Blocher tombe dans le piège de Poutine
Le Parti socialiste (PS) qualifie de «pro-Poutine» l’initiative de Christoph Blocher sur la neutralité suisse. Car, si le texte était accepté, la Suisse ne pourrait plus s’associer aux sanctions économiques de l’UE contre un régime qui viole le droit international – et bombarde en Ukraine des hôpitaux, des centres commerciaux et des gares.
Le fait qu’une porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères se soit prononcée en faveur de l’initiative a fourni un argument supplémentaire au PS. Moscou accueille donc favorablement le texte – aux yeux de ses opposants, une raison de plus de parler d’«initiative pro-Poutine».
Pour Christoph Blocher, de telles affirmations témoignent de la pauvreté des arguments de ses adversaires. Il souligne qu’il ne soutient pas le président russe. Son seul objectif, affirme-t-il, est que la Suisse reste rigoureusement neutre et évite ainsi d’être entraînée dans une guerre.
Christoph Blocher organise la semaine prochaine un grand événement à Zurich pour promouvoir l’initiative sur la neutralité. Il sera accompagné par Roger Köppel, ancien conseiller national UDC et propriétaire de la Weltwoche, désormais devenue un organe de propagande du Kremlin.
La thèse russe d’une «guerre provoquée», des théories extravagantes sur le massacre de Boutcha, des interviews complaisantes avec les propagandistes de Poutine: tout cela fait désormais partie de la ligne éditoriale de l’hebdomadaire et de son portail en ligne. Au-delà de la Russie, Roger Köppel se fait également le défenseur de dirigeants autoritaires.
Blocher alimente lui-même les critiques des opposants
Christoph Blocher récuse l’étiquette «pro-Poutine». Mais il mène campagne aux côtés d’un défenseur du locataire du Kremlin. Ce faisant, il alimente précisément l’interprétation qu’il cherche à réfuter.
Cette situation contradictoire donne du grain à moudre aux responsables politiques qui affirment que, avec son initiative, Blocher cherche uniquement à permettre à la Suisse de continuer à faire des affaires avec des dictateurs qui fomentent des guerres.
L’engagement du patriarche de l’UDC et de Roger Köppel dépasse toutefois la seule initiative sur la neutralité. En cette année électorale, la direction du parti doit répondre à une question: partage-t-elle l’avis de Roger Köppel selon lequel il faut cesser de «diaboliser Poutine»? Les électeurs sont en droit d’attendre une réponse claire.
Traduit et adapté de l'allemand
