L'UDC torpille l'armée
L'UDC est traditionnellement considéré comme le parti militaire de la Suisse. Avec Adolf Ogi (1988 à 2000), Samuel Schmid (2001 à 2008), Ueli Maurer (2009 à 2015) et Guy Parmelin (2016 à 2018), l'Union démocratique du centre a dirigé pendant 29 ans, presque sans interruption, le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS).
Parallèlement, l'UDC est la représentante la plus cohérente du cas particulier suisse. Avec l’initiative sur la neutralité, elle veut inscrire dans la Constitution sa doctrine de neutralité armée perpétuelle. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022, l'UDC a réagi rapidement. Le conflit ukrainien montre «de manière drastique» combien «une armée bien équipée dans tous les domaines» est essentielle, écrivait le parti dans un communiqué du 1ᵉʳ mars 2022.
Une volte-face et une alliance qui questionnent
Dans le programme actuel pour 2023 à 2027, l'UDC constate que l’armée est insuffisamment équipée et financée. Elle doit être rapidement remise en état de défense. Il y est notamment écrit:
Et plus loin:
En 2025 encore, l'UDC dénonçait dans un document sur la politique de sécurité la nécessité d’une armée «équipée, financée, formée et opérationnelle». Elle réclamait une augmentation des effectifs de l’armée de 120 000 à 200 000 et prônait:
Le 2 juin 2026, cette même UDC a provoqué un coup de tonnerre politique. En rang et avec la gauche, elle a torpillé au bureau du Conseil national l’urgence du débat sur le réarmement de l’armée. Le Conseil fédéral l’avait pourtant demandée. Un éventuel référendum sur l’augmentation prévue de la TVA de 0,8% devait avoir lieu en juin 2027 pour que la nouvelle règle entre en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2028.
Cependant, l'UDC estime que le Conseil fédéral doit profondément réviser le projet après les critiques de la consultation. De plus, une procédure urgente n’aurait aucun sens, car les partis bourgeois ne se sont «pas mis d’accord» sur le financement du réarmement.
Le Centre et le PLR esseulés
Ces propos constituent un aveu d'échec de la part du plus grand parti de Suisse. Dans la situation géopolitique actuelle, aucune politique de sécurité responsable ne peut être menée ainsi. Le PLR et le Centre doivent se sentir profondément trompés. Lors de la révision de la loi sur le matériel de guerre, ils avaient déjà renoncé à leur partenariat avec le PS pour s'allier avec l'UDC afin de sauver l’industrie de l’armement.
Le PS n’était «pas un partenaire fiable» sur les questions de sécurité, expliquait le conseiller national Reto Nause à CH Media (éditeur de watson).
Reto Nause, le Centre et le PLR doivent maintenant constater que l'UDC n’est pas non plus un partenaire fiable en matière de sécurité. Une amère leçon, car les partis bourgeois tentent depuis quatre ans, en vain, de doter l’armée de l’argent nécessaire pour son réarmement. Elle aurait besoin d’au moins quatre milliards de francs immédiatement pour lancer les acquisitions nécessaires sur un marché de l’armement surchauffé.
Bien que les partis bourgeois répètent inlassablement que l’armée a besoin de plus d’argent, ils ne lui accordent même pas le cadeau fiscal inattendu de 300 millions de Genève. Les responsables de la sécurité et des finances se paralysent mutuellement.
Et maintenant, l'UDC, pourtant considéré comme le parti de l’armée, forge une alliance improbable avec le PS et les Verts. Comme si la sécurité n’était pas l’un des biens les plus essentiels de l’Etat suisse, mais un simple à-côté. (adapt. dal)
