Suisse
Berne

Elles dirigent le seul camping sans enfants de Suisse

Virginia (gauche) et Cheyenne Blatter gèrent le seul camping sans enfants de Suisse.
Virginia (à gauche) et Cheyenne Blatter gèrent le seul camping sans enfants de Suisse.

Les patronnes de ce camping suisse inédit ont été menacées de mort

L'annonce avait déclenché une tempête de commentaires négatifs. Mais en pleine saison, les patronnes du camping polémique l'affirment, créer un lieu réservé aux adultes est un succès. Reportage.
25.07.2026, 16:0825.07.2026, 16:08
Linda Leuenberger

«Nous ne le regrettons vraiment pas». C'est ce qu'affirme Cheyenne Blatter, assise à côté de sa sœur Virginia sur un banc à l'ombre. Les deux soeurs sont la troisième génération à diriger le camping familial Lazy Rancho, à Unterseen, près d'Interlaken (BE).

Et dès leur arrivée, elles ont pris une décision si controversée qu'une menace de mort est même arrivée à la réception, le plus petits des deux campings qu'elles gèrent est en mode adults only, et est donc interdit aux enfants. Les deux lieux sont mitoyens, chacun avec sa propre infrastructure et sa réception. L'espace familial dispose d'une piscine, d'une aire de jeux et d'une petite boutique. Une clôture le sépare de la zone réservée aux hôtes de plus de 16 ans.

Lorsque les deux sœurs ont annoncé ce changement de concept, au printemps dernier, elles ne se doutaient pas de ce qu'il allait provoquer. La décision a déclenché un débat très émotionnel, et même des médias allemands grand public s'en sont emparés, avec des titres racoleurs du genre: «Un camping alpin met les familles avec enfants à la porte.» Le ton était donné.

Un déluge de critiques

«C'était vraiment violent», raconte Virginia Blatter, en pensant moins aux articles eux-mêmes qu'aux réactions qu'ils ont suscitées. Les deux sœurs ont directement transmis à leur avocate les e-mails haineux et à connotation violente qu'elles ont reçus. Quelqu'un est même allé jusqu'à écrire que les exploitantes du camping méritaient toutes une balle dans la tête. D'autres ont laissé des avis d'une étoile sur Google ou effectué de fausses réservations.

De l'autre côté, la haine s'est également répandue à travers les commentaires Facebook du camping. Virginia Blatter relève:

«Il y avait là beaucoup de propos extrêmement limites contre les enfants»

Elle raconte:

«Cela nous a déstabilisées. Avions-nous vraiment pris la bonne décision? Quel genre de public ce concept allait-il attirer?»

Tout cela, c'était en décembre dernier. La haute saison bat désormais son plein, et le constat des deux sœurs est sans appel: tout fonctionne vraiment bien. Virginia et Cheyenne Blatter referaient sans hésiter le même choix.

Les deux soeurs se sourient. Comme pour le prouver, un panneau trône à l'entrée de la zone adults only, sur lequel on peut lire, écrit à la craie, «Fully Booked, Ausgebucht, Complet».

L'ambiance est bonne

Un peu plus loin, deux femmes ont installé leur camp. La porte de la caravane est ouverte, un canapé gonflable trône sous un parasol, et la chienne Cara paresse dans l'herbe. Depuis 1992, l'une des deux vacancières passe presque tous ses étés dans ce camping.

«C'est vraiment une très bonne chose!», lance-t-elle au sujet de l'initiative des patronnes. Le camping est logiquement plus calme qu'avant et contrairement à autrefois, elles disent ne plus faire face à des situations délicates, comme lorsque des enfants surexcités couraient sous le nez de leur chienne. Elle précise:

«Vous savez, je n'ai rien contre les enfants. Ce sont plutôt les parents qui laissent parfois leurs gamins faire carrément n'importe quoi.»

Quelques mètres plus loin, un couple d'Allemands est assis à l'ombre. Ils passent quelques jours dans la région. «Aujourd'hui, nous aurions voulu aller en randonnée, mais la voiture est en panne», explique la femme, qui s'occupe maintenant à peindre à la place.

Le camping sans enfants d'Interlaken
Une vacancière et sa chienne restent au calme.

Comme ils n'ont pas d'enfants, ils apprécient particulièrement le calme des lieux, raconte le mari. Ils ont toutefois été surpris qu'il n'existe pas encore de campings sans enfants en Suisse, un concept déjà bien établi en Allemagne depuis un moment.

Juste à côté du camping pour adultes se trouve la partie que les sœurs Blatter exploitent désormais sous le nom Family&Adventure. Il ne faut que quelques minutes à pied pour passer d'une réception à l'autre. En ce début d'après-midi, l'endroit n'a pourtant rien d'un terrain d'aventure rempli de gamins. On n'y aperçoit qu'un seul garçon, qui plonge dans la piscine pour récupérer une petite balle que son père y a lancée.

«C'est juste calme parce que tout le monde est parti en excursion», explique le père de l'enfant. Il lance:

«Vers le soir, il y a une ambiance folle ici. C'est trop cool!»

Sa famille et lui campent ici pour la huitième fois déjà. Et le nouveau concept? «Il est nickel», lance le papa. Selon lui, la famille Blatter a toujours géré ce camping avec une gentillesse et une attention remarquables, et les deux sœurs perpétuent aujourd'hui cette culture de l'accueil.

Les enfants doivent pouvoir être des enfants

Dans la partie pour adultes, ce sont désormais surtout des personnes en quête de calme ou qu'il veulent récupérer après une journée active qui réservent leurs vacances. Virginia Blatter explique:

«Nous avons souvent des couples scandinaves qui font du vélo, de la randonnée ou du parapente dans la journée. Ils veulent bien dormir pour pouvoir repartir tôt le matin.»

Un lieu tel que celui-ci, où l'on peut laisser la porte du van ouverte la nuit sans être réveillé par des pleurs de bébé, doit pouvoir exister, selon elle.

Avant de reprendre les campings d'Unterseen, Virginia et Cheyenne ont réalisé un petit «voyage d'étude» en visitant des campings familiaux et pour adultes dans six pays différents. Les deux sœurs voulaient comprendre comment ces concepts étaient mis en œuvre et quel effet ils produisaient sur elles.

Virginia Blatter raconte:

«La plus grande différence, c'était ce rythme nettement plus lent que l'on ressentait dans les offres réservées aux adultes.»

Cheyenne ajoute en riant, «et le fait que les toilettes étaient plus propres.»

De leur côté, elle constatent également une ambiance moins tendue, avec beaucoup moins de conflits entre les hôtes. Auparavant, dès que des enfants jouaient au foot, faisaient du vélo dans l'allée d'entrée ou sautaient dans la piscine en éclaboussant tout le monde, on venait réclamer. Mais Cheyenne Blatter l'affirme:

«Les enfants doivent pouvoir être des enfants»

Et ce, sans faire face immédiatement à des remontrances. Elle ajoute:

« Je préfère mille fois les voir se dépenser plutôt que de les voir scotchés toute la journée, silencieux, à un iPad.»

C'est tout la société qui change

Selon Virginia, ce n'est pas seulement la tolérance envers les enfants qui a tendance à s'effriter. Au moment de réserver, au téléphone, à la réception, les adultes sont aussi plus impatients, plus agressifs et plus susceptibles qu'avant la pandémie de Covid, confie-t-elle.

«On ne comprend pas vraiment cet égocentrisme et toutes ces revendication. Pour nous, le camping c'est avant tout une histoire de communauté.»

Mais cette communauté n'est-elle pas justement menacée lorsqu'on sépare adultes et enfants? Au contraire, estiment les deux sœurs. Au Lazy Rancho, le mélange continue de se faire, les hôtes du secteur pour adultes viennent volontiers faire un tour du côté du camping familial, ne serait-ce que pour y faire quelques courses. Ils y mangent une glace ou se rafraîchissent dans la piscine. Virginia Blatter résume:

«Ils font preuve d'assez de patience et supportent l'agitation ici, parce qu'ils savent qu'ils peuvent ensuite se retirer de leur côté. La cohabitation en est bien plus paisible»

Sa sœur abonde: «tout le monde se supporte mieux».

Traduit de l'allemand par Joel Espi

Les vacances, c'est pas toujours super
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