Suisse
Conseil d’Etat

Barricadés, les commerçants genevois craignent le pire

Flore Teysseire (médaillon), secrétaire générale de Genève commerces. Des commerces barricadés à Genève.
Flore Teysseire (médaillon), secrétaire générale de Genève commerces. Des commerces barricadés à Genève.image: watson

«L’anxiété demeure»: barricadés, ces Genevois craignent le pire

Secrétaire générale de Genève commerces, Flore Teysseire rapporte la forte inquiétude des commerçants avant la manifestation anti-G7 de dimanche et dénonce le retard avec lequel le Conseil d'Etat a empoigné selon elle le problème.
09.06.2026, 18:5109.06.2026, 20:45

Flore Teysseire est la secrétaire générale de Genève commerces, l’association du commerce de détail genevois. A ce titre, elle collabore avec la Fédération des entreprises romandes (FER), dont le président est Ivan Slatkine. Genève Commerces, ce sont 80 commerçants, mais beaucoup plus de point de vente, puisqu'on y trouve les distributeurs Coop et Migros, ainsi que le centre commercial de Balexert.

A cinq jours de la manifestation anti-G7 du 14 juin à Genève, comment se sentent les commerçants que vous représentez?
Pas très bien. Mais avant de répondre précisément à votre question, il est important de remonter en arrière.

«Ce qu’il faut dire, c’est que l’Etat de Genève, pendant de longs mois, n’a pas été à la hauteur des inquiétudes des commerçants»

C’est-à-dire?
A Genève commerces, nous avons été sollicités par nos membres en septembre déjà (réd: Emmanuel Macron avait annoncé, en juin, que le G7 se tiendrait à Evian). Il faut bien voir qu’à Genève, tout le monde se souvient de la grande casse des commerces survenue à l’occasion du G8 d’Evian de 2003. En septembre dernier, nous avons donc écrit au Conseil d’Etat pour lui demander ce qui était prévu pour la protection des commerces en juin 2026 lors du G7. Notre demande est restée lettre morte. Nous avons fait une relance en octobre. Nous avons alors reçu une réponse nous disant que la cheffe du Département cantonal de la sécurité, Carole-Anne Kast, prendrait contact avec nous dès que son département aurait des informations à nous fournir à ce sujet.

Et alors?
Rien. Ne voyant rien venir, nous avons demandé notre audition par le Grand Conseil sur les motions qui traitaient du G7 et avons, à ce moment-là, pris contact avec la FER. Laquelle, avec 31 autres associations signataires, a alors interpellé le Conseil d’Etat, en mars, pour s’enquérir des mesures prévues pour les commerces durant le G7. Toujours rien. Nous avons à nouveau relancé le Conseil d’Etat, en avril cette fois. Et là, enfin, nous avons pu organiser une séance d’information avec Mme Kast. La séance a eu lieu le 6 mai. On nous a expliqué que le Conseil d’Etat n’avait pas encore décidé si la manifestation serait ou non autorisée.

Que disiez-vous aux commerçant placés dans l’incertitude?
Pendant toute cette période de flou, des commerçants m’ont appelé pour me demander s’ils devaient ou non se barricader.

«Des menuisiers faisaient le tour des commerces, recommandant aux commerçants de se barricader et leur proposant de leur faire des devis. Ils leur disaient que ce serait catastrophique, tout en leur rappelant les événements de 2003. Un climat anxiogène au maximum, donc.»

Que vous indiquait le Conseil d’Etat par rapport au fait de se barricader ou non?
Il nous disait que le dispositif de sécurité était des plus inédits et a priori le plus performant qu’on ait jamais vu.

«Mais il n’a pas donné de consignes aux commerçants»

Nous avons tout de même fini par apprendre, comme tout le monde, le 27 mai, que la manifestation anti-G7 serait autorisée, mais seulement sur la rive droite, avec interdiction de franchir le pont du Mont-Blanc en direction de la rive gauche et des commerces des Rues-Basses.

Quand vous avez appris que la manifestation serait autorisée rive droite, quelle a été la réaction des commerçants?
Les commerçants de la rive droite ont commencé à s’activer. Jusque-là, les commerçants qui avaient pris leurs dispositions étaient surtout ceux de la rue du Rhône et des Rues-Basses, situés rive gauche, lesquels étaient très inquiets. On se souvient que les Rues-Basses avaient été dévastées en 2003 par les casseurs anti-G8.

«Pour Mme Kast, c’est moins la manifestation autorisée du dimanche 14 juin qui posait et continue de poser problème que les soirs précédant le 14 juin»

Si bien que tous les commerces, rive gauche comme rive droite, craignaient l’impact du sommet (réd: la grande casse en 2003 avait eu lieu le samedi soir 31 mai, veille de l'ouverture du G8).

Depuis qu’on sait que la manifestation anti-G7 aura lieu rive droite, les commerçants avec lesquels vous êtes en contact ont-ils pris des dispositions particulières?
La plupart cherchent maintenant à se barricader. Leur grande question maintenant est de savoir si les protections qu’ils ont mises en place ou qu’ils ont l’intention d’installer seront remboursées par l’Etat de Genève.

Que leur répondez-vous ?
Que les protections installées à titre préventif ne sont malheureusement pas prises en charges par l’Etat de Genève.

Qu’est-ce qu'il est prévu que les pouvoirs publics prennent en charge?
Les dégâts causés par la casse et les protections installées a posteriori sur les commerces qui auront subi des dommages.

Les commerçants sont-ils quand même un peu plus rassurés qu’il y a deux mois?
Ils en sont à espérer que rien ne se passe. Ils sont quelque peu rassurés dans un sens parce qu’on leur a dit qu’il y aurait une présence policière avec un temps de réaction assez court pour leur venir en aide le cas échéant.

«Mais l’anxiété demeure quand même, surtout par rapport aux nuits d’avant le 14 juin»

Une Critical Mass non autorisée (réd : une manifestation à vélo) est annoncée le 12 juin en début de soirée. La crainte des commerçants est celle de petits groupes épars qui pourraient casser.

Qu’en est-il de la prise en charge des dégâts causés aux commerces?
Le Grand Conseil a débloqué, dans une loi récemment votée, une enveloppe de six millions de francs en cas de dégâts. Ça les rassure un peu. Sauf que les députés ont refusé d’y associer une clause d’urgence qui permettrait de libérer des fonds rapidement. Cela veut dire que les fonds ne tomberont pas avant les mois d’août-septembre au mieux en cas de casse, car la loi votée est soumise au délai référendaire.

«Or, ce sont surtout les petits commerces, ceux qui n’ont pas d’assurance contre la casse de leurs vitrines ou les liquidités nécessaires pour couvrir les réparations rapidement, qui auraient eu besoin des avances prévues par la loi qui se retrouvent pénalisés.»
- Ils lancent des drones kamikazes avec des ballons
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