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Les Suisses font toujours moins de bébés et on ignore pourquoi

Une mystérieuse pénurie des naissances frappe la Suisse

Le nombre de naissances est toujours à la baisse en Suisse. Plusieurs pistes se dessinent pour l'expliquer, mais le phénomène reste difficile à comprendre. Et les experts manquent de certitudes.
11.12.2023, 07:46
Sabine Kuster et Mark Walther / ch media
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On fait rarement des enfants en suivant un calendrier. Ce sont plutôt les circonstances qui le décident. Dans de nombreux pays, le plus grand nombre de bébés naissent en septembre: neuf mois après Noël, lorsque beaucoup étaient en vacances et que les nuits étaient longues.

Un recul qui s'accentue

Si la Suisse a connu un boom des naissances en janvier 2021 suite à la pandémie, la tendance n'a pas tardé à repartir à la baisse en 2022. Et le recul s'est encore renforcé jusqu'en septembre 2023, le dernier mois pour lequel on dispose déjà de données. Ainsi, la Suisse a connu 16% de naissance en moins en septembre dernier par rapport à la moyenne du nombre de bébés nés le même mois entre 2018 et 2020.

Pour étudier la natalité, il faut s'intéresser aux événements clés neuf mois plus tôt. Il peut parfois y en avoir plusieurs, dans le cas présent, il est difficile d'identifier l'influence responsable du phénomène. La fin de la recommandation du travail à domicile? La guerre en Ukraine? La pénurie de main-d'œuvre qualifiée qui s'aggrave?

Selon le démographe Philippe Wanner, de l'Institut de démographie et socio-économie de l'Université de Genève: «Cette baisse persistante est vraiment surprenante». Son collègue François Höpflinger pointe tout de même la pénurie sur le marché du travail.

«Ce n'est pas que les gens craignaient pour leur emploi. Non, ils avaient tout simplement beaucoup trop à faire pour décider d'avoir des enfants à ce moment précis»
François Höpflinger

Les couples ne trouvent-ils pas de logement adéquat?

Philippe Wanner fait remarquer que, parallèlement, le coût de la vie a augmenté, notamment dans le domaine du logement. Les jeunes couples ont donc besoin de plus de temps pour en trouver un endroit où fonder une famille. Ainsi, la baisse des naissances en 2022 a été particulièrement forte à Bâle-Ville (-13%) et à Zurich (-11%). Pourtant, à Genève, elle aussi touchée par la pénurie de logements, le recul est resté faible (-3%).

La baisse actuelle surprend autant qu'a surpris le baby-boom durant la pandémie, écrit l'OFS dans une nouvelle analyse. Les deux confinements de 2020 ont entraîné une hausse des naissances neuf mois plus tard. Mais il s'agissait plutôt de deuxièmes enfants et plus.

Plusieurs études montrent que les parents fixent souvent des critères avant la naissance du premier enfant: avoir terminé leurs études ou avoir leur propre logement. La naissance du deuxième enfant, en revanche, est moins liée à de telles conditions. Elle dépend plutôt, par exemple, de la différence d'âge souhaitée entre les frères et soeurs.

Philippe Wanner pointe deux autres explications possibles pour expliquer la mystérieuse baisse des naissances qui frappe la Suisse: l'augmentation des coûts de l'assurance maladie et la situation politique incertaine dans le monde:

«Il y a toute une série de facteurs négatifs et déstabilisants»

Alors pourquoi la natalité est-elle déjà repartie à la hausse dans des pays comme le Portugal, l'Espagne et l'Italie, pourtant aussi violemment touchés par une baisse pendant le Covid? Philippe Wanner a une réponse:

«Dans ces pays, la situation économique est mauvaise depuis longtemps – alors qu'en Suisse, nous étions comme dans une bulle paradisiaque. Je pense que le choc de la guerre en Ukraine a donc laissé moins de traces dans d'autres pays. Et l'Italie avait déjà un taux de natalité notoirement bas avant la pandémie.»
Philippe Wanner.

Covid long tenace

Il est aussi possible que le Covid continue à jouer un rôle. On ne sait pas combien de couples reconsidèrent leur désir d'enfant parce que l'un des partenaires souffre de Covid long. Mais les examens sportifs militaires prouvent désormais que la maladie reste bien présente: les performances des futures recrues se sont effondrées avec la pandémie.

Jusqu'en 2020, les recrues augmentaient continuellement leur endurance en course à pied – en 2021 et 2022, celle-ci a chuté. Il en va de même pour le lancer de médecine-ball ou la position de la planche. Dans de nombreux tests, on constatait déjà une dégradation en 2020.

Un manque d'exercice pendant la pandémie pourrait aussi expliquer cette situation. Mais Alain Dössegger, qui a analysé les données de l'armée à la Haute école fédérale de sport de Macolin, souligne au Tages-Anzeiger qu'aucune étude récente ne met en évidence une diminution générale de l'activité physique dans cette tranche de la population. De même, le poids des recrues n'avait pas augmenté en 2020 et 2021, comme l'a montré une recherche de CH Media.

Le mystère perdure.

Traduit et adapté par Valentine Zenker

On a essayé de parler suisse allemand
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