DE | FR
Image: Montage watson
Absurdie

Les femmes toucheront un rabais de 20% pour les loisirs à Genève

A Genève, les femmes auront désormais un rabais de 20% pour les loisirs. L'idée? Compenser l'écart salarial entre femmes et hommes. Ou quand on répond à l'inégalité par l'inégalité.
11.02.2022, 18:2611.02.2022, 18:49
Suivez-moi

Etrange nouvelle en provenance du bout du lac. On apprend cette semaine dans la presse que pour compenser les inégalités salariales existant entre les hommes et les femmes, la Ville de Genève octroie désormais à la gent féminine une carte offrant une réduction de 20% pour les lieux culturels et les centres sportifs. Les signataires de ce projet assurent en effet que les écarts de salaires entre les deux sexes seraient de 20%.

Selon un tweet de la journaliste Marie Prieur, la disposition, adoptée après d'âpres débats par le Conseil municipal, existera «tant que l'égalité salariale entre hommes et femmes n'est pas réalisée». Imaginons seulement ce qu'il en serait si, d'aventure, les femmes venaient à être payées davantage que les hommes dans cette ville lacustre prompte à se diriger «dans le sens de l'histoire»: un rabais pour ces messieurs allant à l'opéra ou au terrain de tennis? Et que dire des étrangers qui n'ont pas les mêmes droits que les Suisses (ils n'ont pas le droit de vote), mais qui vont aussi voir des spectacles et faire quelques tours de stade? Un p'tit rabais?

Un réflexe de cour de récré

Blague à part, c'est le fond de l'idée qui malmène le bon sens. Avec ce genre de décisions parlementaires, on n'est pas dans la réflexion. On est dans le réflexe. Le réflexe de cour de récré. Voyez plutôt.

La mesure introduit de fait une inégalité entre les femmes et les hommes de la ville de Genève (ce qui rend le texte contraire à la Constitution fédérale, comme l'a noté Le Temps). Mais elle fonde aussi une inégalité de traitement entre les femmes de la ville et celles des autres communes. Or, quand la Tribune de Genève questionne la conseillère municipale socialiste Oriana Brücker sur ce point précis, elle affirme: «Ce n’est pas cette carte de 20% qui crée des inégalités, c’est le monde du travail».

Autrement dit:

«Les patrons ne respectent pas l'égalité, ils ne respectent pas les règles, alors on ne va pas les respecter non plus, nananananerre»

«Au nom de l'égalité»... ou de l'inégalité?

Invoquer des valeurs consensuelles, telles que l'égalité, pour justifier des mesures allant à l'encontre de nos textes fondamentaux, ça commence à bien faire. Personne ne me fera croire que distinguer les hommes et les femmes à l'entrée d'un théâtre se fait «au nom de l'égalité». La seule justification qui peut fonctionner, c'est, à la limite, «au nom du manque d'égalité que l'on constate dans la société». Mais alors ce n'est plus du tout la même chose.

Car ça revient, in fine, à créer une inégalité au motif d'une inégalité. Voilà l'absurdité de la chose. A compter d'aujourd'hui, les femmes seront sans doute ravies d'être accueillies aux guichets du samedi soir en étant placées de fait dans le même genre de catégories que les retraités ou les étudiants (dont le critère n'est pas biologique, mais social). Drôle de façon de montrer l'exemple pour bâtir une société qui oublierait enfin les différences qui n'ont pas de sens sur le plan politique.

Un perroquet vole la caméra d'une touriste et s'enfuie avec

Plus d'épisodes de la chronique «Absurdie»

«Trigger warning»: arrêtons de prendre les lecteurs pour des idiots

Link zum Artikel

«Maus», la BD d'Art Spiegelman sur la Shoah, bannie dans le Tennessee

Link zum Artikel

Des BD de Tintin et Astérix, «racistes», transformées en engrais

Link zum Artikel

Dire aux jeunes ados de cesser de construire des cabanes en forêt? Non!

Link zum Artikel
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Un syndicat étudiant incite l'Unige à renoncer à porter plainte
L'affaire fait couler beaucoup d'encre depuis la semaine passée. Ces activistes, qui ont interrompu une conférence jugée transphobe, sont poursuivis par l'établissement universitaire genevois.

La Conférence Universitaire des Associations d'Etudiant.e.x.s (CUAE) a demandé lundi à l'Université de Genève (UNIGE) de renoncer à porter plainte contre des militants qui avaient interrompu la semaine passée une conférence qu'ils jugeaient transphobe. Dans un communiqué, le syndicat étudiant déplore «le tournant répressif que prend cette affaire».

L’article