Sport
Valais

Un pari osé a fait de ce Romand une légende de Sierre-Zinal

Un pari osé a fait de ce Romand une légende de Sierre-Zinal

Pour décrocher ses deux victoires dans les années 80, Pierre-André Gobet a tout misé sur une portion de course que beaucoup de ses adversaires négligeaient. «Dès le Weisshorn, je devenais un chien de chasse», raconte-t-il.
06.08.2026, 18:4606.08.2026, 18:46

Dans l’imaginaire collectif, Sierre-Zinal est bien plus qu’une course de montagne. C’est une ascension à la fois physique et spirituelle, une quête d’élévation au cœur des majestueux sommets de plus de 4000m qui dominent le parcours. «En quittant la plaine, on gagne en sérénité et en tranquillité, se souvient Pierre-André Gobet, double vainqueur de la mythique épreuve en 1988 et 1989. A l’époque de Sierre-Zinal, j’ai vécu des moments d’une grande sérénité, aussi bien à l’entraînement qu’en course. J’étais presque au paradis.»

Le témoignage du Gruérien contraste pourtant avec la manière dont il construisait ses victoires. Car ce n’est pas dans la montée, dans cette «élévation» qu’il évoque, que Pierre-André Gobet faisait la différence, mais bien dans la descente.

On l’oublie parfois: Sierre-Zinal ne se résume pas à une longue ascension vers la station anniviarde. Un peu après l’hôtel Weisshorn, toute la dernière partie du parcours plonge vers Zinal. Une descente exigeante, où les écarts peuvent se creuser et où le trail se gagne parfois. Or Pierre-André Gobet était un spécialiste de cette portion de course.

«Dès le Weisshorn, le sablier s’inversait, et j’adorais ça. Je devenais alors comme un chien de chasse lancé à l’attaque»

La dernière partie de la course

Image
Image: sierre-zinal

Depuis le départ et jusqu'au ravitaillement de Ponchette, le Gruérien l'avoue sans honte: il souffrait.

«Cette descente de Sierre-Zinal, je l’attendais avec impatience. Ce n’était pas dans la première partie du parcours que je m’exprimais le mieux: je n’étais pas un grimpeur et en plus, j'étais plus lourd que mes adversaires sud-américains. Pour moi, il fallait serrer les dents, au moins jusqu’à Ponchette. Ensuite, ça allait mieux. Et dès le Weisshorn commençait ma remontée… sauf qu’elle se faisait dans la descente!»

Lorsqu’on lui demande d’où lui venait cette aisance dans la pente, et si l’art de descendre peut véritablement s’apprendre, «PAG» évoque d’abord des dispositions naturelles. «Il faut de l’audace, de la détermination et savoir prendre des risques, mais des risques toujours très calculés.» L'ex-athlète souligne également sa grande capacité de concentration, ainsi qu’une morphologie favorable: «J’étais souple et robuste.»

«Je ne connaissais pas chaque caillou de la descente, mais j’avais une bonne mémoire visuelle. Je me souvenais bien de tous les passages délicats. De toute façon, en descente, il faut y aller un peu comme un skieur: surtout ne pas rester sur les talons, mais se porter franchement vers l’avant et être agressif.»

Sur une vidéo d’archives de la RTS, on le voit allonger la foulée, multiplier les petits pas, puis relancer à la sortie de chaque virage. Il dévale la pente avec l’agilité d’un chevreuil. Une pente si abrupte qu’un coureur belge aurait un jour lancé: «Si on tombe, on gagne trois places.» Cette aisance, Pierre-André Gobet l’a acquise très tôt, en observant son père sur les sentiers de montagne.

«Quand j’étais gamin, j’allais beaucoup en montagne avec lui. Il était encore plus petit que moi et avait un centre de gravité très bas. Par mimétisme, je me suis inspiré de sa façon de descendre. Petit à petit, on apprend à avancer en dépensant le moins d’énergie possible.»

Pour le Fribourgeois, aujourd’hui âgé de 71 ans, la gestion de l’effort était un élément déterminant.

«Il fallait savoir économiser ses forces et préserver ses réserves. Celui qui arrivait au Weisshorn avec encore de bonnes jambes pouvait gagner beaucoup de temps. En 1992, je suis descendu nettement moins vite qu’en 1989, par exemple. Il y avait sans doute trois à quatre minutes d’écart, uniquement en raison de mon état de fatigue au Weisshorn.»
Pierre-André Gobet aujourd'hui.
Pierre-André Gobet aujourd'hui.Image: DR

Au fil du temps et de ses entraînements en Gruyère, où il trouvait un terrain d'expression à sa mesure, «PAG» a considérablement progressé en descente. Il y prenait toujours beaucoup de plaisir, séduit par le caractère ludique des pentes.

«Plus jeune, j’avais lu "La Solitude du coureur de fond" et je me retrouvais dans cette histoire puisque moi aussi, à ma manière, j’essayais d’échapper à mon quotidien. J'avais aussi vu le film "Jonathan Livingston le goéland", retraçant l’histoire d’un goéland qui décide de faire tout ce dont il a envie, dans une véritable quête de liberté. J’ai adoré ce film, cette recherche du geste parfait, de celui qui procure du plaisir. A cette époque, j’étais un peu engagé dans cette quête-là.»

Pierre-André Gobet n’était pas le seul grand descendeur de son époque. L’histoire de Sierre-Zinal en recense plusieurs, parmi lesquels Mike Land et Roland Connelly, «des gars qui étaient passés par l’école du fell running», souligne l'ancien coureur.

«Au Royaume-Uni, les fell runners gravissent les talus et redescendent un peu partout, sans forcément suivre les sentiers, explicite Pierre-André Gobet. A force, ils développent un sens de l’équilibre exceptionnel, presque un sixième sens, qui leur permet de poser le pied exactement là où il faut. Deux ou trois de ces gars sont venus courir Sierre-Zinal, et ils ont été pour moi de véritables sources d’inspiration.»

D'autres artistes de la pente ont agi comme un puissant moteur pour le double vainqueur du trail valaisan: les coureurs camerounais.

«Je suis l'un des quatre Européens à avoir remporté la course du mont Cameroun. Avant le départ, on nous prévenait que les Camerounais descendaient comme des fous. Cela rappelait un peu les fell runners: sur le volcan, il n’y avait pas vraiment de chemin. C’était parfois casse-cou, mais ce terrain apprenait à prendre les bons risques et, surtout, à rester lucide.»

La terrible descente camerounaise

Parmi ses modèles, aux côtés des fell runners et des descendeurs camerounais, Pierre-André Gobet cite également les Gurkhas népalais.

«Ce sont des soldats engagés dans l’armée britannique. Ils sont extrêmement entraînés et participent notamment au marathon de l’Everest, que j’ai remporté à deux reprises. Tous avaient de grandes qualités de descendeurs: un centre de gravité très bas, beaucoup de stabilité et une remarquable capacité à prendre des risques. Les voir aller aussi vite en descente me donnait envie de progresser et m’inspirait dans ma façon de m'entraîner.»

Pierre-André Gobet avait fait ses calculs : selon lui, un excellent descendeur pouvait reprendre deux minutes à un bon descendeur entre l’hôtel Weisshorn et Zinal. Un écart loin d’être anodin puisque l’an dernier, par exemple, moins de 43 secondes séparaient le vainqueur du troisième.

On lui demande alors s’il n’aurait pas aimé voir la course alterner, une année de Sierre à Zinal, l’autre en sens inverse, tout en descente donc, dans un format qui aurait sans doute favorisé ses qualités. Le Fribourgeois éclate de rire et admet qu'il ne sait pas si ce format lui aurait vraiment plu.

C’est peut-être aussi à cela que l’on reconnaît les grands champions: ils ne cherchent pas à contourner la difficulté, mais à l’affronter, à l’étudier et à comprendre comment en venir à bout. Pierre-André Gobet était un très grand champion.

Revivez la victoire de la Nati face à la Colombie aux tirs au but
1 / 25
Revivez la victoire de la Nati face à la Colombie aux tirs au but
source: sda / timothy matwey
partager sur Facebookpartager sur X
Comment bien manger au Montreux Jazz Festival pour 50 CHF?
Video: watson
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
La fonte des glaciers de Zermatt perturbe les skieurs
Zermatt a suspendu l'activité de ski d'été sur le glacier du Théodule en raison de la canicule. Swiss-Ski peut poursuivre ses entraînements grâce à des solutions spéciales, mais pour les fédérations étrangères et les équipes de jeunes, la recherche d'alternatives s'avère plus difficile.
Le 1er août a marqué un tournant inhabituel pour le ski alpin. Les remontées mécaniques de Zermatt ont dû suspendre l'exploitation estivale du glacier du Théodule. Ce ne sont pas tant les conditions d'enneigement qui en sont la cause, mais plutôt les installations. La chaleur persistante, l'absence de rafraîchissement nocturne et la forte fonte du glacier compromettent leur stabilité.
L’article