Cet accident mortel révèle les dangers des calèches en Suisse
On aime entendre le son des sabots qui frappent le sol, et l'image de beaux chevaux qui traversent les paysages. Mais cette vision idyllique de balades en calèche cache une réalité plus inquiétante. Samedi 15 août, un accident a fait un mort et 12 blessés dans les Grisons et a rappelé que cette activité n'était pas sans danger.
A l'origine de l'accident, un système de freins insuffisant et une charge bien trop lourde à tirer. La calèche, à laquelle s'ajoutaient deux remorques, pour un total de 40 passagers, a fini par heurter un arbre, tuant une femme de 73 ans.
C'est un peu le Far West
Le problème de fond, c'est que les balades en calèche sont peu règlementées et que les remorques ne sont pas soumises au contrôle technique des cantons, comme cela est le cas pour les véhicules motorisés.
Malgré leur allure placide, les chevaux de trait représentent, eux aussi, un risque que l'on sous-estime parfois. Contacté, un cocher qui préfère garder l'anonymat affirme:
Ce comportement joue sans doute un rôle dans plusieurs des accidents de calèche qui surviennent chaque année. Au cours des dix dernières années, l'Office fédéral des routes (Ofrou) a recensé entre trois et quatorze accidents d'attelages par an. Mais la mention «calèche» ou «attelage», que la police peut noter sur le constat d'accident, reste facultative.
L'Ofrou enregistre chaque année entre 18 et 40 accidents impliquant des véhicules non motorisés. Outre les calèches, cette catégorie regroupe les charrettes à bras, les fauteuils roulants ou les chariots de remorquage. Dans environ la moitié des cas, des personnes sont également blessées.
Ces accidents sont rarement mortels, et le seul décès enregistré dans cette catégorie au cours des dix dernières années remonte à 2022. Il concernait, lui aussi, un accident de calèche. Un cocher de 62 ans avait été retrouvé sans vie sur un chemin à Oberembrach, dans le canton de Zurich. La calèche et le cheval avaient été retrouvés à un kilomètre de là. Les causes de la mort du malheureux n'ont jamais été établies.
Les chevaux sont tout à fait adaptés
La faute n'incombe presque jamais au cheval, affirme le cocher contacté:
En Suisse, on emploie souvent des Franches-Montagnes, la race jurassienne bien connue. Le cocher raconte que, par exemple, l'un de ses jeunes chevaux n'avait pas fait le moindre écart le jour où un bus s'était arrêté juste à côté de l'attelage et que ses portes s'étaient ouvertes dans un sifflement.
Il précise:
Il peut arriver que le cocher choisisse le mauvais cheval, ou qu'il prenne des risques, par exemple en attelant plusieurs voitures les unes aux autres pour transporter davantage de passagers avec un seul cocher, comme cela était le cas lors de l'accident de la vallée de Roseg.
Les risques pris auraient été énormes
Le cocher l'affirme, atteler plusieurs voitures à la suite devrait être interdit. En montagne surtout, là où les routes sont pentues, la règle devrait être qu'un cheval ne tire pas plus lourd que son poids.
Car si on ne dépasse pas ce ratio:
A Pontresina, le village grison où s'est produit l'accident, avec trois chevaux de 900 kg chacun, la calèche aurait dû peser tout au maximum 2,7 tonnes.
Dans le milieu des cocher, on débattait déjà du fait que ces calèches étaient trop chargées, affirme l'homme contacté. Cette semaine, un conducteur glaronais avait confié à Blick:
Tous les conducteurs pourraient être concernés
Contacté, un autre cocher engadinois affirme:
Actuellement, le canton des Grisons exige par exemple que seul le loueur de calèches détienne un brevet de conduite, mais pas nécessairement le cocher.
En 2024, le Conseil national avait déjà réclamé la mise en place d'un brevet de capacité pour tous les cochers professionnels. Le Conseil fédéral avait toutefois rejeté la motion de la conseillère nationale socialiste Martina Munz, expliquant qu'il y avait trop peu d'accidents graves.
C'est son collègue Hasan Candan qui veut désormais relancer cette démarche, comme le rapportait mardi 20 Minuten. Le socialiste prône lui aussi l'adoption d'un brevet et de règles applicables à ces moyens de transports spécifiques.
L'autre cocher contacté le reconnaît:
Il n'en reste pas moins favorable à davantage de contrôles. Car aussi idyllique que soit une balade en attelage, comme pour un véhicule à moteur, il ne faut jamais surestimer la puissance de ses chevaux.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
