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Le conseiller d'Etat Frédéric Favre en 2021 à Sion

Le conseiller d'Etat valaisan PLR Frédéric Favre en juillet dernier à Sion. Image: Keystone

Analyse

Frédéric Favre n'est pas vacciné: en quoi est-ce que ça nous concerne?

La RTS établissait ce 10 août que le seul conseiller d'Etat romand à ne pas être vacciné est le PLR valaisan Frédéric Favre. Est-ce une information qui nous concerne? Et en quoi est-elle potentiellement problématique pour le collège qu'il préside et le parti qu'il représente? Analyse.



Le seul conseiller d'Etat romand à ne pas être vacciné serait le libéral-radical valaisan Frédéric Favre. Suite aux révélations de La Regione selon lesquelles les deux conseillers d'Etat tessinois Norman Gobbi et Claudio Zali (du parti La Lega) ne se seraient pas fait vacciner, c'est la RTS qui a livré cette information romande après avoir mené sa petite enquête à l'échelon national, obtenant les réponses d'une quinzaine de cantons.

Frédéric Favre s'est expliqué ainsi à la RTS (et n'a pas souhaité développer suite à notre prise de contact):

«Je soutiens la stratégie mise en place par le Conseil fédéral qui consiste à laisser le choix: se faire vacciner ou non. Les gens font leur propre analyse en prenant compte des divers critères tels que leur âge, leurs antécédents médicaux ou encore leur profession. Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix, mais une décision individuelle. Nous sommes en démocratie. Je pense faire preuve d'exemplarité car je respecte les règles allant avec l’option choisie, de ne pas se faire vacciner.»

Ajoutant:

«Environ 50% de la population est vaccinée. Nous ne devons pas stigmatiser la moitié d’un peuple versus l’autre moitié, ce débat laisse à penser qu'il y a une option juste et une option fausse. Or ce n’est pas le cas.»

Cette prise de position interroge, forcément. Frédéric Favre, en tant que ministre, a-t-il une responsabilité particulière sur la question du vaccin? Doit-il «donner l'exemple» en suivant la ligne officielle des autorités, dont il fait partie? La réponse n'est pas évidente. Un décorticage des brèves explications du libéral-radical nous le montre.

Frédéric Favre ne suit pas la ligne officielle

Le point crucial, c'est que le vaccin est présenté par les autorités fédérales et cantonales comme le moyen de sortir de la crise. Or, Frédéric Favre préside un gouvernement cantonal, ce qui lui confère une visibilité et un statut particuliers.

La vaccination n'est certes pas obligatoire. Cependant, ses collègues du Conseil d'Etat – et encore Christophe Darbellay en ce début de semaine – militent activement en faveur de la vaccination. En tant que non-vacciné, Frederic Favre met de fait le collège qu'il préside dans l'embarras, en donnant l'impression que celui-ci n'est pas uni.

Lui, de son côté, affirme «s'aligner sur la stratégie du Conseil fédéral». Or, si celle-ci consiste bel et bien à «laisser le libre choix au citoyen», elle vise à également à inciter les gens à se faire vacciner, comme l'a relevé à l'émission «Forum» son compatriote valaisan, collègue de parti et ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin.

Pas de contradiction entre les paroles et les actes

A la décharge de Frédéric Favre, hormis la question de la cohérence avec les autorités, il n'a jamais porté publiquement l'appel à se faire vacciner. Il a en revanche toujours soutenu officiellement les mesures de protection contre le virus. Que ce soit le vaccin pour ceux qui souhaitent le faire, les tests pour les autres et les règles d'hygiène de base.

Un attachement à la sphère privée

Rappelons que ce n'est pas Frédéric Favre qui, de lui même, a fait la démarche d'annoncer qu'il ne se vaccinait pas. C'est l'audiovisuel public qui est allé l'interroger et il a fait preuve de transparence sur son choix. Un peu moins sur ses motivations. Mais son idée, défendable, est que celles-ci ne concernent pas le public. Pas plus que nous serions en droit de savoir quel membre d'exécutif est fumeur ou diabétique.

Un conseiller représentatif

Un conseiller d'Etat représente la population qui l'a élu. Et il est bon pour son collège d'être représentatif de la société, proportionnel aux diverses sensibilités du législatif et, par extension, des électeurs. On l'a beaucoup entendu lors des dernières élections au Conseil d'Etat valaisan.

Or, il se trouve qu'environ un tiers des Valaisans de plus de 16 ans ne sont pas (encore?) passés dans un centre de vaccination. Ainsi, d'une certaine façon, Frédéric Favre représente ces Valaisans qui refusent la piqûre et qu'il évoque.

Liberté, responsabilité... et débat

A l'arrivée, Frédéric Favre s'inscrit-il simplement dans la tradition politique de son parti s'appuyant sur la notion de liberté de choix? Oui et non. Si le Parti libéral-radical continue de parler de liberté et de responsabilité individuelles, tous ses élus ne donnent pas le même sens à ces valeurs une fois appliquées au contexte actuel.

Selon nos informations, les pro-vaccin sont ultra-majoritaires parmi les parlementaires PLR. Certains n'y vont pas de main morte. Ne songeons qu'à Philippe Nantermod. Dans sa chronique pour le journal Le Temps qui a suscité énormément de réactions, positives comme négatives, le vice-président du PLR Suisse a attribué aux non-vaccinés la responsabilité morale des morts à venir. Et si le Valaisan respecte la liberté de chacun, il en appelle au «bon choix»:

«Il y a aujourd’hui trois fois plus d’hospitalisations qu'il y a une année, la situation est préoccupante», avance Philippe Nantermod au bout du fil. «Ce n'est pas parce qu'on a le choix entre deux options que les deux options sont bonnes.» Il juge donc que Frédéric Favre a choisi la mauvaise.

Or, la question de savoir quelle option est bonne fait justement débat. Et c'est relativement nouveau pour un libéral comme Philippe Nantermod de dire aux gens ce qu'ils doivent faire. En fait, cette discussion touche en même temps à la morale et à la politique, rappelant que la notion de «bien» les relie.

La possibilité du désaccord est contenue dans l'ADN libéral. Son application à la question de la vaccination n'arrange pas le parti qui se réclame de cette philosophie politique. Le cas de Frédéric Favre est la nouvelle illustration de ce fait très actuel, qui dépasse le PLR: il n'y a plus consensus sur les situations où le désaccord est moralement irréprochable.

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