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Les CFF veulent-ils espionner leurs voyageurs? Ce que l'on sait

Les Suisses espionnés dans les gares? Les CFF s'expliquent

Les CFF ont lancé un appel d'offre pour s'équiper d'un système de reconnaissances des voyageurs, ce qui leur a valu de vives critiques. L'entreprise assure qu'elle voulait simplement mieux connaître les habitudes de ses clients, mais sans les ficher. Qu'en est-il vraiment?
23.02.2023, 07:1423.02.2023, 08:48
Stefan Ehrbar / ch media
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«Les CFF scruteront bientôt chacun des pas de leurs passagers», titrait le magazine des consommateurs K-Tipp il y a une semaine. Les chemins de fer fédéraux ont prévu d'installer des caméras à reconnaissance faciale dans 57 gares du pays. Dans quel but? La régie veut évaluer le comportement d'achat et le relier aux données du Swisspass. En clair, il s'agit d'augmenter le chiffre d'affaires.

L'histoire a rapidement suscité de vives réactions sur la toile. Blick a titré: «Les CFF en mode espionnage des voyageurs». Avec ce système, la protection des données est en sursis. Les CFF veulent pouvoir savoir qui se trouve dans leurs gares. Les Jeunes Vert'libéraux ont indiqué à 20 Minutes qu'ils allaient engager des démarches juridiques. Selon eux, il est inadmissible que les CFF saisissent des données biométriques à des fins commerciales.

«Désinformation»

Alexis Leuthold, chef de l'exploitation des CFF, se défend de l'ensemble de ces reproches: «Nous n'avons pas l'intention d'introduire la reconnaissance faciale et nous ne nous intéressons pas aux données personnelles, encore moins aux données biométriques». Il parle de «désinformation».

«Nous n'avons pas lancé d'appel d'offres pour un système capable de faire ce genre de choses»

Qui a raison? Une chose est sûre, les documents d'appel d'offres (plus de 100 pages) ne demandent pas explicitement de caméras vidéo, ni de système de saisie ou de reconnaissance faciale. Aucun lien entre les données collectées et le Swisspass n'y figure non plus. Les documents ne précisent pas non plus comment cela pourrait fonctionner techniquement.

Ficher les voyageurs?

S'agit-il alors d'une fausse information? Ce n'est pas si simple. En fait, les CFF demandent deux choses, et c'est délicat.

Voici comment les voleurs des bornes CFF opèrent

Vidéo: watson

Ils veulent qu'une personne puisse être «clairement identifiée pendant toute la durée de son séjour dans la gare». Certains médias en ont déduit que les CFF voulaient ficher les personnes. Ce n'est pas le cas. La demande des chemins de fer fédéraux ne porte que sur les parcours empruntés dans les gares par les voyageurs. Il s'agit d'une méthode qui permet d'enregistrer les trajets ainsi parcourus, afin de se renseigner sur les habitudes des usagers des gares.

Pour que cela soit possible, le système doit distinguer – c'est-à-dire «reconnaître clairement» – les personnes présentes. Au moyen d'un capteur pouvant détecter les mouvements. Le système attribue aux personnes ainsi détectées un numéro aléatoire et anonyme qu'elle conserve aussi longtemps qu'elle se trouve dans la gare. Quand les personnes quittent la gare, leur numéro s'effacent. Ces données ne sont intéressantes que lorsqu'elles sont mises en relation les unes avec les autres. Les CFF peuvent ainsi identifier les magasins les plus fréquentés par les usagers des gares.

Des capteurs 3D pour scanner le haut du corps

A cela s'ajoute une deuxième demande des CFF: le nouveau système devrait pouvoir saisir certaines informations relatives aux personnes: sexe, classe d'âge, taille. Pour la taille, une information approximative suffira: «moins d'un mètre» ou «plus d'un mètre». Le système doit aussi pouvoir repérer les valises, les vélos ou encore les fauteuils roulants.

Alexis Leuthold justifie la collecte de telles données, qui permettraient selon lui de situer les endroits, par exemple, où les skieurs, de même que les personnes âgées se regroupent le plus, et où il faut prévoir plus de remontées mécaniques ou de rampes d'accès.

Des capteurs 3D seraient à même de collecter ces informations. Dans la plupart des cas, il ne s'agit pas de caméras vidéo à proprement parler, aucune image vidéo n'étant enregistrée ou transmise. Les données optiques sont traitées et effacées par l'appareil de captage. Seuls l'âge, le sexe et la taille estimés sont transmis au logiciel.

Détermination du sexe dans 95% des cas

La plupart de ces capteurs utilisent des méthodes pouvant toutefois être apparentés à des systèmes de reconnaissance faciale. Ils scannent ainsi les contours du visage, les mouvements effectués ou encore le haut du corps. L'entreprise suisse Advertima indique qu'elle est en mesure de déterminer le sexe dans 95% des cas et l'âge avec un écart moyen de quatre ans.

D'autres fabricants sont spécialisés dans l'analyse des modèles de mouvements et dans l'intelligence artificielle capable de mettre en forme certaines donnés. Mais cela n'a rien à voir avec la reconnaissance faciale, c'est-à-dire l'identification des personnes. Pour cela, il faudrait enregistrer des images et les comparer à une base de données.

Ces données optionnelles...

«Les données obtenues qui permettent de tirer des conclusions sur les personnes doivent être traitées par le capteur lui-même, de sorte que seules des informations anonymisées soient transmises pour traitement», précise l'appel d'offres. La reconnaissance des données liées à la taille, au sexe ou à l'âge est optionnelle dans l'appel d'offres.

La technologie qui sera utilisée n'a pas encore été arrêtée. Les entreprises souhaitant participer à l'appel d'offres pourront proposer des caméras vidéo.

Ces médias se seraient-ils trompés?

Le directeur de la rédaction de K-Tipp, Marc Meschenmoser, souligne qu'à l'origine, il avait écrit qu'il s'agirait d'une saisie de visage et non d'une reconnaissance faciale, comme l'ont fait plus tard Blick, le Tages-Anzeiger, la SRF ou la NZZ am Sonntag. Il s'agit là d'une différence majeure.

Dans leur appel d'offres, les CFF ont énuméré le matériel en usage aujourd'hui déjà dans les gares. On trouve ainsi des caméras à reconnaissance faciale. Mais les exigences posées au nouveau système sont encore plus élevées.

Le préposé fédéral à la protection des données Adrian Lobsiger parle dans K-Tipp d'un «risque considérable» pour les passants.

Le patron d'Adtrac Benjamin Wey en a donné un exemple lors d'une interview avec Cetoday.ch, dans laquelle il a évoque la méthode de détection utilisé par sa société dans les magasins Spar. «Récemment, on nous a demandé s'il était possible de trier par couleur de cheveux. Ce serait pratique pour les fournisseurs de colorations capillaires et de produits cosmétiques. Techniquement, ce serait réalisable.»

«Mais si l'on détecte les femmes rousses âgées de 30 à 40 ans dans un magasin Spar d'une petite ville, il est fort possible qu'il n'y ait qu'une seule cliente qui corresponde à ces critères. Cela rend cette personne traçable»
Benjamin Wey

Pour le moment, les CFF ne cherchent pas à savoir si leurs clients sont roux ou bruns.

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Video: watson
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