la part des joueurs pour avoir des terrains a explosé. Sur la partie alémanique, ça s’est énormément développé ces dernières années, avec des centres de padel 100% dédiés à ce sport. C'est génial. Par contre, sur la partie romande, c'est un peu plus compliqué. A Genève, seul le David Lloyd Country Club compte quatre terrains indoor. On a un gros problème dans ce canton: la plupart des terrains sont extérieurs, donc beaucoup de gens ne peuvent pas jouer une partie de l'année. Il nous manque vraiment un club 100% dédié au padel et on l'attend tous. Ce n’est pas un problème de moyens financiers, car il y a des gens qui sont prêts à investir pour un club. Là où ça bloque, c'est de trouver l'endroit pour le faire.
Pour le moment, j'ai l'impression que le David Lloyd Country Club, c’est un peu comme votre maison...
Exactement. J'y ai passé presque toute ma vie sportive. J'y joue depuis mes 12 ans, je me suis entraîné au tennis, c’est là-bas que j'y ai découvert le padel, j'y enseigne toujours quelques heures par semaine, c’est aussi l'endroit où je fais ma préparation physique... C'est comme ma maison.
Imaginons qu'on se retrouve dans dix ans: ça serait quoi, le signe que le padel a vraiment réussi son implantation en Suisse, et notamment en Suisse romande?
Ça va paraître un peu cul-cul, mais tout simplement qu'on ait assez de terrain et de clubs, de manière à ce que n'importe qui puisse jouer n'importe quand. Qu’il n’y ait plus ces temps d'attente, ces incertitudes par rapport à la possibilité de jouer. Qu’il y ait également des écoles pour les tout petits, les ados, et ensuite, peut-être, des structures qui encadrent les jeunes qui font de la compétition, pour les pousser au plus haut niveau. Et qu'on ait également des tournois organisés presque chaque semaine pour tout le monde et toutes les catégories, afin que tout le monde puisse jouer au maximum. Pour moi, c'est ça, c'est l'objectif principal.
