Suisse
Politique

L'armée suisse souffre de cette décision de Parmelin

Cette «grave erreur» de Parmelin impacte encore la sécurité de la Suisse.
Une décision prise presque en solitaire: Guy Parmelin a suspendu en 2016 le projet de défense sol-air. La Suisse en paie aujourd’hui le prix.Image: Keystone, montage watson

«C’était une grave erreur»: le rôle de Parmelin dans ce fiasco de l'armée

En 2016, le ministre de la défense Guy Parmelin a interrompu le projet de défense sol-air avec l’aide de l’UDC. Dix ans plus tard, la Suisse ne dispose toujours pas d’une défense antiaérienne moderne.
29.07.2026, 18:5629.07.2026, 18:56
Othmar von Matt / ch media

L'ordre a surpris l'équipe chargée des essais. Elle doit immédiatement interrompre les tests radar préparés de longue date. Pourtant, les systèmes de Thales et Saab sont sur place et les avions des Forces aériennes prêts à décoller. Nous sommes le mercredi 23 mars 2016.

Les avions de combat devaient simuler des attaques aériennes afin de mesurer les performances des radars. La question centrale est la suivante: quel radar convient le mieux aux systèmes de défense antiaérienne Iris-T SL de l’entreprise allemande Diehl Defence ou Camm-ER du groupe européen MBDA? La Suisse teste ces systèmes de moyenne portée dans le cadre du projet d’acquisition de défense sol-air basée au sol Bodluv 2020.

Une décision choc

L’équipe chargée des essais demande au chef de l’armement, Martin Sonderegger, de confirmer l’interruption. Il s’exécute immédiatement. La veille, son supérieur politique a suspendu Bodluv. Il s’agissait du conseiller fédéral Guy Parmelin.

Avant de prendre sa décision, Parmelin n'a consulté aucun des responsables concernés. Ni son prédécesseur et collègue de l’UDC Ueli Maurer, qui avait lancé Bodluv. Ni le chef de l’armée, André Blattmann. Ni le commandant des Forces aériennes Aldo C. Schellenberg. Ni le chef de l’armement Sonderegger. Ni Nathalie Falcone-Goumaz, secrétaire générale et collègue de parti. C’est ce que montrera plus tard le rapport de la Commission de gestion publié en 2017.

D’un trait de plume, Guy Parmelin, en fonction depuis seulement 81 jours, a provoqué l’arrêt des projets de défense antiaérienne. Bodluv devait aussi permettre, avec du retard, de s’attaquer à la défense de courte portée.

Dix ans se sont écoulés depuis la décision de Parmelin. Le monde a changé. La Russie a attaqué l’Ukraine. Les Etats-Unis menacent de se retirer d’Europe et attaquent l’Iran. Celui-ci frappe les Etats de la région du Golfe. Les drones, les missiles de croisière et les missiles balistiques sont devenus les grandes menaces de notre époque.

Un «Swiss Dome», sur le modèle de l’Iron Dome israélien, s’impose désormais: une défense antiaérienne en couches, composée d’une courte portée contre les drones, d’une moyenne portée contre les missiles de croisière et d’une longue portée contre les missiles balistiques.

Or, la Suisse ne dispose que de deux systèmes de défense antiaérienne obsolètes, d’une portée de cinq à sept kilomètres: les canons antiaériens de 35 millimètres datant des années 1960 et le missile portatif Stinger des années 1990. Cette situation devrait perdurer jusqu’à l’automne 2028. Même l’armée autrichienne, souvent raillée en Suisse, est mieux équipée: elle recevra en 2026 des systèmes de défense Skyranger de courte portée, capables de combattre efficacement les drones.

Une question se pose: quelle part de responsabilité le président de la Confédération Guy Parmelin porte-t-il dans l’état désastreux de la défense antiaérienne suisse aujourd’hui?

De l'incompréhension, même dix ans plus tard

La décision de Parmelin de suspendre le projet avait déjà été jugée de manière critique en 2016. Sur le fond, elle était erronée, avait estimé Kurt Grüter, ancien directeur du Contrôle fédéral des finances, lors d’une conférence de presse consacrée à l’enquête administrative menée sur mandat du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS).

La Commission de gestion (CdG) est allée encore plus loin dans son rapport. Elle a écrit que cette décision n’était «compréhensible ni sur le fond ni sur le plan politique». Le projet ne présentait «aucun problème majeur», pas plus qu’«une évolution incontrôlée des coûts». En 2016, lorsque l’on a demandé à Ueli Maurer, collègue de parti de Parmelin, s’il comprenait la décision de son successeur, il a répondu:

«Non»

Même dix ans plus tard, les recherches sur les événements de l’époque provoquent de l’agitation, de l’émotion et des tentatives de pression. Les personnes directement concernées au DDPS gardent le silence, de peur d’être mises au ban.

Sous couvert d’anonymat, les avis sont toutefois tranchés. «Il est difficile de croire qu’une personne qui ne connaissait rien au dossier ait pu prendre seule une décision d’une telle portée», souligne une source interne. Une autre estime:

«La décision a été prise trop vite et sans réflexion suffisante. C’était une grave erreur»

Une troisième affirme:

«Si seulement nous avions acheté l’avion de combat Gripen et Bodluv. Tout serait différent aujourd’hui. Nous en payons désormais le prix fort, y compris financièrement.»

Stefan Holenstein avait déjà adopté une position critique à l’égard de la décision de Parmelin en 2016. Aujourd’hui président de l’association des sociétés militaires, il déclare que les sociétés d’officiers, la milice et les milieux de l’armée étaient alors «tout sauf enthousiastes» à l’idée de l’interruption de Bodluv:

«Les faits leur ont donné raison. Les systèmes Bodluv nous font cruellement défaut et risquent de nous manquer encore longtemps.»

Comment a-t-on pu en arriver là? On fait le point.

Thèse 1: l’UDC aux manettes

Le viticulteur vaudois et conseiller national UDC Guy Parmelin a été élu à la surprise générale au Conseil fédéral le 9 décembre 2015. Il était clair qu’il hériterait du DDPS, Ueli Maurer souhaitant rejoindre le Département des finances. Guy Parmelin avait certes été caporal dans l’armée lorsqu’il était jeune. Mais, en tant que responsable politique, il n’avait aucun lien avec elle. Il travaillait dans les domaines du social, de la santé, de l’environnement, des transports et de l’énergie.

Cette configuration a préparé le terrain au grenadier parachutiste Adrian Amstutz. Le chef du groupe parlementaire UDC voulait faire de la sécurité l’un des thèmes majeurs du parti après les élections de 2015. Il a donc personnellement rejoint la Commission de la politique de sécurité du Conseil national, où il a rapidement donné le ton.

Adrian Amstutz et Guy Parmelin entretenaient alors une relation de confiance. Lorsque le chef de groupe était empêché, Parmelin dirigeait les séances en tant que l’un de ses vice-présidents. Amstutz a poussé sa candidature au Conseil fédéral. Au début, il aurait «pris en charge le conseiller fédéral et lui aurait transmis les directives», affirme un membre du Conseil national. Des personnes ayant observé la situation de près racontent qu’Amstutz allait et venait librement chez Parmelin. Amstutz lui-même déclarait alors à CH Media (éditeur de watson) qu’il pouvait appeler Parmelin:

«A tout moment, de jour comme de nuit, le samedi comme le dimanche»
Ein strahlender SVP-Fraktionschef Adrian Amstutz überreicht Guy Parmelin nach seiner Wahl in den Bundesrat einen Blumenstrauss.
Adrian Amstutz, chef du groupe parlementaire UDC tout sourire, remet ici un bouquet de fleurs à Guy Parmelin après son élection au Conseil fédéral.Image: Keystone/Peter Schneider

Parmelin a rapidement débranché Bodluv. Le projet déplaisait aux spécialistes de la sécurité de l’UDC. Cela s’est vu le 14 février 2016, lorsque CH Media a critiqué dans un article le fait que le missile Iris-T n’atteignait pas sa cible par mauvais temps et que le Camm-ER ne tirait ni assez haut ni assez loin. Adrian Amstutz avait alors déclaré nourrir «de très fortes inquiétudes» quant à la réussite de cette acquisition.

Il est probable que des spécialistes de la sécurité de l’UDC aient déjà attiré l’attention de Parmelin de manière critique sur Bodluv alors qu’il avait été élu au Conseil fédéral, mais n’était pas encore entré en fonction.

Dès le 26 février, il envisageait de suspendre Bodluv. A peine un mois plus tard, il mettait effectivement fin au projet, après que l’émission de la SRF «Rundschau» eut posé une série de questions critiques. Deux semaines plus tard seulement, il déclarait de manière révélatrice dans une interview au sujet de Bodluv:

«J’ai eu des doutes dès le début»

Thèse 2: l’avion de combat, éléphant dans la pièce

Les indiscrétions sur lesquelles s’appuyaient CH Media et l'émission Rundschau provenaient probablement des Forces aériennes. Des sources internes affirment aujourd’hui que celles-ci craignaient fortement qu’il ne reste plus assez d’argent pour les avions de combat si Bodluv se concrétisait. Certaines composantes des Forces aériennes auraient donc combattu le projet au moyen d’indiscrétions.

En 2016, les systèmes de défense antiaérienne étaient sous-estimés. Pour l’UDC, les avions de combat étaient plus importants. Cela ressort de l’interview d’adieu donnée par Adrian Amstutz en 2017, lorsqu’il a quitté le Parlement. Il insistait alors:

«L’UDC est favorable à une solution efficace avec 55, ou au moins 40 nouveaux avions de combat.»

S’il n’y en avait que 40, la nouvelle défense sol-air devrait compenser entièrement la faille de sécurité. Cela montre que les avions de combat tenaient le premier rôle, tandis que les systèmes de défense antiaérienne restaient au second plan.

Parmelin considérait lui aussi les avions de combat comme essentiels. Dès le 24 février 2016, il a mis sur pied un groupe d’experts. Celui-ci devait élaborer le rapport de base en vue de l’acquisition d’un nouvel avion de combat.

Le divisionnaire Claude Meier, chef de l’Etat-major de l’armée, a pris la tête du groupe. Pilote militaire professionnel des Forces aériennes, pilote de F/A-18 et instructeur de vol, il a élaboré avec le groupe d’experts la vue d’ensemble intitulée «Défense aérienne du futur». C’est de ce document qu’est né le programme Air2030, qui comprend aujourd’hui l’acquisition de 30 avions de combat F-35 et de cinq systèmes Patriot de longue portée.

Dans le rapport du groupe d’experts, la défense antiaérienne ne comprend toutefois que la courte et la longue portée. La moyenne portée n’y figure pas. Le texte prévoit d’acquérir la défense antiaérienne de longue portée au début des années 2020. La courte portée ne doit suivre qu’à la fin des années 2020 ou au début des années 2030, «donc après l’acquisition d’un système de longue portée». Avec le recul, il s’agit d’une grave erreur d’appréciation.

Divisionär Claude Meier (links) mit Bundesrat Guy Parmelin an der Landgemeinde in Glarus.
Le divisionnaire Claude Meier, à gauche, avec le conseiller fédéral Guy Parmelin dans le canton de Glaris.Image: Keystone/Gian Ehrenzeller

Les recherches montrent que Claude Meier faisait partie des rares hauts responsables du DDPS avec lesquels Parmelin échangeait de manière confidentielle. Claude Meier aurait indiqué au conseiller fédéral qu’une nouvelle génération de systèmes Bodluv de moyenne portée verrait le jour d’ici à 2025. Une affirmation importante dans la décision de Parmelin.

Claude Meier ne souhaite pas s’exprimer à ce sujet aujourd’hui. En 2019, il était considéré comme le grand favori au poste de chef de l’armée. Mais Viola Amherd lui a préféré Thomas Süssli.

En 2016, le projet Bodluv était très controversé dans les médias. Il était considéré comme insuffisamment abouti sur le plan technique et comme un risque financier. Ce sont cependant les Forces aériennes qui ont le plus critiqué les deux missiles au sein de l’équipe du projet Bodluv. Elles reprochaient à Iris-T SL de ne pas être utilisable par tous les temps et estimaient que sa probabilité d’atteindre la cible tombait sous les 75% en cas de mauvais temps. Le Camm-ER, lui, aurait souffert d’un problème de portée: il volait certes assez loin, mais son efficacité à l’arrivée était insuffisante. C’est ce que démontre l’enquête administrative.

Diehl Defence contestait cette appréciation. Lors d’essais sur le terrain en Afrique du Sud, Iris-T aurait même dépassé la probabilité d’impact exigée. En outre, avec un capteur terrestre moderne, il n’existerait «aucune restriction opérationnelle pertinente liée aux phénomènes météorologiques». Thales Suisse, qui dirigeait Bodluv en tant qu’entreprise générale, défendait également le missile.

Avec le recul, les critiques des Forces aériennes paraissent aussi étranges, car la l'armée allemande avait déjà considéré le système comme prêt à être acquis et utilisable par tous les temps. Plus de dix Etats avaient en outre acheté la version air-air du missile Iris-T. Celle-ci était également prévue pour l’avion de combat Gripen, rejeté en votation.

Die Lenkwaffe Iris-T SL von Diehl Defence, die 2016 getestet wurde.
Le missile Iris-T SL de Diehl Defence testé en 2016.Image: Diehl Defence

Thèse 3: les signes du temps ignorés

Deux ans avant la suspension décidée par Parmelin, la Russie a déclenché un conflit armé dans l’est de l’Ukraine et occupé la Crimée. Le 18 mars 2014, elle a proclamé le rattachement de la péninsule à la Fédération de Russie. Deux mois jour pour jour plus tard, la Suisse rejetait le Gripen.

Le Service de renseignement de la Confédération (SRC), rattaché au DDPS, avait averti d’une escalade. Dans son rapport intitulé «La sécurité de la Suisse 2015», il prédisait une nouvelle phase du conflit Est-Ouest historiquement enraciné sur le continent européen. Il évoquait une nouvelle ère qui serait probablement:

«Marquée par une confrontation stratégique durable entre l’Occident et la Russie sur les plans politique, économique et militaire.»

«Dans un contexte de tensions croissantes entre la Russie et l’Otan en Europe, les moyens militaires retrouveront eux aussi une plus grande importance», avertissait le SRC, avant de conclure:

«Les longs délais d’alerte précoce dont disposait jusqu’ici la planification de l’armée en vue d’un éventuel conflit en Europe centrale se réduisent en conséquence.»

Il est peu probable que Parmelin ait lu ce rapport du SRC daté du 4 mai 2015. Mais il paraît tout aussi improbable que Markus Seiler, directeur du service, n’ait pas averti le nouveau ministre de la défense des nouveaux dangers guettant l'Europe.

Thèse 4: l’occasion manquée de bâtir une défense solide

Que se serait-il passé si Guy Parmelin n’avait pas suspendu le projet Bodluv d’un trait de plume et l’avait laissé se poursuivre?

Le rapport administratif Grüter le montre: Thales Suisse était sur la bonne voie. L’entreprise générale s’était clairement prononcée en faveur du missile Iris-T SL et contre le Camm-ER de MBDA. Elle était également opposée à l’acquisition des deux missiles. Iris-T SL avait obtenu des résultats «nettement meilleurs», conclut aussi Kurt Grüter dans son enquête.

«Le prix était plus avantageux, la maturité plus avancée. Iris-T SL est prêt à être acquis»

Depuis 2010 déjà, Diehl Defence travaillait en coulisses à un nouveau système complet baptisé Iris-T-SLM. Un tel système comprend un missile, un radar et un centre de conduite des opérations. La Suisse (ce qui devait se révéler être une erreur) voulait construire elle-même ce système en 2016.

Le missile Iris-T SL était connu, tandis que Thales ou Saab étaient envisagés pour le radar. La question de l’entreprise chargée de fournir le système de conduite restait ouverte.

Diehl Defence a ensuite exploité les enseignements tirés de l’évaluation suisse lorsqu’elle a obtenu en 2021 un important client en Egypte pour Iris-T. Avec ce pays, le groupe a développé le système complet Iris-T SLM tel qu’il existe aujourd’hui et tel que la Suisse l’a commandé en 2025: le missile Iris-T SLM perfectionné est fourni par Diehl Defence, tandis qu’Airbus livre le logiciel du centre de conduite. Le radar ne vient ni de Saab ni de Thales, mais du fabricant allemand Hensoldt. Une conséquence de l’évaluation menée en Suisse.

Ces systèmes de défense antiaérienne sont achetés par la Suisse
Avec le message sur l’armée 2022, la Suisse a d’abord acheté des systèmes de défense antiaérienne de longue portée: cinq unités du système américain Patriot, pour 2,3 milliards de francs. Les premières unités devaient être livrées en 2026. Leur livraison pourrait être repoussée jusqu’en 2034, à moins que la Suisse ne reçoive des unités allemandes, et leur coût devrait probablement doubler pour atteindre 4,6 milliards.

En 2025 et 2026, la Suisse a ensuite commandé sept systèmes Iris-T SLM de moyenne portée, pour 1,66 milliard de francs. Le premier doit être livré à la fin de 2028. Pour la courte portée, la Suisse a agi en 2026: elle veut acheter, pour 800 millions de francs, huit unités de feu comprenant chacune quatre systèmes Skynex, capables de combattre efficacement les drones. La première unité de feu devrait être livrée au plus tôt à l’automne 2028. (att)
infobox image
Le système de défense antiaérienne IRIS-T-SLM de moyenne portée.Bild: Diehl Defence

En 2019, Parmelin a rejoint le Département de l’économie. Viola Amherd est devenue ministre de la défense. En 2022, elle a lancé l’acquisition de cinq systèmes Patriot de longue portée, conformément aux recommandations du rapport de base de Parmelin «Défense aérienne du futur». En 2024, l’acquisition d’Iris-T-SLM a suivi en procédure accélérée. Ce n’est toutefois que son successeur, Martin Pfister, qui a commandé un système de défense de courte portée.

Guy Parmelin, voir encadré, et l’ancien chef du groupe parlementaire UDC Adrian Amstutz défendent leur action. «A l’époque, l’UDC exigeait une vue d’ensemble de la protection de la population suisse contre les menaces aériennes», rappelle Amstutz. «Et il fallait pour cela acheter suffisamment de nouveaux avions de combat et de systèmes Bodluv.» Est-ce lui qui a poussé Parmelin à suspendre le projet? «Non», répond Amstutz avant d'ajouter:

«Mais j’ai clairement soutenu sa décision. A mon avis, le conseiller fédéral Parmelin a pris la bonne décision au regard des conditions de l’époque.»

Que se serait-il passé si Guy Parmelin s’était contenté de réorienter Bodluv au lieu de suspendre le projet? Selon des sources internes, sans cette suspension, la Suisse aurait probablement reçu d’ici à 2022 le même système complet que celui développé par Diehl avec l’Egypte. Elle disposerait aujourd’hui aussi d’un système de courte portée. Elle serait donc assez solidement équipée en matière de défense antiaérienne.

Voici ce que déclare Urs Wiedmer, responsable de la communication du Département de l’économie:
Au sujet de la suspension de Bodluv: «Le conseiller fédéral Parmelin n’avait alors reçu aucune réponse convaincante à des questions essentielles. Les systèmes de moyenne portée évalués se trouvaient encore à un stade précoce de leur développement. La Suisse aurait acheté des systèmes qui, au moment de leur livraison, n’auraient pas offert le niveau maximal de portée et de mise en réseau nécessaire aujourd’hui pour contrer les menaces modernes. En suspendant le projet, il a pris la décision stratégique d’aborder la défense aérienne suisse dans son ensemble. Cela signifie acquérir des avions de combat et des systèmes de défense sol-air correspondants à l’état actuel de la technique. Les systèmes IRIS-T-SLM actuels offrent des performances et une portée nettement supérieures aux variantes de 2016. Il a compris très tôt qu’une acquisition isolée de systèmes de défense antiaérienne basés au sol, sans concept global pour la défense aérienne, ne serait pas pertinente.»
Au sujet de l’influence de l’UDC: «Les échanges avec son propre groupe parlementaire et son parti, ainsi qu’avec les parlementaires d’autres groupes, constituent une pratique importante pour tout conseiller fédéral. La décision de suspendre Bodluv 2020 a finalement été prise de manière indépendante. Le conseiller fédéral Parmelin a alors arrêté seul sa décision sur la base des analyses dont il disposait, ainsi que de sa propre appréciation stratégique et de ses convictions.»
Au sujet de la priorité accordée aux avions de combat: «Il ne s’agissait pas d’un choix entre l’un ou l’autre imposé par des contraintes budgétaires. L’objectif était d’obtenir une efficacité maximale de la défense aérienne. Le conseiller fédéral Parmelin voulait d’abord clarifier les bases financières et conceptuelles avant d’acheter des systèmes individuels. Une modernisation par étapes de la défense aérienne, d’abord la défense sol-air, puis les avions de combat plusieurs années plus tard, aurait conduit à un développement incohérent de la défense aérienne et de l’armée en tant que système global. Les travaux conceptuels lancés par le conseiller fédéral Guy Parmelin ont débouché, après le rapport "Défense aérienne du futur", sur d’autres concepts globaux pour l’armée, par exemple le rapport sur les troupes au sol. La suspension de Bodluv a permis d’acquérir les avions de combat et la défense sol-air dans le cadre d’un système global synchronisé et performant, tout en poursuivant le développement de l’armée dans son ensemble dans le cadre financier fixé. Le fait qu’il soit aujourd’hui possible d’acquérir à la fois le F-35 et des systèmes terrestres modernes comme Patriot, IRIS-T SLM et Skynex prouve que cette approche globale de la planification était la bonne.»
Au sujet de la responsabilité de Parmelin: «Le Conseil fédéral et le Parlement sont responsables. La lacune dans la défense antiaérienne basée au sol de moyenne et de longue portée existait déjà avant l’entrée en fonction du conseiller fédéral Parmelin. Durant les quinze années précédant son arrivée en 2016, il n’y avait eu ni volonté politique ni véritables initiatives pour combler cette grave lacune. Bodluv 2020 ne l’aurait alors fait que partiellement. Le rapport "Défense aérienne du futur" de 2017 a fourni une base qui a ensuite été examinée par un expert indépendant, Claude Nicollier, et jugée correcte. Toutes les décisions prises depuis lors par le Conseil fédéral et le Parlement en tant qu’organes responsables reposent sur cette base. Si la Suisse ne dispose aujourd’hui d’aucun système de courte, de moyenne et de longue portée, d’autres facteurs imprévus en sont responsables, comme la guerre en Ukraine.» (att)
infobox image
Urs WiedmerBild: keystone

(adapt. dal/ysc)

L'armée, c'est aussi pour les filles
1 / 12
L'armée, c'est aussi pour les filles
Le 15 mars 2025, plusieurs jeunes filles ont participé à une journée d'orientation dédiée à l'armée suisse.
source: sda / peter klaunzer
partager sur Facebookpartager sur X
Cette rivière disparaît sous un tapis vert géant
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Réfugiés: appel suisse à protéger la Convention pour ses 75 ans
La Suisse demande de protéger la Convention de 1951 sur les réfugiés qui a fêté ses 75 ans mardi. Le secrétaire d'Etat aux migrations Vincenzo Mascioli a ciblé la vulnérabilité grandissante de l'Etat de droit dans des pays où il semblait «un acquis inviolable».
«Nous devons tous nous sentir obligés d'appliquer le droit d'asile et de protéger cette convention», a-t-il affirmé dans un discours à l'ONU à Genève, là où celle-ci avait été approuvée. Alors que cet accord a été arraché après les crimes de la Seconde Guerre mondiale, «il faut le réancrer en permanence dans nos sociétés», a-t-il ajouté aux côtés du haut-commissaire de l'ONU aux réfugiés Barham Saleh.
L’article