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Le Conseil fédéral défend sa position: pas de nouveaux contingents de réfugiés

La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a défendu la position du gouvernement après la prise du pouvoir des talibans en Afghanistan. En revanche, la Suisse misera sur l'aide humanitaire.
21.08.2021, 09:2710.03.2022, 16:37
Karin Keller-Sutter
Karin Keller-SutterImage: sda

«Il n'y a pas à l'heure actuelle de déplacements massifs» hors d'Afghanistan, note Karin Keller-Sutter, interrogée par les journaux CH Media. La ministre de la Justice défend avec pragmatisme la position du Conseil fédéral contre des contingents de réfugiés afghans.

«La Suisse n'a, en outre, absolument aucun moyen de faire sortir ces personnes du pays»
Karin Keller-Sutter, ministre de la Justice

«Nous ne pouvons pas non plus choisir arbitrairement 10 000 personnes et les évacuer de la zone de crise», ajoute-t-elle.

Pour rappel, la position de la Suisse:
Le Conseil fédéral a décidé mercredi que la Suisse n'accepterait pas, pour l'instant, de contingents de réfugiés afghans. Pour l'heure, l'octroi de visas humanitaires ne devrait pas non plus être facilité. La gauche et des œuvres d'entraide ont pour leur part demandé l'admission de jusqu'à 10 000 réfugiés vulnérables.

Evacuation prioritaire pour les ressortissants Suisses

La grande priorité du Conseil fédéral est d'évacuer les ressortissants suisses, les travailleurs de la coopération au développement de la Confédération (DDC) et leur famille proche, soit environ 230 personnes. Un objectif encore non réalisé. La Suisse prévoit en outre d'envoyer samedi un avion dans la capitale ouzbèke Tachkent pour rapatrier des personnes fuyant l'Afghanistan.

«Parce que la Suisse n'est pas un Etat de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) et parce qu'elle ne dispose pas de ses propres forces armées sur le terrain, le ministère des Affaires étrangères (DFAE) est tributaire de la coopération d'autres Etats»
Karin Keller-SutterDans l'Aargauer zeitung

L'engagement se fera surtout sur le front humanitaire

Si elle n'évacue pas d'Afghans, la Suisse veut néanmoins s'engager pour l'aide humanitaire sur place et dans les pays voisins de l'Afghanistan, relève la ministre de la Justice. Le gouvernement suisse adopte ainsi la même posture que de nombreux autres Etats de l'Union européenne (UE), comme l'a montré une réunion extraordinaire des ministres de l'Intérieur de l'UE cette semaine.

Selon la conseillère fédérale:

  • Environ trois millions de réfugiés afghans vivent en Iran et 2,5 millions au Pakistan.
  • Selon les estimations, 200 000 à 600 000 vivent en Turquie.
  • En Afghanistan, dont la population est estimée à plus de 39 millions d'habitants, on compte plus d'un demi-million de réfugiés déplacés à l'intérieur du pays.

Qu'est-ce qui pousserait la Suisse à accueillir plus d'Afghans?

«S'il devait y avoir un jour un programme de réinstallation pour les Afghans, il devrait être coordonné au niveau international sous la direction des organisations des Nations unies»
Karin Keller-Sutter, ministre de la Justice

La conseillère fédérale rappelle d'ailleurs que le gouvernement suisse a déjà décidé d'un contingent de réinstallation. Qu'est-ce que c'est? Il s'agit de l'accueil de gens issus de camps de réfugiés à l'étranger. Ainsi, cela représente 1900 réfugiés pour les années 2022/23. Si la situation l'exige, le Conseil fédéral peut augmenter ce contingent après consultation des cantons.

Est-ce que l'Europe craint une nouvelle vague migratoire?

La question de l'Afghanistan a été soulevée récemment lors de la réunion entre ministres européens. Nos collègues de CH media ont demandé à la ministre suisse de la Justice si la crainte d'une vague de réfugiés, comme celle de 2015, était dans les esprits. Sa réponse est limpide:

«Cette peur était palpable»

Karin Keller-Sutter précise que ce sentiment n'est pas dû uniquement aux événements en cours en Afghanistan, mais également à d'autres phénomènes. Par exemple? La Biélorussie utilise la migration comme moyen de pression politique et transporte activement les migrants qui arrivent dans le pays depuis l'Irak et la Turquie jusqu'à la frontière extérieure de Schengen (dont la Suisse fait partie), explique la ministre.

Selon elle, les migrations se multiplient sur la route méditerranéenne. Des ressortissants venus d'Afrique du Nord cherchent à rejoindre l'Europe à cause de la misère économique chez eux.

Bien sûr personne en Europe ne veut revoir une situation comme celle de 2015, mais les Etats trouvent difficilement un terrain d'entente. La ministre voit trois ensembles:

  1. «Les Etats de Visegrad, comme la Hongrie, rejettent strictement une clé de répartition pour les migrants.»
  2. «Le groupe des Etats méditerranéens s'efforce avant tout de mettre en place un mécanisme de répartition.»
  3. Un troisième groupe (auquel appartient la Suisse) propose de réformer les accords de Schengen-Dublin.

Et la ministre de conclure: «Dans le domaine de la migration illégale, nous ne sommes pas plus avancés qu'en 2015.»

(jah avec ats)

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source: sda / khwaja tawfiq sediqi
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