Pourquoi la Suisse redoute une pénurie d'essence dès mai
Le prix du litre d’essence sans plomb 95 a de nouveau légèrement baissé. Selon le TCS, l’essence coûtait dernièrement 1,87 franc. Pour le diesel, le prix s’élève à 2,14 francs. Début avril, il avait encore augmenté de 10 centimes. On ne peut toutefois pas parler d’une véritable détente. Le diesel reste environ 20% plus cher qu’avant l’attaque américaine contre l’Iran.
Pas étonnant donc que les prix des carburants continuent de préoccuper fortement les automobilistes suisses. Beat Niederhauser, suppléant du Surveillant des prix:
La plupart des signalements concernent la répercussion rapide de la hausse des prix ainsi que l’incompréhension face à des écarts de prix régionaux parfois importants. Le décalage entre la baisse des prix du pétrole et sa répercussion à la pompe est ce que l'on appelle l'effet «Rocket and Feathers», c’est-à-dire «fusées et plumes».
Traduction: lorsque le prix du pétrole grimpe, le prix de l'essence s'envole peu après comme une fusée. Si le prix du pétrole redescend par la suite, le prix à la pompe ne baisse que lentement, à l'image d'une plume tombant au sol.
Déjà un cas existant
Il y a quatre ans, le Surveillant des prix avait également constaté des pratiques de ce type en Suisse. A l’époque, les prix de l’essence avaient grimpé en flèche lorsque la Russie avait envahi l’Ukraine.
Les données analysées à l’époque ne provenaient toutefois que d'une poignée d’entreprises. La plupart des exploitants de stations-service interrogés n’ont pas répondu ou n’ont transmis que des données incomplètes.
Faute de données suffisantes, il est actuellement difficile de dire si et dans quelle mesure les stations-service sont réticentes à répercuter les baisses de prix. Il en va de même pour la question de savoir si les stations-service prélèvent des marges excessives. «Monsieur Prix» n’a pas lancé de nouvelle étude de marché.
Une appli au secours des automobilistes
Le surveillant des prix constate globalement que la concurrence joue son rôle sur le marché des carburants. La Commission de la concurrence (Comco) n’a pas non plus ouvert de procédure, faute d’indices laissant supposer l’existence d’ententes illicites ou d’un abus de position dominante.
Le Surveillant des prix attend beaucoup des comparateurs de prix en temps réel. Ceux-ci exercent une pression sur les stations-service, car ils permettent aux consommateurs de trouver des offres moins chères à proximité. L'application du TCS offre une fonction de ce type, déjà utilisée chaque jour par des milliers d’automobilistes. Le TCS confirme:
Mais les prix pourraient bientôt ne plus être le principal problème à la pompe.
Un autre problème lié à Donald Trump
Le détroit d’Ormuz étant toujours bloqué, l’Europe risque de manquer de carburant. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (Ofae) s’attend à ce que les livraisons soient réduites à partir du mois de mai. «Les derniers pétroliers qui ont franchi le détroit avant le blocus atteignent ces jours-ci leurs ports de destination en Europe», a déclaré un porte-parole.
La situation est particulièrement critique pour le kérosène. Le secteur aérien met en garde contre une pénurie qui pourrait survenir d'ici quelques semaines et qui menacerait les vacances d’été. Une grande partie du kérosène provient du Proche-Orient. Parallèlement, des pays comme la Chine ont suspendu leurs exportations de kérosène.
La Suisse dispose de réserves en cas de crise, et les entreprises qui importent des produits pétroliers sont tenues de constituer ces réserves. Dès que l'approvisionnement devient critique, le Conseil fédéral peut débloquer les réserves d'urgence. Cela s'est avéré nécessaire en 2022, à la suite de l'invasion russe en Ukraine.
La Suisse stocke de l'essence, du diesel et du kérosène dans 55 installations. Celles-ci ont une capacité de 6,8 milliards de litres. Pour l’essence et le diesel, les stocks couvrent 4,5 mois, contre 3 mois pour le kérosène. Pourquoi les réserves d’essence couvrent-elles une période plus longue que celles de kérosène? L’Ofae explique cela par le fait que ces stocks obligatoires de kérosène n’ont été introduits qu’en 1979: «Cela correspondait à un juste équilibre entre les coûts et la sécurité d’approvisionnement.»
Vers une limitation à 100km/h?
En cas de crise, le gouvernement peut toutefois prendre des mesures plus radicales. Il s'agit notamment d'appels à des économies d'énergie volontaires, à une conduite économe ou à l'utilisation des transports publics.
Le porte-parole de l'Ofae explique:
Le Conseil fédéral avait déjà imposé une limitation de vitesse sur les routes lors de la crise pétrolière de 1973. Alors qu’auparavant, la «conduite libre» prévalait, les autorités ont introduit une vitesse maximale de 100 kilomètres à l’heure hors agglomération et sur autoroute. De plus, trois dimanches sans voiture devaient permettre de réduire la consommation d’essence. Ils se sont transformés en fêtes populaires et occasions de flâner dans les rues.
A plus long terme, les enseignements tirés de la crise pétrolière ont conduit à remettre en question la dépendance au pétrole et à inscrire la politique énergétique parmi les compétences fédérales.
Ce n’est qu’avec le recul que l’on verra quels changements d’orientation entraînera la crise pétrolière actuelle. Une chose est sûre: à court terme, la situation pourrait devenir délicate. Car même si le détroit d’Ormuz est à nouveau ouvert, il faudra des mois avant que le trafic maritime ne reprenne son cours normal.
Fatih Birol, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a récemment déclaré: «La situation pourrait devenir critique au mois de mai.» Et la Suisse ne serait pas épargnée. (trad. mrs)
