Le nouveau coach de l’Italie déjà au cœur d’une polémique
Pour comprendre cette histoire, il faut remonter quelques mois en arrière. Après avoir manqué, fin mars, la phase finale de la Coupe du monde pour la troisième fois consécutive, le constat était unanime de l’autre côté des Alpes: le football italien, malade, avait besoin d’un nouveau départ. Dans son éditorial, le quotidien sportif romain Corriere dello Sport réclamait «de nouvelles idées, des réformes, des structures modernes et des visages neufs».
121 jours après la défaite fatale contre la Bosnie, le nouveau départ réclamé se résume désormais à un chiffre: 68. C’est l’âge moyen des trois hommes chargés d’apporter ces nouvelles idées, ces réformes et ces structures modernes à la tête de la sélection italienne. Le nouveau sélectionneur, Roberto Mancini, a 61 ans. Giovanni Malago, nouveau président de la Fédération, en a six de plus. Quant à Claudio Ranieri, nommé directeur technique il y a deux jours, il est âgé de 74 ans. L’Italie s’apprête ainsi à construire son avenir avec des vieux briscards, réunis dans un club de vétérans.
Le copinage avant tout
Mancini n’est devenu sélectionneur qu’après un véritable feuilleton estival, au cours duquel la piste Andrea Pirlo, 47 ans, a été abandonnée en raison d’un contrat publicitaire en Russie. Paolo Maldini, 58 ans, a alors quitté son poste de directeur technique, tandis que Giorgio Chiellini, 44 ans, a refusé de lui succéder. Inutile de revenir ici sur ces épisodes, ni sur le fait que les premiers choix de la fédération, Pep Guardiola et Carlo Ancelotti, avaient déjà décliné le poste depuis longtemps.
Car ce qui préoccupe aujourd’hui le plus les Italiens, ce n’est pas tant cette recherche chaotique d’un sélectionneur que la manière dont elle s’est conclue: par une combinaison classique de réseaux d’amitiés et d’interconnexions entre les milieux économique, politique et sportif.
Voici comment les choses se sont déroulées: Giovanni Malago est un entrepreneur prospère et un dirigeant sportif influent. Avant de devenir président de la Fédération italienne de football il y a quelques semaines, il a dirigé pendant douze ans le Comité national olympique italien et présidé le comité d’organisation des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina. Lorsqu’il ne voyage pas à travers le monde dans le cadre de ses fonctions, Malago passe une grande partie de son temps au Circolo Canottieri Aniene.
Ces Circoli existent dans toute l’Italie. Ils ressemblent aux Rotary Clubs ou aux cercles d’influence. A la différence près qu’on y pratique aussi beaucoup de sport, entre deux apéritifs et quelques rencontres mondaines, à la manière des Country Clubs.
Mais revenons à Malago et au Circolo Canottieri Aniene. Ce club, situé au nord de Rome, dans le quartier huppé de Parioli, compte également Roberto Mancini et Claudio Ranieri parmi ses membres. Dans l’équipe de football de cette société, Malago et Mancini forment le duo d’attaque. Le week-end dernier, ils ont remporté la Coupe nationale des Circoli dans la catégorie des plus de 60 ans. Lors de la victoire 8-3 face au Circolo Canottieri Lazio, Mancini a inscrit cinq buts. Malago, lui, s’est contenté de trouver les montants à deux reprises.
L’hypocrisie du deux poids, deux mesures
Il peut parfois être légitime de nommer un ami au poste de sélectionneur, d’autant que Roberto Mancini possède un palmarès exceptionnel en tant qu'entraîneur: champion d’Italie avec l’Inter, champion d’Angleterre avec Manchester City et champion d’Europe avec l’Italie.
Mais son parcours comporte également des épisodes bien moins glorieux. C’est sous sa direction que l’Italie a manqué la Coupe du monde 2022, d’abord en terminant derrière la Suisse lors des qualifications, puis en s’inclinant en barrages face à la Macédoine du Nord. Surtout, il y a trois ans, Mancini quittait la Nazionale en pleine campagne de qualification pour l’Euro afin de rejoindre la sélection saoudienne, avec un contrat de 25 millions à la clé.
La proximité réelle ou supposée d’Andrea Pirlo avec la Russie était jugée inacceptable par Giovanni Malago. Mais les liens passés de Roberto Mancini avec la famille royale saoudienne, pourtant très controversée, ne semblent poser aucun problème. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que les premières critiques contre Mancini émergent déjà, moins de deux mois avant son retour sur le banc, prévu fin septembre face à la Belgique.
La Gazzetta dello Sport n’a pas mâché ses mots à propos de ce cercle de vétérans. «Le calcio des copains – la politique hypocrite du deux poids, deux mesures et un faux départ», écrit-elle dans son éditorial ce mercredi. Un faux départ plutôt que le renouveau tant attendu. Tout porte à croire que le football italien vient, une fois de plus, de manquer l’occasion de se réinventer.
