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Voilà pourquoi Moscou soutient l'initiative Blocher

L'initiative de Blocher plaît beaucoup à Moscou
Le Kremlin affiche ouvertement son soutien à l'initiative sur la neutralité lancée par Blocher.Image: Keystone

L'initiative de Blocher plaît beaucoup au Kremlin

Moscou ne cache plus son soutien à l'initiative sur la neutralité, promue notamment par Christoph Blocher. En pour cause: son adoption empêcherait la Suisse de reprendre les sanctions de l'UE contre la Russie.
05.08.2026, 18:5305.08.2026, 18:53
Christoph Bernet

Le 27 septembre, les Suisses se prononceront sur l'initiative sur la neutralité lancée par le doyen de l'UDC Christoph Blocher. Au Kremlin aussi, on espère un «oui».

Plusieurs déclarations de hauts responsables russes vont dans ce sens. Il y a quelques jours, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, s'en est vivement prise au Conseil fédéral sur sa chaîne Telegram officielle. La NZZ a été la première à le révéler.

Maria Zakharova reproche au Conseil fédéral de s'être prononcé contre l'initiative. Si celle-ci était acceptée, la Suisse ne pourrait plus reprendre les sanctions de l'UE contre la Russie, mais uniquement celles décidées par le Conseil de sécurité de l'ONU. Or, la Russie y dispose d'un droit de veto. Le régime de Vladimir Poutine n'a donc rien à craindre de ce côté-là.

«La position du Conseil fédéral est intenable»

Maria Zakharova estime «intenable» la position du Conseil fédéral et de la majorité du Parlement, selon laquelle l'acceptation de l'initiative limiterait la marge de manoeuvre de la Suisse en matière de politique étrangère. Elle écrit:

«Une neutralité permanente au sens des Conventions de La Haye de 1907 n'est pas "flexible" et ne peut pas l'être»
Maria Zakharova

Selon ces conventions, un Etat neutre doit appliquer les mêmes restrictions aux deux parties belligérantes. En reprenant les sanctions de l'UE contre la Russie et en organisant la conférence du Bürgenstock à l'été 2024 sans la participation de Moscou, la Suisse aurait rompu avec ce principe. «Pour un médiateur, cela revient à perdre toute crédibilité. Or la médiation est précisément la fonction historique de la neutralité suisse», écrit Maria Zakharova.

L'inévitable comparaison avec les nazis

Fidèle à la propagande russe, qui qualifie régulièrement le gouvernement ukrainien de «régime nazi», Maria Zakharova a invoqué la Seconde Guerre mondiale pour défendre l'initiative sur la neutralité. Elle s'appuie notamment sur le rapport publié en 2002 par la Commission Bergier, mandatée par le Conseil fédéral et le Parlement pour faire toute la lumière sur la neutralité de la Suisse pendant le deuxième conflit mondial.

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.Image: ap

Pour la responsable russe, la coopération de la Suisse avec le régime nazi, mise en lumière par cette commission, est l'ancêtre de la «neutralité flexible», expression employée par le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis pour décrire la conception actuelle de la neutralité. Selon elle, cette neutralité flexible «penche exactement du côté qui l'arrange, et juste autant que cela l'arrange. Dans les années 1940, elle penchait vers Berlin, parce que c'est là qu'étaient l'or et les débouchés. Aujourd'hui, elle penche vers Kiev et Bruxelles.»

Il est rare qu'une haute responsable d'un gouvernement étranger s'immisce aussi ouvertement dans une campagne de votation. Mais ce n'est pas la première intervention de Moscou dans cette campagne.

L'offensive de l'ambassade russe

En juillet, l'ambassade de Russie à Berne a écrit sur son site que la Suisse présentait «de graves lacunes» en matière de droits humains, rapportait le Tages-Anzeiger. Elle évoquait notamment une hausse des actes racistes et antisémites, des restrictions des droits des personnes en situation de handicap, de la liberté de réunion, des droits des réfugiés ainsi que du droit à la vie privée.

Or, la situation est nettement plus préoccupante en Russie dans tous ces domaines. Selon l'indice de Freedom House, qui évalue les droits politiques et les libertés civiles, la Suisse obtient 96 points sur 100, contre seulement 12 pour la Russie.

La votation sur l'initiative sur la neutralité est également dans le viseur de l'ambassade russe. Celle-ci dénonce la «sélectivité des questions soumises au vote». Selon elle, il est faux de croire que les votations populaires en Suisse permettent à la population de se prononcer sur tous les sujets qui la préoccupent.

Selon l'ambassade russe, tant la reprise des sanctions de l'UE contre la Russie que des décisions de politique de sécurité, comme la participation au projet européen de défense aérienne Sky Shield, auraient été prises «en coulisses au sein des instances dirigeantes de la Confédération», sans être soumises à une votation populaire.

La Russie peut aussi compter sur des soutiens en Suisse

En Suisse, l'initiative bénéficie aussi du soutien de milieux favorables à la Russie. L'ancien conseiller national UDC, rédacteur en chef de la Weltwoche et admirateur assumé de Vladimir Poutine Roger Köppel appelle à voter «oui», tout comme plusieurs groupuscules de gauche et diverses personnalités qui ont lancé leur propre campagne.

Parmi eux figurent notamment le Parti communiste et le Parti suisse du Travail, qui qualifie la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine de «guerre par procuration de l'Occident contre la Russie». (trad.: mrs)

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