Attention à ces faux courriers voulant vous expulser de Suisse
La lettre arbore le logo officiel de la Confédération et l'en-tête du Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), et le texte est rédigé dans un allemand irréprochable. Elle est adressée à Sarah* (prénom d'emprunt), une journaliste de watson qui a immigré en Suisse il y a plusieurs années et dispose d'un titre de séjour valable jusqu'en 2028.
Dans le courrier, on peut lire:
En d'autres termes: la lettre informe Sarah qu'elle doit quitter la Suisse d'ici la fin de l'année. Pour plus de clarté, un second document est joint: Leaving Switzerland. The complete checklist (Quitter la Suisse. La liste de contrôle complète) – soit un guide pour partir correctement. Le document reçu est bien évidemment un faux.
La lettre en question:
Des lettres qui «circulent depuis des années»
Contacté, le SEM confirme qu'il s'agit d'un faux. Il pointe du doigt le fait que le numéro de référence de la personne destinataire est incorrect et que le courrier ne correspond pas à la charte graphique de l'autorité fédérale. Reto Kormann, son porte-parole, déclare:
A chaque fois, la première phrase du courrier est modifiée pour coller à l'actualité politique. Ainsi, celui reçu par Sarah affirme qu'elle doit quitter la Suisse en raison de l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions». Par le passé, les auteurs ont construit leur argumentaire en invoquant les renégociations en cours des accords bilatéraux.
Qui sont les personnes à l'origine de ce document?
Le SEM a donc déposé une plainte pénale contre X en 2024. Une action qui pourrait à nouveau être intentée aujourd'hui, précise Reto Kormann. L'autorité fédérale conseille aux personnes concernées de faire de même. Pour élucider l'affaire, elle collabore avec le Ministère public de la Confédération et les polices cantonales. Jusqu'à présent, les efforts pour identifier les auteurs sont restés vains. De son côté, le SEM a publié un avertissement sur sa page d'accueil.
Une supercherie connue
Sarah est domiciliée dans le canton de Zurich. Jusqu'à présent, aucun signalement n'est parvenu à la police cantonale zurichoise, indique son porte-parole, Roger Bonetti. Il renvoie à son tour à l'avertissement publié sur le site internet de la Confédération et ajoute:
Le faux document indique également que les destinataires doivent se présenter au contrôle des habitants dans un délai de 30 jours. Dans le cas de Sarah, il s'agirait de celui de la ville de Zurich. Là-bas, on est au courant de la supercherie. Nadine Marwalder, sa porte-parole, déclare:
A l'heure actuelle, la Ville de Zurich informe ses collaborateurs et prévoit de publier un avertissement sur les sites concernés.
«C'est un sentiment détestable»
Dès lors, comment est-ce que le texte justifie l'expulsion imminente de Sarah? Selon l'argumentaire, la Suisse serait en train d'activer la clause de sauvegarde de la libre circulation des personnes en raison de l'initiative de l'UDC. Bien que cette clause existe réellement – elle a été inscrite dans la Constitution fédérale suite à l'acceptation de l'initiative contre l'immigration de masse en 2014 –, le pays ne l'applique pas actuellement. Et elle ne le fera certainement pas avant la votation du 14 juin.
Particulièrement renseignée sur la politique, Sarah a vite deviné la supercherie. Elle avoue tout de même avoir eu peur, notamment parce que le courrier semble bel et bien réel. «C’est un sentiment détestable», confie-t-elle. Elle se dit affectée par le contenu intimidant du courrier, qui renvoie le message suivant: «Tu n’es pas la bienvenue ici».
En effet, la lettre lui était personnellement adressée et a été envoyée à l'adresse postale de watson.
Un cas similaire en 2024
Ce n'est toutefois pas la première fois que la Zurichoise reçoit ce genre de courrier. En septembre 2024, elle avait reçu une lettre similaire, qui avait aussi atterri dans la boîte aux lettres de son employeur. Elle se souvient:
Soulignons le fait que Sarah publie ses articles sous son nom et qu'elle apparaît dans des vidéos. Et elle ne compte pas s'arrêter! «Même si je m'en défends, cette lettre m'a intimidée», déplore-t-elle. Jusqu'à présent, elle n'avait été confrontée à de la xénophobie et se sentait bien à Zurich. Mais aujourd'hui, elle se demande: «Quelle sera la prochaine étape?»
