Genève, la cocue de l'histoire
Après trois mois de polémiques pré-G7, auxquelles s’ajoutent à présent les règlements de comptes politiques suite à la manif du 14 juin, Genève allait enfin retomber sur ses pattes internationales avec la signature annoncée, chez elle, vendredi, de la fin de la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran. Eh bien, même pas.
L'Evian nidwaldien
Non seulement, cette signature, la vraie, s’est faite, côté américain, par la main de Donald Trump mercredi au château de Versailles, où l’avait emmené Emmanuel Macron pour clôturer son G7, mais en plus, c’est le Bürgenstock, l’Evian nidwaldien, qui pique à Genève le paraphe des seconds couteaux, le vice-président américain et le président du parlement de la République islamique.
Cet accord de fin de conflit étant jugé honteux au regard des objectifs attendus ou espérés de l’intervention israélo-américaine, la chute du régime des mollahs, il n’est peut-être pas plus mal que le nom de Genève ne soit pas associé à cette possible compromission, se consoleront certains.
Sauf que la diplomatie n’est pas une affaire de morale, mais de présence. On est de la partie ou on n’en est pas.
Macron impoli jusqu'au bout
En un mot, Genève est cocue. Cocue et, on le devine, pas contente. Telle la maîtresse de maison, elle se sera farci les corvées, sans rien toucher des récompenses. Notre président de la Confédération, Guy Parmelin, aura tenu le rôle de préposé à l'accueil des «grands de ce monde» sur le tarmac de Cointrin. Emmanuel Macron, lui, se sera montré impoli avec la Suisse jusqu’au bout en la tenant pour quantité négligeable. Elle sauve cependant l’honneur en recevant au Bürgenstock les parties américaine et iranienne pour le show d’après les vendanges.
Genève, attention à ta réputation!
Certes, et c’est Vincent Subilia, le directeur général de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève, qui nous le soufflait ce matin au téléphone tout en regrettant que le «nid d’aigle nidwaldien hérite de la rencontre américano-iranienne plutôt que Genève», les policiers du bout du Léman, sur le pont H24 depuis plusieurs jours, ne sont peut-être pas mécontents de pouvoir souffler un peu. Et puis, nous fait encore remarquer Vincent Subilia, les Qataris, à la manœuvre avec le Pakistan dans le règlement de la guerre, sont les propriétaires du palace accueillant vendredi la cérémonie du Bürgenstock, ceci pouvant expliquer cela.
De ce long trimestre marqué par une montée d’adrénaline, Genève sort lésée. La capitale du multilatéralisme, comme elle aime à se présenter, devrait peut-être s’interroger sur l’image qu’elle est en train de se forger, celle d’un fief d’extrême gauche ingérable. Peu importe que la bourgeoisie garde le contrôle, c'est la réputation qui compte, et elle peut faire fuir.
