La Suisse souffre d’une phobie de la climatisation
L’actuelle vague de chaleur montre à quel point la Suisse a du mal avec la climatisation. On protège certes ainsi le climat, mais on oublie les êtres humains, alors même que l’argument de la consommation d’électricité ne tient plus vraiment.
Un système de santé qui manque d'air
La Suisse dispose de l’un des meilleurs – et des plus coûteux – systèmes de santé au monde. Pourtant, des milliers de patients doivent actuellement transpirer dans des chambres d’hôpital comme si c'était une fatalité. Ici, on distribue des ventilateurs; là, des poches de glace. Et, presque partout, les mêmes explications reviennent pour justifier l’absence de refroidissement efficace: durabilité, efficacité énergétique, contraintes architecturales ou coûts.
Ces arguments donnent l’impression qu’il ne s’agit que d’une question de confort. Pourtant, l’enjeu est tout autre. Il concerne des personnes malades, des seniors souffrant de problèmes cardiovasculaires et des patients en convalescence après une opération. Il est question de santé, parfois même de vie ou de mort. Il est donc d’autant plus surprenant de voir avec quelle obstination la Suisse continue de résister à la climatisation.
Le problème ne se limite pas aux hôpitaux. Dans de nombreux hôtels, des clients déboursent plusieurs centaines de francs par nuit pour dormir malgré tout dans des chambres qui se transforment en sauna lors des vagues de chaleur. Les visiteurs venus d’Asie ou des Etats-Unis ont parfois l’impression d’être dans une réalité parallèle.
La clim', un «luxe décadent»
On a l’impression que le pays n’a pas encore pleinement intégré une évidence: la chaleur n’est plus une exception. Elle fait progressivement partie de notre quotidien. Pourtant, nous continuons à considérer le refroidissement comme un luxe décadent. Economiser l’électricité à tout prix. Comme si renoncer aux climatiseurs allait freiner le réchauffement climatique.
Or, c'est un fait connu depuis longtemps: lors des journées estivales très chaudes, les installations photovoltaïques produisent énormément d’électricité. Souvent davantage que ce qui est nécessaire à cet instant précis. Les prix de l’électricité deviennent même parfois négatifs. L’opposition supposée entre protection du climat et climatisation apparaît alors comme un faux problème.
Cela ne signifie pas que chaque bâtiment devrait être équipé aveuglément de climatiseurs. Mais la protection immédiate des personnes doit primer sur toute autre considération. La Suisse devrait surmonter sa phobie de la climatisation. (btr/az)
