C'est sans doute le classement le plus provocateur au monde. Alors que les spécialistes se chamaillent encore sur la définition du bonheur (jusqu'à remettre en question son existence), l'Institute for Quality of Life déboule un jour pluvieux du mois de juin avec l'assurance que New York est un enfer à vivre. Armée jusqu'aux dents, cette structure britannique parvient chaque année à catégoriser le bonheur des êtres humains, en jonglant avec des chiffres et des mots-clés.
Cette année, elle nous annonce par exemple, et sans trembler des genoux, que vivre à Lausanne c'est beaucoup moins agréable que de se réveiller à Tel-Aviv.
Ce classement s'appelle HAPPY CITY INDEX #2024 et ses créateurs ont osé déterrer Platon pour justifier leur méfait:
En d'autres termes, sans ses habitants, une ville ne serait qu'un tas de béton hostile. (Et la pandémie de Covid-19 nous l'avait démontré avec un certain talent.)
Bien sûr, l'institut s'est aidé d'une méthodologie, basée sur «des milliers d'indicateurs minutieusement développés par nos chercheurs et directement liés à la qualité de vie et au sentiment de bonheur de ses résidents». La vache, des milliers, c'est beaucoup. Mais rassurez-vous, un astucieux entonnoir mathématique a permis de réduire le champ d'action, pour aboutir à «24 domaines d'activité différents, répartis en 5 catégories clés».
Et parce qu'ils savent très bien que le quidam moyen est aussi à l'aise avec les chiffres que la Suisse avec le concept de neutralité, ces experts en bonheur ont parsemé leur dossier de photographies représentant des gens qui ont vraiment l'air super heureux. (Et d'un petit tas de pulls en laine qui se demandent ce qu'ils foutent là.)
Sans doute parce que cet institut n'a pas que ça à faire (et que mesurer le taux de bonheur à Kiev paraît peu utile en ce moment), ce classement ne contient que 250 villes où l'on est les plus heureux au monde présenté comme un podium. Les villes en or, en argent et en bronze. Parmi les mauvais élèves, on retrouve par exemple Johannesburg qui ferme la marche, Koweït à la 244e, Las Palmas (242e), Portland (237e) ou encore Aoste (233e).
Pour qu'un maximum de médias ait envie d'évoquer ce classement, il faut évidemment qu'un maximum de pays soit représenté. Comme c'est souvent le cas, populisme, chauvinisme et jalousie sont des ingrédients indispensables au bon succès de ce genre d'articles. On ne va pas vous faire la liste de toutes les villes par pays, mais sachez par exemple que la Suisse, malgré sa taille microscopique, a réussi à classer plus de villes que l'Italie ou la Russie.
Un classement qui vous donnera peut-être envie de vivre quelques années à Montreux. Et... pourquoi pas.
Pour se balader dans le classement, c'est ici.