L'UDC s'allie à la gauche pour faire échouer un vote crucial pour l'armée
Chose inattendue, le PLR rompt avec l'un de ses plus grands tabous. Lundi, la co-présidente du parti, Susanne Vincenz-Stauffacher, a écrit dans une tribune d'opinion parue dans la NZZ que le réarmement de l'armée devrait finalement être financé par des fonds extraordinaires.
Face au choc provoqué par les drones, une «réaction urgente» s'impose désormais, souligne-t-elle. La Suisse doit investir dans la défense contre cette nouvelle menace. Elle résume:
Une alliance qui étonne
C'est pourquoi le PLR propose un financement extraordinaire de quatre milliards de francs, contournant le frein à l'endettement. Par d'autres mesures, le parti entend allouer 38 milliards de francs supplémentaires à l'armée. Pour ce faire, insiste Susanne Vincenz-Stauffacher, une union des forces bourgeoises est désormais nécessaire.
Or, ce même lundi, un autre parti laisse la situation s'envenimer dans les coulisses. L'UDC refuse au Bureau du Conseil national un débat d'urgence sur le financement du réarmement dès la session d'automne, et ce, dans une alliance contre nature avec le PS et les Verts.
Plusieurs sources le confirment. Bien que les bourgeois disposent en principe d'une confortable majorité de neuf voix UDC (4 membres), Le Centre (2), PVL (2) et PLR (1) contre trois pour le PS (2) et les Verts (1), ils perdent ce vote crucial.
C'est le Conseil fédéral au complet qui avait demandé au Parlement une procédure d'urgence. Le calendrier du ministre de la défense, Martin Pfister, prévoyait que le gouvernement adopte le message le 12 août. Celui-ci devait ensuite être attribué immédiatement à un conseil et une commission par «renvoi anticipé», afin que le Conseil national puisse traiter l'objet dès la session d'automne.
Le Conseil des Etats aurait suivi en session de décembre, et la procédure d'élimination des divergences aurait eu lieu avant Noël. Une votation populaire aurait pu se tenir le 6 juin 2027, dernière date possible avant les élections de 2027.
Des réserves face à trop d'urgences
Les recherches le montrent: l'UDC et la gauche ont développé de sérieuses réserves face aux délibérations urgentes, que le gouvernement utilise à profusion, selon eux. Le PS et les Verts ainsi que les institutions sont menacées. Lors de la même séance, l'urgence pour les 200 millions de francs de fonds publics destinés aux Jeux olympiques d'hiver 2038, souhaitée par le Conseil fédéral, a elle aussi failli être rejetée. Une seule voix a fait la différence.
Dans les coulisses, une accusation se fait toutefois entendre: l'UDC et la gauche auraient, dans une alliance contre nature, torpillé le caractère d'urgence du dossier sur l'armée afin qu'une éventuelle votation populaire n'ait lieu qu'après les élections de 2027. Les bourgeois ne voient pas d'un bon œil la démarche de l'UDC. Ce parti est pourtant leur partenaire sur les questions de politique sécuritaire.
Le président du Conseil national, Pierre-André Page (UDC), confirme que le Bureau du Conseil a rejeté l'urgence lors d'un vote. Il ne souhaite pas en dire davantage. Les spécialistes de la politique sécuritaire réagissent avec consternation, mais sous couvert d'anonymat. Cette décision serait irresponsable au vu de la situation géopolitique actuelle, dit-on.
Une décision critiquée
La conseillère aux Etats PS Eva Herzog s'étonne elle aussi de cette décision:
A ses yeux, ce n'est pas seulement l'armée qui a besoin de plus d'argent, mais aussi le système de santé, le secteur social et la politique climatique. Eva Herzog poursuit:
Comment l'UDC justifie-t-elle sa démarche? Confronté à ces recherches, le chef de groupe Thomas Aeschi indique:
Sa conclusion:
Plusieurs éléments laissent penser que le Conseil des Etats va désormais prendre le relais et traiter le sujet en tant que premier conseil. Le conseiller aux Etats Mathias Zopfi, président de la commission de politique sécuritaire l'affirem: «Je saluerais que le Conseil des Etats traite en urgence le projet de financement de l'armée en tant que premier conseil.»
C'est la commission de politique sécuritaire qui est en tête du dossier. Une erreur, selon Eva Herzog:
