Voici ce que font les serpents suisses pendant la canicule
On les imagine volontiers se prélasser au soleil sans souffrir de la canicule. Pourtant, les reptiles ont eux aussi besoin de se rafraîchir lorsque les températures deviennent extrêmes. Certaines couleuvres plongent dans l’eau, tandis que d’autres espèces se réfugient sous terre. Le biologiste Noah Meier nous explique comment la chaleur transforme leur quotidien en Suisse.
Beaucoup d'animaux souffrent actuellement de la chaleur persistante. Les reptiles, eux, semblent au contraire s'épanouir, non?
Noah Meier: Comme chez tous les animaux et les plantes, il existe chez les reptiles des espèces adaptées à la chaleur et d'autres au froid. Autrement dit, certaines profitent du changement climatique et des épisodes de canicule, tandis que d'autres en souffrent.
A partir de quand la chaleur devient-elle problématique, même pour les reptiles?
Il est impossible de donner une réponse générale. Certains adorent se prélasser au soleil. Lors des journées les plus chaudes, beaucoup recherchent toutefois l'ombre ou se rapprochent des points d'eau. Certaines espèces réduisent également leur activité en cas de sécheresse et de fortes températures, et survivent en se réfugiant, par exemple, dans des abris frais et humides sous terre.
Certaines espèces, comme les couleuvres à collier, sont d'excellentes nageuses. Vont-elles se baigner pour se rafraîchir?
Absolument. Nos couleuvres d'eau indigènes – comme la couleuvre à collier barrée et de la couleuvre à collier septentrionale – sont d'habiles nageuses et d'excellentes chasseuses sous l'eau. On peut les observer près des plans d'eau durant tout l'été. Elles utilisent régulièrement l'eau pour faire baisser leur température corporelle, afin d'éviter la surchauffe et la déshydratation. Alors que les couleuvres vipérine et tessellée dépendent exclusivement des milieux humides, comme les rivières ou les lacs, pour trouver leur nourriture – elles se nourrissent de poissons et d'amphibiens –, les couleuvres à collier sont plus opportunistes. On peut les rencontrer dans pratiquement tous les types d'habitats.
Tous les serpents savent-ils nager?
En principe, toutes les espèces de reptiles indigènes nagent plus ou moins bien. En revanche, seules la couleuvre à collier septentrionale, la couleuvre à collier barrée, la couleuvre tessellée et la couleuvre vipérine chassent activement dans l'eau. Il faut y ajouter la cistude d'Europe. Dans les zones humides situées en altitude, la vipère péliade et le lézard vivipare aiment également rester à proximité de l'eau.
Les étés de plus en plus chauds peuvent-ils modifier les populations de reptiles en Suisse, par exemple en poussant certaines espèces méridionales à remonter vers le nord?
Oui, ce déplacement des aires de répartition est déjà observable aujourd'hui. Plusieurs espèces adaptées à la chaleur, comme la couleuvre verte et jaune, le lézard des murailles ou le gecko des murailles, sont en pleine expansion. Mais certaines espèces adaptées au froid, comme la vipère péliade et le lézard vivipare, sont elles aussi contraintes de se déplacer, car elles perdent actuellement une partie de leur habitat sous l'effet du changement climatique.
Leur expansion reste toutefois très limitée, car leurs habitats sont souvent de qualité insuffisante en raison de leur structure ou mode de gestion, ou parce qu'ils ne sont plus suffisamment connectés entre eux.
Que peut-on faire pour améliorer les conditions de vie des reptiles?
Les reptiles bénéficient avant tout d'habitats riches en structures variées. Il est donc relativement facile de favoriser leur présence, par exemple en aménageant correctement des tas de pierres ou de branches. On trouve de nombreux conseils pratiques sur le site du Centre national de coordination pour la protection des amphibiens et des reptiles (karch), accessible sur infofauna.ch.
Beaucoup de personnes prennent peur en croisant un serpent dans leur jardin ou en randonnée. Que leur conseillez-vous?
Les reptiles réagissent principalement aux stimuli visuels. Autrement dit, chanter à tue-tête ou taper du pied ne fera pas vraiment fuir un serpent du sentier. Si vous en rencontrez un, mieux vaut garder une distance suffisante – idéalement plus de deux mètres – afin de lui laisser la possibilité de s'échapper. Si vous traversez un terrain peu dégagé ou des herbes hautes, je recommande de porter des chaussures montantes et un pantalon long. Dans ce type de milieu, on n'aperçoit souvent les serpents qu'au moment où l'on est presque dessus.
D'où vous vient cet intérêt pour les reptiles?
Je l'ai en quelque sorte hérité de mon père. Il s'est consacré toute sa vie aux reptiles et aux amphibiens, et m'a emmené dès mon enfance lors de sorties herpétologiques.
Et quelle espèce vous fascine en particulier?
Les reptiles m'ont accompagné tout au long de mon parcours scolaire et universitaire. Cela a commencé avec une étude sur le choix de l'habitat de la coronelle lisse pour mon travail de maturité, puis s'est poursuivi avec un mémoire de master consacré à la génétique des populations des deux sous-espèces de la couleuvre verte et jaune. Je trouve la coronelle lisse fascinante parce qu'elle mène une vie extrêmement discrète.
Contrairement à la couleuvre à collier ou à la couleuvre verte et jaune, elle ne s'enfuit pas instantanément lorsqu'elle est dérangée. Elle fait au contraire entièrement confiance à son camouflage et reste immobile, parfaitement calme, sous les yeux de l'intrus. (adapt. tam)
