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Assemblée digitale du PLR

Les électeurs du PLR ont manifestement cocufié leur parti avec le refus de la loi sur le CO2. Ce phénomène est-il général? Et à quoi tient-il? Image: Keystone

Peuple et partis politiques sont-ils en instance de divorce?

Le PLR n'aura pas été suivi par ses électeurs sur la loi CO2 dimanche 13 juin. Plus généralement, un écart semble se creuser entre les partis et la population. Analyse en cinq points.



Est-ce que les partis ne sont plus écoutés par la population et même par leur base? C'est la question qu'on peut notamment se poser devant le résultat de la loi CO2, refusée par le peuple le 13 juin dernier, alors qu'elle était portée par tous les partis, à l'exception de l'UDC. Les électeurs du PLR ont manifestement cocufié leur formation politique. Ce phénomène est-il général? Et à quoi tient-il? On a posé la question à trois fins observateurs de la vie politique suisse: deux politologues et un historien.

L'individualisme

«Depuis les années 90, on constate une augmentation du nombre d'initiatives populaires fédérales acceptées par une double majorité»: c'est le constat de départ du politologue Oscar Mazzoleni. Il y a donc une différence d'expression politique relativement marquée entre les représentants élus par le peuple et les initiatives qu'il accepte, qui se font «par définition en porte-à-faux avec le gouvernement et le parlement».

Si, comme le relève l'historien à la fibre libérale-radicale Olivier Meuwly, «les élections ne sont qu'un reflet de l'évolution politique, celle-ci étant aussi déterminée par les votations», il reste à expliquer sinon pourquoi cette différence semble plus importante qu'il y a trente ans, du moins à quoi elle est due aujourd'hui.

Oscar Mazzoleni voit une partie de l'explication dans «les changements profonds qui s'opèrent dans la société, y compris l'individualisme qui contribue à affaiblir la loyauté envers les partis politiques et le gouvernement». Cette montée des opinions personnelles et «au cas par cas» a rendu les votes plus imprévisibles.

Une analyse que partage le politologue René Knüsel, professeur de sociologie à l'Université de Lausanne, qui observe «un nombre d’adhérents à des partis relativement stable, malgré le fait qu’il y ait de plus en plus d’électeurs»:

«Autrefois, les recommandations de vote étaient quasiment des ordres de marche. La logique a changé. On sent maintenant un respect plus grand de la décision autonome du citoyen»

La diversification de l'information

La manière de s'informer et d'être informé a elle aussi évolué. «La cacophonie croissante des canaux d’information, dont font partie les réseaux sociaux, est une autre clef de lecture de cet écart» entre les partis et la population, estime le politologue Mazzoleni. «A l’époque, la formation de l’opinion politique était mieux maîtrisée par les autorités et les partis de gouvernement.»

S'il partage le diagnostic de son confrère sur la diversification de l'information, René Knüsel émet une réserve: «Les réseaux sociaux existent, mais il y a une minorité de la population, notamment âgée, qui ne s’y connecte pas et qui est probablement une partie de la population qui vote.» On ne peut donc pas de tirer de leçon générale de l'arrivée des réseaux sociaux, selon lui, concernant les comportements des électeurs par rapport aux partis, eux-mêmes présents sur les réseaux.

La polarisation

Dans une Suisse marquée par la culture du compromis, portée depuis longtemps par les partis de centre-droit, Oscar Mazzoleni estime que ce sont ces partis-là qui, paradoxalement, souffrent le plus de la distanciation des citoyens qui normalement votaient pour eux. Le professeur de sciences politiques l'explique par «la polarisation croissante sur une série de thèmes, qui réduit les marges de manœuvre aux partis qui disposent d’un message pragmatique visant à trouver des solutions de compromis.» Olivier Meuwly acquiesce:

«Quand on s’appelle les Verts ou l’UDC, c’est sûr qu’il est plus facile d’être unis et de le montrer. Quand on est président du PLR, on doit réussir à faire la synthèse entre les deux courants du parti, et c’est tâche ardue.»

La fonction ingrate de président de parti

Au lendemain du rejet de la Loi CO2, Petra Gössi a annoncé qu'elle se retirait de la présidence du PLR. De quoi faire rejaillir la question de la difficulté à mener un parti fédéral en 2021. «Il y a quelques décennies, les mandats de présidents et secrétaires de partis duraient plus longtemps», observe Oscar Mazzoneli. La fonction de président de parti est devenue un siège facilement éjectable.

Pour quels motifs? La rémunération, «un enjeu qui revient souvent à l’interne des formations politiques», mais aussi «l’effort quotidien d’entretenir une bonne image médiatique, en plus d’endosser le rôle à la fois de médiateur et de meneur au sein du parti». «Cette fonction est particulièrement ingrate pour les partis qui vivent une situation critique sur le plan électoral», note l'analyste. Typiquement, le PLR et Le Centre.

Le manque de vision des partis modérés

Il reste une donnée absolument centrale selon l'historien Meuwly, critique à l’égard de son propre parti: le manque de vision, de théorisation du projet que l'on souhaite porter. «Sur l’écologie, le PLR dit que l’Etat ne doit pas intervenir. Très bien, mais que proposons-nous comme alternative dans notre dispositif intellectuel? Rien. C’est regrettable.»

La leçon vaut aussi pour les autres partis, à commencer par Le Centre, qui «a oublié sa tradition philosophique de démocratie chrétienne», ou le PS, «qui privilégie trop souvent la morale à la réalité pragmatique». Et n’allez pas lui suggérer que les électeurs n'en ont pas grand chose à cirer de la théorie: «Faire de la politique, cela suppose de théoriser. On n’a pas le choix.»

Ce travail sera nécessaire, la Suisse n'étant certainement pas prête à devenir totalement indifférente aux partis. De manière générale, les leaders d’opinions – dont font partie les responsables politiques, mais aussi les éditorialistes, les influenceurs, etc. – ont encore un rôle à jouer. «Et d'autant plus dans les moments où il peut y avoir des incertitudes liées à l’objet du vote», conclut le politologue Knüsel.

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