La star suisse de la gym a de gros soucis avec les sponsors
C’est un mercredi étouffant et caniculaire du début du mois d’août. Noe Seifert vient de terminer une séance d’entraînement intensive. Il reste encore environ deux semaines avant les Championnats d’Europe de gymnastique artistique (19 au 23 août à Zagreb). Pour Seifert, le quotidien suit encore son cours. Enfin, pas tout à fait. Dans l’après-midi, il doit s’entretenir avec un sponsor potentiel. Le premier depuis qu’il a créé la sensation en remportant le bronze au concours général lors des Championnats du monde en octobre dernier.
Sa performance est historique: il aura fallu attendre 75 ans pour qu’un Suisse retrouve le podium mondial dans la discipline reine de la gymnastique. Et dans un sport pratiqué aux quatre coins de la planète, qui plus est. Pourtant, pas un seul nouveau sponsor n’a contacté Seifert après son exploit. L’Argovien a donc envoyé lui-même son dossier. Pendant dix mois, sans succès, jusqu’à ce que quelqu’un manifeste enfin son intérêt. S’il était footballeur, l'Argovien serait depuis longtemps millionnaire. En tant que gymnaste, il se bat pour chaque franc.
Un sport dur à comprendre et très inaccessible
Noe Seifert reconnaît ouvertement que courir après de nouveaux sponsors peut être franchement déprimant. David Huser, qui dirige le département «Mission olympique» de la Fédération suisse de gymnastique (FSG), déclare:
Mais pourquoi la gymnastique artistique éprouve-t-elle autant de difficultés à se vendre? Ce n’est en tout cas guère faute d’une base solide. Aucune autre fédération sportive en Suisse ne compte davantage de membres que la FSG. David Huser a une hypothèse pour expliquer pourquoi ce sport est difficile à promouvoir:
La gymnastique artistique, elle, est plus complexe. Rien que pour comprendre le système de notation, il faut presque avoir un doctorat. «Il est parfois difficile d’expliquer pourquoi quelqu’un a reçu une moins bonne note que son concurrent», explique Huser. Autrement dit: il est nettement plus facile de comprendre pourquoi une équipe de football a gagné ou perdu. Cette expertise supposée crée de la proximité. Et celle-ci peut être exploitée commercialement.
Lorsque Manuel Akanji rate un penalty à la Coupe du monde, la moitié du pays s’énerve. Et certains pensent: «Moi, je l’aurais mieux tiré.» Lorsque Noe Seifert perd des points à la barre fixe, la plupart des gens ne comprennent même pas pourquoi. L’attention fonctionne dans les deux sens: dans la joie comme dans la peine.
La gymnastique artistique manque-t-elle donc de cet élément polémique qui fait réagir les gens? Seifert répond:
Une culture de l'erreur néfaste
Mais cette raison ne suffit pas à expliquer à elle seule le désintérêt des sponsors pour la gymnastique artistique. D’où la question: les gymnastes sont-ils désavantagés en tant qu’ambassadeurs publicitaires en raison de leur tempérament souvent réservé? Dans la danse de séduction pour attirer l’attention, Noe Seifert se montre effectivement un peu raide. Certes, il maîtrise nettement mieux les apparitions en public qu’au début de sa carrière. Mais elles ne deviendront sans doute jamais sa discipline préférée.
David Huser fait remarquer:
Cela a des répercussions dans de nombreux domaines. Quiconque observe les gymnastes remarque rapidement, par exemple, à quel point ils se tiennent droits lorsqu’ils donnent une interview télévisée. Mais c’est ainsi: en gymnastique, une mauvaise posture entraîne elle aussi des déductions. Mais comment la gymnastique artistique peut-elle s’affranchir de cette culture de l’erreur?
Huser, qui aime repenser les choses et qui a notamment contribué à faire passer de 16 à 18 ans l’âge minimum auquel les gymnastes féminines rejoignent le centre national de performance, aurait une piste:
En tant que discipline olympique, la gymnastique vit certes de sa tradition. «La gymnastique artistique est et restera un sport de composition», en est conscient David Huser.
Une chose est claire: la Fédération suisse de gymnastique ne peut pas, à elle seule, modifier la complexité de la gymnastique artistique. Huser distingue donc les éléments sur lesquels il peut agir de ceux qui échappent à son contrôle. Parmi les premiers figure la culture au sein de la fédération. Celle-ci doit être fondée sur la confiance – sur un climat dans lequel les gymnastes sont prêts à dévoiler davantage d’eux-mêmes, s’ils le souhaitent.
Noe Seifert serait prêt à sortir de l’ombre. A partir de ce mercredi, lors des Championnats d’Europe à Zagreb, il fera une nouvelle fois partie des candidats aux médailles. Et avec une nouvelle breloque autour du cou, peut-être n’aura-t-il, cette fois enfin, plus besoin de démarcher lui-même les sponsors.
Adaptation en français: Yoann Graber
