«Nous sommes insuffisamment protégés»
Les coûts des systèmes de défense antiaérienne de l'armée suisse devraient, selon les recherches de la SRF, s'avérer nettement plus élevés que ce qui était admis jusqu'ici. Au total, des surcoûts allant jusqu'à neuf milliards de francs pourraient survenir.
La Suisse avait commandé en 2022 cinq systèmes Patriot américains. Les coûts étaient alors estimés à deux milliards de francs. La SRF rapporte désormais, en se référant à deux sources indépendantes l'une de l'autre, que ces coûts devraient s'avérer deux à trois fois plus élevés.
Des retards et des surcoûts importants en vue
En raison de retards de livraison des systèmes Patriot, le Conseil fédéral prévoit en outre l'acquisition d'un système de défense antiaérienne supplémentaire. Le Conseil fédéral estime les coûts de celui-ci, munitions, logistique et formation comprises, à cinq milliards de francs au total.
Le stratège militaire Marcel Berni décrypte cette dernière évolution pour watson.
La Suisse mène une double stratégie: outre les systèmes Patriot américains, elle veut acquérir un système de défense antiaérienne sol-air supplémentaire. Quelles exigences celui-ci doit-il remplir?
Marcel Berni: En raison du retard dans la livraison de Patriot, la Suisse ne dispose pas de toutes les capacités nécessaires pour garantir sa défense antiaérienne. Un système supplémentaire devrait combler cette lacune.
A propos de Marcel Berni
Le docteur Marcel Berni est historien militaire et travaille depuis 2014 au sein de la chaire d'études stratégiques de l'Académie militaire de l'EPF de Zurich. Il est spécialisé dans les stratégies militaires, tant historiques que contemporaines.
Quelles sont concrètement ces lacunes?
Il nous manque des moyens de défense contre les missiles balistiques et les missiles de croisière à plus longue portée. Mais il serait tout aussi important qu'un nouveau système soit compatible avec les Patriot ainsi qu'avec l'armée de l'air suisse et d'autres forces aériennes européennes. Il devrait en outre être fiable en matière de délais de livraison et d'approvisionnement en munitions.
Les coûts d'un système de défense antiaérienne supplémentaire devraient s'élever à cinq milliards de francs. Avons-nous seulement le choix de payer une facture aussi salée?
Si la Suisse veut être en mesure de se défendre contre les dangers venant du ciel, elle n'a pas d'autre choix.
Le choix dont dispose la Suisse réside donc dans son niveau d'exigence: quels espaces et quels objets doivent être protégés? Et combien cela peut-il coûter?
Sommes-nous seulement insuffisamment protégés en matière de défense antiaérienne, ou complètement démunis?
Nous ne sommes pas complètement démunis, mais les lacunes sont importantes. Contre les avions, la Suisse dispose d'une capacité de base grâce à l'armée de l'air et aux moyens de défense antiaérienne existants. En revanche, la Suisse ne dispose actuellement d'aucun système de défense contre les missiles balistiques, les missiles de croisière ou les drones. Et ce sont précisément ces systèmes d'armes qui se révèlent particulièrement meurtriers dans la guerre en Ukraine.
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Les systèmes Patriot devraient coûter deux à trois fois plus cher que prévu initialement. Comment justifier de tels surcoûts, selon vous?
Les prix sur le marché de l'armement ont explosé en raison de la guerre en Ukraine. A la demande accrue s'ajoutent le renchérissement, des lignes de production saturées et la priorité donnée à d'autres pays. On peut par ailleurs affirmer, avec le recul, que la planification financière initiale était sans doute trop optimiste.
Où se situe, selon vous, l'urgence la plus grande en matière de défense aérienne?
La défense antidrones et la protection des infrastructures critiques à courte et moyenne distance devraient être prioritaires. Ces capacités sont en outre plus rapides à acquérir et moins coûteuses que la couverture à longue portée.
Le système Patriot est, selon des experts militaires, conçu pour les missiles à courte portée et donc largement inutile contre des attaques venant de Russie ou d'Iran. Qu'en est-il de la défense contre les drones?
Le système Patriot peut certes combattre des drones, mais cela n'a aucun sens sur le plan économique. C'est comme si vous tiriez au canon sur des moineaux. Je nuancerais toutefois la thèse des experts militaires que vous citez.
Pourquoi?
Le Patriot équipé de missiles guidés PAC-3 n'est justement pas en premier lieu un système à courte portée, mais est conçu pour l'interception en phase finale des missiles balistiques ainsi que pour les missiles de croisière et les avions. L'Ukraine s'en sert pour intercepter des missiles russes Iskander et Kinjal. Face aux missiles à moyenne et longue portée dotés de vitesses de rentrée élevées, le Patriot atteint ses limites.
Beaucoup de choses restent encore floues concernant ces acquisitions. Quelles alternatives existerait-il si ces systèmes de défense ne devaient pas se concrétiser?
Si les grandes acquisitions échouaient, cela imposerait une collaboration plus étroite avec l'étranger. Une priorisation dans la protection des objets serait également une conséquence possible. En outre, il faudrait renforcer les mécanismes d'alerte précoce et d'évacuation face aux menaces venant du ciel.
L'entretien s'est déroulé par écrit.
