A une époque où il n'a jamais été aussi facile de voyager au bout du monde pour explorer une nature sauvage, on oublie parfois que la grande aventure, en Suisse, existe à deux pas de la maison. Dans les Alpes, précisément, dont l'inhospitalité de certains endroits n'a pas grand chose à envier à celle des terres reculées d'Amazonie ou du Sahara.
C'est d'autant plus vrai en hiver, quand la neige recouvre les glaciers désertiques et les sommets à perte de vue.
Malgré son constat, on ne ressent pas de peur dans la voix de Loubna Freih, au bout du fil. Mais de l'excitation. Elle a hâte d'y être, c'est sûr.
Oui, cette Valaisanne de 57 ans va la découvrir, cette nature alpine si sauvage. En long et en large, même. Accompagnée de deux amies, la guide Mélanie Corthay et Sophie Pelka, elle va traverser les Alpes de Vienne à Monaco cet hiver, via la Suisse. En vélo d'abord, puis en ski de randonnée et, finalement, en courant.
«De ce que je sais, c'est la première fois qu'une équipe entièrement féminine traversera toutes les Alpes», explique la résidente de Verbier. Symboliquement, elles partiront de la capitale autrichienne le 8 mars prochain, date de la journée internationale des femmes. Leur périple durera deux mois, «avec 45 jours de ski et les 15 autres en vélo et en course».
C'est seulement le premier bout que les trois copines effectueront sur leurs bicyclettes, de Vienne au village situé au pied du Grossglockner, le plus haut sommet autrichien. «J'aurais bien voulu tout faire en peau de phoque, mais l'enneigement n'est pas suffisant», se résigne Loubna Freih. Une fois les lattes chaussées, elles resteront haut en altitude, avec des parcours de cabane en cabane, sac sur le dos. Et pas moins de 65 glaciers au programme.
Mais au fait, pourquoi un trio uniquement féminin? «C'est une volonté de comprendre comment les femmes se sentent en montagne, comment elles voient celle-ci et gèrent ces conditions difficiles». Pour les trois Romandes (Sophie Pelka ne sera présente que les premiers jours), ce voyage est une véritable exploration. Interne, d'abord.
Et Loubna Freih a de quoi les repousser loin: cet automne, elle est devenue championne du monde d'Ironman – 3,8 km de nage, 180 km de vélo et 42 km de course à pied – dans la catégorie des 55-59 ans.
Mais cette odyssée dans les Alpes, «cette idée un peu folle», pour reprendre les termes de celle qui travaille comme coach mental et siège au conseil d'administration de l'ONG Human Rights Watch, est aussi une exploration au sens propre.
Pourtant, la Bagnarde ne veut pas transformer cette expédition en militantisme écologiste. «Je veux juste observer, par moi-même, dans quel état sont nos Alpes. Pour savoir, aussi, quelle nature on va transmettre aux prochaines générations», précise cette maman de deux garçons.
Histoire de s'en faire la meilleure idée possible, elle a mandaté une glaciologue, qui accompagnera les athlètes pendant quelques jours. Les connaissances de l'experte, couplées à celles de la guide Mélanie Corthay, doivent aussi garantir la sécurité des skieuses. «Le plus grand danger, ce sont les crevasses», anticipe Loubna Freih.
Dans le désir de partager leur aventure insolite, les Valaisannes – qui porteront des caméras go pro – seront accompagnées d'une scénariste sur certains tronçons. «Oui, on veut en faire un film», s'enthousiasme la championne du monde d'Ironman.
Elle a aussi invité des sportives célèbres romandes à venir prendre quelques relais. Un nom déjà confirmé? «Oui, Annika Horn (réd: la fille de l'illustre explorateur, Mike). Elle pourra partager avec nous son expérience des grandes expéditions».
Avant leur départ le 8 mars, Loubna Freih, Mélanie Corthay et Sophie Pelka doivent encore peaufiner leur parcours. Elles disposent de plusieurs alternatives, adaptables même sur le moment en fonction de l'enneigement et de la météo. Tout au long de leur périple, elles seront aussi épaulées par une petite équipe logistique basée à Verbier, qui interviendra si nécessaire (changement de matériel ou ravitaillement, par exemple).
«En janvier et février, on fera quelques sorties à ski de plusieurs jours en guise de préparation», planifie Loubna Freih.
Même si leur sommeil devait être léger, on imagine que les aventurières rêveront de ces vastes et somptueux espaces sauvages qu'elles s'apprêtent à explorer. Si proches, et à la fois si exotiques.