Les prix du bio en Suisse cachent un paradoxe étonnant
Que ce soit pour le lait, la viande ou les fruits, quiconque choisit un produit bio en rayon paie nettement plus cher. L’agriculture, en revanche, ne reçoit qu’un prix légèrement plus élevé pour le surcroît de travail lié à la production sous label. C’est ce que confirme le dernier moniteur des prix de l’association Marchés équitables Suisse, réalisé conjointement avec la Haute école spécialisée de la Suisse du Nord-Ouest.
L’écart de prix s’est même parfois creusé, constatent les auteurs de l’étude. Ainsi, un kilo de jambon arrière de porc bio coûte en moyenne 61,10 francs au supermarché, alors que l’offre conventionnelle est désormais disponible pour seulement 22 francs. Il y a un an, ce prix s’élevait à 24,45 francs.
Le constat est comparable pour la longe de porc: le kilo bio, à 46,75 francs, coûte 30 centimes de plus que l’an dernier, tandis que le morceau de porc équivalent sans label est devenu moins cher de près de 3 francs, à 19,46 francs.
Une exception pour les pommes de terre
La principale raison de ces écarts croissants réside dans le fait que cet été, les prix de production de la viande de porc se seraient «effondrés massivement», souligne Stéphanie Lichtsteiner, directrice de Marchés équitables Suisse. Autrement dit, les éleveurs de porcs touchent moins d’argent pour leurs produits. Mais alors que cette baisse a été répercutée, au moins en partie, sur les consommateurs pour le porc conventionnel, les prix des produits bio examinés sont restés élevés.
Selon les données du moniteur des prix, les écarts se sont aussi creusés pour d’autres produits du quotidien. Un litre de lait bio coûte ainsi en moyenne 1,88 franc au supermarché, soit un prix inchangé par rapport à l’an dernier, tandis que celui du lait ordinaire a reculé de 4 centimes. L’écart de prix est également resté pratiquement inchangé pour les pommes, qui coûtent toujours plus de deux fois plus cher avec le label bio que sans.
Il existe toutefois aussi des exemples «positifs», ajoute Stéphanie Lichtsteiner, en citant les pommes de terre. Les agriculteurs reçoivent en effet davantage pour leurs tubercules, qu’ils soient de qualité standard ou bio. Parallèlement, les deux catégories de pommes de terre sont devenues moins chères au supermarché, la baisse étant plus marquée pour le bio. L’écart de prix par kilo est ainsi passé de 2,06 francs à 1,54 franc.
Un manque de transparence dénoncé
Pour les carottes aussi, le moniteur des prix 2026 relève un rapprochement. Alors que la différence entre un kilo de carottes bio et un kilo de carottes de qualité standard s’élevait encore l’an dernier à 1,70 franc au supermarché, elle n’est aujourd'hui plus que de 1,32 franc. Dans le même temps, les agriculteurs reçoivent davantage, tant pour les carottes conventionnelles que pour les bio. Stéphanie Lichtsteiner affirme:
Dans cette logique, ce serait au commerce de détail, placé entre les agriculteurs et les consommateurs, de régler la facture en rognant sur ses marges bio. L’association exige en outre «davantage de transparence sur la formation des prix et la répartition de la valeur ajoutée». Elle entend porter cette préoccupation dans la révision en cours de la politique agricole.
Le Surveillant des prix a lui aussi émis le souhait de réduire les marges bio qu’il jugeait trop élevées. Mais sans succès. Il a dû abandonner son combat après près de trois ans. «Malgré des marges brutes élevées, il n’en ressort aucun indice clair de bénéfices abusivement excessifs», a-t-il admis au printemps. (trad. ysc)
