Nous sommes vendredi. Marco Odermatt est en train de dévaler la piste très abrupte de Rotegg, en compagnie de son père. Il la connaît presque comme sa poche, comme l'ensemble du domaine. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que cette piste noire donnant sur le Rotstöckli, le point culminant du canton de Nidwald, porte désormais son nom.
Il s'agit de reconnaître son talent et de faire honneur à ses performances exceptionnelles. Cette piste redoutable, considérée comme la plus exigeante de tout le domaine, reflète «l'esprit intrépide et les compétences de Marco en matière de ski», explique Norbert Patt, le patron des remontées mécaniques. Il précise aussi que ce geste «devrait inspirer les générations futures».
Lui et Walti Odermatt, le père de Marco, ont donc surpris la star du ski suisse, en lui annonçant la nouvelle lors d'une descente inaugurale symbolique, vendredi. Marco Odermatt venait à peine de rentrer chez lui. La veille, il était encore en Norvège. Un voyage qui avait un objectif précis: tester les skis qui l'accompagneront dans le futur.
Malgré les honneurs, le vainqueur du gros globe de cristal reste fidèle à sa modestie: «Je doute que le nouveau nom fasse son chemin. Rotegg est un terme courant pour désigner cette piste». On peut toutefois penser que les gens seront ravis de mentionner également le nom de Marco Odermatt.
Après cette descente inagurale, le Nidwaldien a effectué son dernier point presse de la saison. Personne n'a évoqué la piste, puisque le skieur de 26 ans a attendu dimanche, et l'émission Sportpanorama de la SRF, pour officialiser le changement.
A l'Hôtel Terrace d'Engelberg, «Odi» est revenu sur son hiver. Il a décrit sa victoire en descente à Wengen comme une course parfaite et le point culminant de sa saison, pour ce qui est des émotions. Son prochain objectif est désormais affirmé: gagner sur la mythique Streif à Kitzbühel.
En parlant d'objectif, le vainqueur de la Coupe du Monde note les siens dans un petit livret, depuis trois bonnes années maintenant. Il y indique également toutes les informations concernant ses courses. Cela comprend le choix du matériel, la qualité de la neige ainsi que les performances notables de ses adversaires. Marco Odermatt décrit également ses sensations, ses pensées et les émotions perçues en course.
Ces notes l'aideront lorsqu'il sera de retour en action sur les pistes de la Coupe du monde. Il ne les montre à personne, sauf à Monika Wicki-Hess, sa préparatrice mentale.
Lors de son vol retour de Norvège, Odermatt a rédigé quelques lignes concernant la saison écoulée. En 25 courses, il a qualifié 20 de ses départs de bons, quatre de médiocres et un de décevant - celui en géant à Saalbach, lorsqu'il a été éliminé en deuxième manche.
En raison de sa supériorité écrasante, Marco Odermatt peine parfois à classer ses accomplissements. Il raconte qu'après son succès à Adelboden, il a appelé son entraîneur pour mieux situer sa performance. Il lui a demandé s'il skiait vraiment vite ou si ses adversaires n'étaient pas à leur meilleur niveau.
Marco Odermatt ne s'ennuiera pas la saison prochaine. Car malgré son hiver exceptionnel, il n'a pas encore tout gagné. C'est un homme de défi et son nom ne figure toujours pas au palmarès des classiques de Val Gardena ou Bormio, remportées par les plus grands.
Le Nidwaldien skie sur des lattes de la marque Stöckli depuis 14 ans et participe activement au processus de développement des skis depuis environ huit ans, d'où son voyage en Norvège la semaine dernière, pour tester de nouveaux prototypes. «C'est un long processus avant que ça ne devienne un ski qui gagne», explique le double champion du monde.
Odermatt est également interrogé sur les records établis cet hiver, par exemple la plus grande avance sur le deuxième du général de la Coupe du monde. Il fait désormais mieux qu'Hermann Maier. Mais malgré les chiffres, le Suisse n'a pas l'impression d'être au niveau des plus grands.
Jusqu'à quand verrons-nous le Suisse performer ainsi au plus haut niveau? Marco Odermatt a des certitudes jusqu'en 2027: «Mon programme s’étend jusqu’aux Championnats du monde de Crans-Montana». Il poursuivra certainement par la suite, mais il le sait: «Il ne sera pas possible de concourir dans trois disciplines pendant encore 10 ans».
«Odi» semble donc avoir des préférences pour la suite de sa carrière. Après tout, il a déjà tout gagné en géant et le Super-G ne l'enthousiasme pas autant que la descente. «La sensation en descente est complètement différente de celle en Super-G», défend le meilleur skieur de la saison.
Adaptation en français: Romuald Cachod.