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Primes maladie 2025: et si le problème était nos salaires?

Primes maladie 2025: et si le problème était nos salaires?
Sergio Rossi, Marco Taddei et Benoît Gaillard (de gauche à droite) évoquent la stagnation des salaires.keystone (montage)
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Primes maladie: et si le vrai problème c'étaient nos salaires?

Les primes d'assurance maladie n'en finissent pas de prendre l'ascenseur. Mais le vrai problème n'est-il pas plutôt celui de la stagnation des salaires? Syndicats, patronat et experts donnent leur avis.
29.09.2024, 23:23
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Ce jeudi après-midi, on a appris que les primes d'assurances maladie allaient encore augmenter en 2025. La hausse sera de 6% en moyenne. L'an dernier à la même époque, elle était de 8,7%.

Alors que nos primes d'assurances maladie montent année après année, les salaires, eux, stagnent depuis trente ans. Les chiffres, dont personne ne conteste l'ampleur, parlent d'eux-mêmes: depuis l'introduction de la Lamal en 1997, les primes coûtent deux fois et demie plus cher tandis que les salaires ont augmenté d'un maigre 12%.

Le problème est donc double: si les primes n'augmentaient pas chaque année, le pouvoir d'achat des ménages ne serait pas impacté. De même, si le salaire des Suisses avait continué à augmenter avec l'inflation, les citoyens seraient capables de payer leurs primes sans passer par la case subsides — ou poursuites, pour certains.

Les chiffres rassemblés par watson 👇🏻

La classe moyenne particulièrement touchée

Pour Sergio Rossi, professeur d'économie à l'Université de Fribourg, «c'est la classe moyenne qui est la plus touchée.» Il sépare la population en cinq catégories de 20% environ chacune: les plus pauvres, la classe moyenne inférieure, la classe moyenne, la classe moyenne supérieure et les plus riches.

«Pour les 20% les plus riches, payer ses primes n'est pas un problème. Les 20% les plus pauvres reçoivent des subsides. C'est la classe moyenne qui souffre le plus de l'augmentation des primes car ses salaires stagnent depuis des années»
Sergio Rossi, économiste

La classe moyenne inférieure est particulièrement touchée. «Il s'agit aussi bien de travailleurs que de personnes à la retraite», explique Sergio Rossi.

Le «deal de base» brisé pour les syndicats

Benoît-Gaillard, porte-parole de l'Union syndicale suisse (USS) et conseiller communal socialiste à Lausanne, estime que le problème de la stagnation des salaires et de l'augmentation des primes sont liés. «La charge croissante des primes est d’autant plus insupportable que les salaires stagnent», assène-t-il. Il déroule:

«La hausse des primes ronge le pouvoir d’achat des gens qui travaillent»
Benoît Gaillard, Union syndicale suisse

Pour le syndicaliste, le système est grippé depuis 2016 environ. «Les salaires réels stagnent depuis cette date, même une fois corrigés de l'inflation.» Le Vaudois estime même qu'il s'agit d'un évènement historique notable. «Lorsque la conjoncture économique est bonne et que la productivité continue d'augmenter, les salaires devraient progresser.»

«C’est le deal de base en Suisse: on bosse dur, mais on peut améliorer sa situation. Aujourd’hui, le travail s’intensifie bel et bien, mais la contrepartie salariale n’est plus là»
Benoît Gaillard, Union syndicale suisse

Il note également une répartition des coûts de la santé «injustes»: la même augmentation de 8% arrivée en 2024 est subie de différente manière. «Pour une famille, cette hausse peut représenter près de 100 francs de plus par mois. On la subit plus durement avec un salaire médian de 6700 francs qu’avec un salaire quatre fois supérieur», relève Benoît Gaillard.

Le patronat défend le partenariat social

Du côté du patronat, on rejette ce lien entre les deux courbes: «Il n'y a pas de corrélation entre le salaire et les primes, il s'agit de deux choses parfaitement indépendantes», estime Marco Taddei, de l'Union patronale suisse.

«Les primes sont des dépenses étrangères à l'activité des entreprises»
Marco Taddei, Union patronale suisse

Quant à la stagnation, il la conteste également: «Entre 2012 et 2022, il y a eu environ 0,3% de hausse annuelle des salaires réels. Les salaires augmentent lentement, mais sûrement.» Certes, mais tout de même trop lentement face aux primes? Face au patronat, les syndicats demandent une hausse de 5%. «La hausse des salaires ne peut pas être décrétée de Berne comme l'annonce des primes», rétorque Marco Taddei.

«C'est une négociation individuelle et il faut tenir compte de chaque secteur»
Marco Taddei, Union patronale suisse

Le représentant des patrons souhaite toutefois que chaque secteur puisse trouver des accords qui satisfont tant les travailleurs et les syndicats que le patronat, à l'image de la signature de la récente convention collective de travail de l'industrie horlogère, qui concerne 500 entreprises et près de 55 000 collaborateurs.

«Le modèle suisse est basé sur un partenariat social, qui est pragmatique et fonctionne. C'est ça, la Suisse. Les primes sont liées à une discussion politique qui ne concerne pas les employeurs»
Marco Taddei, Union patronale suisse

Un autre élément qui explique la stagnation — ou faible augmentation — des salaires est le nombre de temps partiels, en hausse. «Ils peuvent être subis ou choisis. Selon le Conseil fédéral, une majorité d'entre eux sont choisis», indique Marco Taddeï. «La majorité des temps partiels sont tenus par des femmes, notamment de jeunes mères. Des mesures incitatives pour les crèches pourraient permettre d'augmenter la productivité», analyse-t-il.

Un risque de désagrégation

Les fronts sont donc figés sur le théâtre des salaires et les dialogues désaccordés. Dans ce sillage, l'idée d'une caisse unique refait aussi surface, notamment au niveau cantonal. L'autre idée venant des socialistes, ce sont les primes financées en fonction d'un pourcentage du salaire.

Mais Sergio Rossi ne voit pas de solution à court terme dans le cadre actuel. Il avertit contre une «médecine à deux vitesses», comme en Italie et en Grèce, où certains citoyens peu fortunés renoncent à aller se faire soigner pour raisons financières.

«La cohésion sociale de la Suisse risque de se désagréger»
Sergio Rossi, économiste

Mais le principal problème n'est pas là pour le professeur, pour qui le «régime financiarisé» de l'état actuel de l'économie capitaliste est à blâmer. «La plupart des activités financières ne créent pas de richesse au sens macroéconomique du terme», constate-t-il.

«Cette financiarisation exerce une pression à la baisse sur les salaires et la classe moyenne»
Sergio Rossi, économiste

Les salaires vont-ils prendre l'ascenseur ces cinq ou dix prochaines années? Sergio Rossi est catégorique:

«La trajectoire est claire, ils ne vont pas augmenter»
Sergio Rossi, économiste

Cet article a initialement été publié dans le cadre de l'initiative du Parti socialiste sur l'allègement des primes, refusée par le peuple le 9 juin 2024.

Combien payez-vous en assurance-maladie? Des Romands répondent
Video: watson
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